Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/08/2009

Danger de privatisation à la Poste (suite)

Quelles incidences aurait une privatisation de la Poste :
- la logique marchande l’emporterait avec une réorientation du personnel sur le commercial,
- la société chercherait à optimiser ses profits en réduisant le nombre de bureaux de poste,
- une rentabilité à court terme serait recherchée pour satisfaire les actionnaires privés (notamment les fonds de pensions américains, les fonds souverains russes ou des pétromonarchies),
- le marché du courrier des particuliers, actuellement non rentable, serai délaissé au profit de celui des entreprises qui permet des bénéfices (les concurrents baisseraient donc les prix sur les clients à courtiser, c’est-à-dire générant beaucoup d’envois, et augmenteraient le tarif du courrier des particuliers, voire même espaceraient ou abandonneraient son acheminement).

Existe-t-il une alternative publique ?

Oui, bien sûr. L’Etat peut continuer à être l’unique actionnaire de La Poste.

Cela limiterait bien entendu son expansion à l’étranger : l’entreprise pourrait moins pénétrer les marchés allemands, anglais, scandinaves, etc.

Cela obligerait bien entendu à augmenter le prix du timbre pour payer décemment les postiers, pour moderniser les outils de tri et de distribution, pour avoir partout en France un service de qualité. On ne peut pas en réalité tout avoir, contrairement à ce que beaucoup de démagogues laissent entendre : être propriétaire de la structure, jouir d’un service impeccable et en plus vouloir la « gratuité » (l’Europe impose justement que se soient les bénéficiaires du service qui le payent et non le contribuable).

En effet, si l’entreprise publique n’est pas profitable et donc pas capable de dégager d’importantes masses financières pour son développement et sa modernisation, c’est bien l’argent privé que lui promet le Gouvernement Fillon (2,7 milliards d’€ d’augmentation de capital à l’occasion de la privatisation) qui s’y substituera forcément.

Bien sûr, l’entreprise publique devra s’adapter (mais elle l’a toujours fait sinon elle n’aurait pas subsisté) :
- en réduisant ses coûts (200 millions d’€ d’économies de frais de fonctionnement déjà prévues en 2009),
- en se focalisant plus encore sur le « service au public », en affectant plus de personnel aux guichets et au conseil en général,
- en modernisant ses plates-formes de tri (c’est en cours),
- en se redéployant vers le colis dopé par le commerce électronique et en trouvant des solutions à l’évolution en « peau de chagrin » du courrier remplacé rapidement par la messagerie électronique et autre transmission numérique,
- en offrant de nouveau services (livraison de médicaments, boutique spécialisée, etc.).

L’avenir de la Poste stigmatise un clivage très fort entre Droite et Gauche.

La Droite considère qu’une privatisation est souhaitable pour des raisons d’idéologie néolibérale : « le marché s’auto-organise » ; « le privé est plus efficace » ; « il faut passer d’une logique d’usager à une logique de client » ; « l’Etat doit se cantonner strictement à ses pouvoirs régaliens », etc.).

Signalons au passage que lors des privatisations précédentes, les gouvernements de Droite ont en règle générale bradé les entreprises publiques, pour deux raisons :
- la privatisation est intervenue dans une période peu propice (notamment dans la crise actuelle, la Bourse n’est pas au plus haut et les acheteurs sont peu solvables, moins nombreux et donc moins tentés de surenchérir),
- le Gouvernement a souhaité choisir les actionnaires de références, ce qui a empêché la concurrence d’investisseurs étrangers ou n’entrant pas dans la stratégie industrielle envisagée.

La Gauche considère quant à elle que les services publics ont un avenir, qu’ils sont indispensables au maintien de la cohésion sociale. Le Parti Socialiste pense, en outre, qu’ils doivent évoluer vers le « service au public », c’est-à-dire s’adapter sans cesse pour être performants.

Une Poste privatisée, même avec un cahier des charges imposé par l’Etat pour garantir un minimum de missions de Service public, sera au service de quelques millions d’actionnaires français ou étrangers (dont beaucoup de petits, complices à leur corps défendant bien souvent détenant des actions au travers d’autres produits financiers sans le savoir), dont la seule motivation sera le profit monétaire et pénalisera les plus fragiles des Français (personnes peu mobiles, personnes très âgées, foyers à faible pouvoir d’achat, ruraux, habitants des banlieues à faible densité de bureaux de poste, etc.).

L’attachement des Français devra être démonstratif dans les mois à venir pour faire reculer le Gouvernement Fillon.

IMG_7842.jpg

Les commentaires sont fermés.