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20/09/2009

Le corbeau attire le corbeau

L’affaire qui défraie la chronique à Saint-Pons de Thomières – des citoyens habitant les Hauts-Cantons de l’Hérault perquisitionnés ou placés en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur les menaces à des personnalités politiques par un corbeau – est emblématique des risques de dérives que certains Français craignent.

En effet, des faits récents inquiètent :
- l’institution dans les écoles de la « base élèves », avec le fichage des élèves du Primaire,
- la sortie d’un « document de travail provisoire » gouvernemental datant de juillet 2009 qui prévoit, pendant la période pandémique de la grippe H1N1, de « prolonger les délais de détention provisoire de 4 à 6 mois sans audience ni débat devant le juge des libertés », de « suspendre la collégialité des décisions » et de « généraliser le huis-clos » (d’après le Syndicat de la Magistrature),
- la pénalisation de l’action syndicale avec des mises en examen, de plus en plus fréquentes, de responsables syndicaux ayant agi dans l’exercice de leurs fonctions.

L’impression qui domine, c’est que les décideurs ou les idéologues du pouvoir en place ne se posent pas suffisamment, en préalable, la question qui est essentielle : est-ce que la mesure proposée ou appliquée est respectueuse des libertés publiques et individuelles, et sinon, comment l’adapter pour qu’elle le soit ?

Pour revenir à l’affaire des Hauts-Cantons, les lois anti-terroristes ont été appliquées à de simples citoyens alors que, dans l’esprit des Français, elles doivent être réservées à des menaces sérieuses, du type Al Qaïda.

Les « lois d’exception » n’ont pas bonne presse en France depuis le Gouvernement Pétain.

Il faut tout de même savoir qu’il existe toujours des textes permettant aux préfets de révoquer les maires. C’est ce qu’avait fait le Gouvernement nationaliste et d’extrême-droite de l’époque en relevant de leur fonction un grand nombre d’élus communistes et socialistes de l’Hérault.

Le remarquable livre de Patrick Néolas, « La Résistance dans les Hauts-Cantons », permet de ranimer le souvenir de ce qu’il ne faut plus jamais approcher, de près ou de loin, et qui s'est passé en 1942 :
- « L’arsenal répressif est en place, aidé par des dénonciations et des lettres anonymes »,
- « Les élus du Front populaire sont surveillés, les élus communistes ayant pour leur part ayant été internés dans les camps dès 1939, ainsi que des opposants à Vichy tel Vincent Badie, dont on contrôle le courrier, le téléphone et le déplacement »,
- « Le 11 août 1942, le plan de maintien de l’ordre prévoit « l’arrestation préventive des individus des listes S’ et S’’, soit dans l’ordre, repris de justice, étrangers douteux, républicains espagnols, communistes et anarchistes, juifs, gaullistes et antinationaux ».

Le Gouvernement de Vichy, alors que le Midi était toujours en Zone libre, va envoyer, au mois d’août 1942, près de 400 personnes vers les Camps de la mort.

Dans les Hauts-Cantons, notamment autour de Saint-Pons de Thomières, la Résistance s’installa précocement et y concentra l’essentiel de ses forces héraultaises, avec l’avantage du relief et du soutien de la population, dont les mineurs du bassin houiller.

Ainsi, entrèrent en résistance à l’ennemi intérieur (le Gouvernement Pétain) et à l’ennemi extérieur (les Nazis) :
- de nombreux « Maquis » indépendants (Latourette et Valentin à La Salvetat sur Agout, Jean Grandel à Saint-Pons de Thomières, Koufra à Fozières près de Lodève, …),
- les francs-tireurs et partisans français (FTPF) de Graissessac, d’obédience communiste,
- plus tard, l’Armée Secrète avec le Maquis de la Salvetat sur Agout et le Maquis Bertrand au Bousquet d’Orb ainsi que les Mouvements Unis de la Résistance présents dans toutes les communes de la haute vallée de l’Orb et de la vallée du Jaur.

Aujourd’hui, la défense des libertés publiques et privées doit transcender les partis.

Nous devrions tous être les fils spirituels des résistants, évoqués plus haut, qui mettaient, dans une période ô combien plus troublée, la Liberté au dessus de tout.

Autour de Saint-Pons de Thomières, le corbeau tant recherché n’a pas été identifié.

En revanche, ce dernier a vraisemblablement fait un ou plusieurs émules : il faut en effet forcément des renseignements précis pour se résoudre à déclencher une telle opération policière (tout de même près de 150 agents publics mobilisés).

Dans la nature, quand un corbeau s’envole, les autres suivent : il en est de même avec les hommes.

Gardons-nous d’une société où la dénonciation entraînerait la dénonciation.

Quant à la famille des corbeaux qui s’agrandit, l’Histoire livrera un jour les noms.

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