Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

06/11/2009

Pourquoi la crise sera moins supportable en 2010 qu'en 2009 ?

La confiance a été ébranlée par la soudaine crise financière venue des Etats-Unis qui s’est propagée comme une traînée de poudre dans le Monde entier.

 

Aujourd’hui, certains gouvernants veulent accélérer la reprise en décelant, ici et là, des signes encourageants. : ils jouent bien leur rôle dynamisant, en positivant la situation.

 

Qu’en est-il réellement ?

 

Autant la crise financière est en grande partie derrière nous, les banques renouant avec les bénéfices et leurs pratiques antérieures, autant l’économie réelle commence ou continue de souffrir.

 

Pour la plupart des chefs d’entreprise de notre pays et pour la plupart des Français, 2010 sera moins supportable que 2009.

 

Pour quelles raisons ?

 

Tout d’abord, parce qu’une décroissance de 2,5 % en 2009, au lieu d’une croissance attendue de 1,5 %, c’est 4 % de richesse nationale en moins dès le début du mois de janvier 2010.

 

Soit un vingt cinquième de richesse en moins à distribuer.

 

Or, la crise met les possédants et les gens aisés à cran : aujourd’hui, moins qu’hier, ils sont prêts à partager.

 

Ce sont donc les autres, dont les 15 % de Français sous le seuil de pauvreté, aux minima sociaux, ou durablement sans emploi, sans marge de manœuvre, qui en pâtiront.

 

Prenons trois exemples corroborant l’idée que 2010 sera pire que 2010.

 

Tout d’abord, le chômage.

 

Un chef d’entreprise, lorsqu’un retournement de situation économique se produit, ne licencie pas tout de suite. Il attend de voir si un rebond dans son secteur d’activité n’intervient pas. Ce n’est qu’ensuite, après avoir utilisé tout un arsenal social (suppression des heures supplémentaires, non remplacement des départs à la retraite, chômage technique, solde de vacances, changement de poste, mise en stage, etc.) que le chef d’entreprise se sépare de collaborateurs qu’il a souvent fallu former et fidéliser.

 

Cet effet retard existe au moment de recruter en cas de reprise économique : ce n’est donc pas être devin de prédire une année 2010 très difficile en terme d’emplois, d’autant que les départs à la retraite massifs non compensés par les arrivées de jeunes (delta d’environ 50.000 travailleurs chaque année) sont la seule raison, sous les gouvernements Raffarin puis Villepin, de la non aggravation du chômage en France.

 

Second sujet extrêmement démonstratif : la crise vient de toucher toutes les branches de notre agriculture, jadis conquérante.

 

Par quels mécanismes ?

 

Le commerce mondial de produits agricoles (soit 40 % en valeur de la production agricole mondiale) se contracte.

 

Certains pays, comme la Chine ou les pays émergents, réduisent leurs importations, certains de leurs habitants ayant connu des baisses de pouvoir d’achat.

 

Parallèlement, les organismes financiers qui garantissaient aux agents économiques des pays exportateurs (principalement des pays riches comme les Etats-Unis et la France) qu’ils seraient payés après leur livraison de céréales, de viandes, de sucre, de produits laitiers, d’aliments pour le bétail, etc., doutent de la solvabilité des pays importateurs et n’offrent plus de couverture de risque.

 

De ce fait, tous les produits agricoles habituellement échangés se concentrent sur les pays riches, dont les pays européens, avec des prix plus faibles, attractifs pour les consommateurs, mais aussi faisant corrélativement du dumping par rapport à l’offre de nos producteurs.

 

Quand le Gouvernement Fillon annonce 650 millions d’euros de soutien financier aux agriculteurs français (sans compter le coût de 1 milliard d'euros de prêts à taux bonifié par l'Etat), c’est aussi 650 millions d’€ à débourser par les contribuables ou via un emprunt (la dette publique étant l’impôt de demain et d’après demain).

 

Notre agriculture subit ainsi la plus lourde menace jamais connue : sans retour de la compétitivité sur la scène internationale, la plupart des exploitations françaises sont potentiellement menacées de disparition.

 

Comme pour la sidérurgie, il vient un moment où les pouvoirs publics ont l’impression de remplir le « Tonneau des Danaïdes ».

 

Dernier exemple faisant craindre pour 2010 un « annus horribilis » : l’immobilier.

 

En 2009, les promoteurs se sont contentés de vendre leur stock de logements : ils ont eu une forte activité commerciale mais peu d’activité de production.

 

Considérant qu’ils n’avaient pas de visibilité sur les mois devant eux, ou encore par manque de confiance de leur part, et surtout de la part des banques, la plupart des constructeurs n’ont plus préparé le lancement de nouveaux programmes (déjà pour 2009, le nombre de logements mis en chantier va passer sous la barre des 300.000 contre 435.000 en 2007, 368.000 en 2008 et un objectif gouvernemental pourtant fixé à 500.000 pour 2009).

 

Ainsi, compte tenu des délais techniques (conception des immeubles, préparation du plan de financement, souscription préalable des futurs acquéreurs, obtention du permis de construire), les chantiers connaîtront un creux de la vague courant 2010.

 

Les entreprises du bâtiment, quant à elles, vont donc continuer à casser les prix pour essayer de survivre ce qui engage le secteur dans une inquiétante spirale déflationniste.

 

La reprise économique sera donc lente.

 

L’année 2010 risque fort d’offrir le paradoxe de banquiers prospères à côté d’entrepreneurs, de collectivités locales et de particuliers, désorientés, chancelants, exposés au pic de la crise.

Les commentaires sont fermés.