21.01.2010
Montaud chauffe son école au bois
Les municipalités sont confrontées à des contraintes financières du fait du désengagement de l’Etat (réduction de la Dotation Globale de Fonctionnement), des renforcements de normes concernant les bâtiments publics (sécurité incendie, gaz, électricité), des exigences plus fortes de la réglementation quant à l’accessibilité, de la voirie et des bâtiments ouverts au public, aux personnes à mobilité réduite, et enfin, des augmentations de charges, notamment les coûts de l’énergie.
Certaines équipes municipales ont compris que les investissements dans les énergies renouvelables et la performance énergétique étaient un facteur d’économie.
C’est notamment le cas de la Municipalité de Montaud qui vient d’installer une chaudière à granulés de bois pour chauffer un des bâtiments de son école primaire (deux étages avec 3 salles de classe et 270 m2).

Panneau signalétique de l'installation
Cet équipement a été supervisé par le Maire, Pierre Combettes, son Premier Adjoint, Joël Combettes, et son Troisième Adjoint, Joël Raymond.
La Commune de Montaud a bénéficié des conseils éclairés de l’Agence locale de l’énergie (ALE de Montpellier) et de l’Association des communes forestières de l’Hérault (COFOR 34).
L’investissement s’élève à environ 22.000 € TTC (dont approximativement 4.000 € pour la construction de la dalle et du bâtiment abritant le silo de stockage).
La Commune de Montaud récupère la TVA au bout de deux ans (l’Etat restituant, après ce délai, cette taxe, dans le cadre du Fonds de Compensation de la TVA) et a bénéficié de subventions de la part :
- du Conseil général de l'Hérault (environ 4.000 €),
- de l’ADEME et de la Région Languedoc-Roussillon, au travers du programme Prométhée sur les énergies renouvelables (environ 8.000 €).
Les granulés (ou pellets) sont faits de petits cylindres de bois reconstitué à partir de sciure.

Granulés de bois et trousseau de clefs pour donner l'échelle

Appenti abritant le silo vertical, en textile, contenant les granulés de bois
Cette sciure est récupérée dans les scieries, les menuiseries, les ébénisteries et dans d’autres industries du bois.
Elle est issue de bois non traité, séchée puis compressée sans additif.
La performance énergétique de ce type de combustible, supérieure à celle du bois bûche ou de la plaquette forestière, est liée à sa faible teneur en eau.
Les granulés de bois sont livrés par camion citerne : ils sont soufflés dans un silo d’une capacité de 5 m3 (soit les besoins d’une saison de chauffe pour un hiver normalement rigoureux) grâce à une manche à air.

Gaine d'alimentation du silo de granulés de bois
Le silo n’a donc pas besoin d’être situé en bordure d’une voie de circulation.
Il est vertical, constitué d’une membrane en textile, et implanté dans un local indépendant de celui de la chaudière ce qui évite tout risque d’incendie.

Vue générale de la chaudière (à gauche)
et de sa réserve en granulés de bois (à droite)
Les granulés s’écoulent gravitairement et sont ensuite transportés automatiquement, une ou deux fois par jour, vers la réserve propre à la chaudière, par soufflage dans une gaine : ce transfert passe par une vis sans fin, dont la vitesse de rotation règle la quantité de combustible et donc l’intensité de la flamme.

Panneau de commande de la chaudière bois

Vue du foyer de la chaudière, avec au premier plan, son cendrier
Les chaudières bois utilisent maintenant les dernières technologies, notamment l’électronique, et la combustion est quasi parfaite :
- la quantité de cendres est extrêmement réduite (à Montaud, l’employé municipal vide le cendrier toutes les quinzaines par précaution mais le fabricant préconise une fréquence mensuelle),
- les émissions de polluants (très variés dans le cas d’une cheminée à foyer ouvert) sont réduits à leur plus simple expression et très au dessous des normes officielles (tant au niveau des gaz que des particules),
- le fonctionnement est entièrement automatique, la chaudière s’approvisionnant et se régulant elle-même sur les instructions consécutives aux mesures provenant d’un thermostat d’ambiance.
En faisant le choix de la chaudière à granulés de bois, l’équipe municipale de Montaud a relégué l’utilisation du fioul au passé.
Dorénavant, l’école ne craint plus ni odeur, ni salissure, liées au chauffage.
Sur le plan énergétique, 2 kilogrammes de granulés de bois équivalent à 1 litre de fioul ou encore à 1 m3 de gaz naturel (non disponible à Montaud).
Un m3 de granulés possède une masse de 650 kg.
Sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, le bois libère une énergie renouvelable.
En effet, la combustion du bois s’inscrit dans un cycle court du carbone : puisqu’en coupant des arbres, c’est-à-dire en régénérant les forêts, ces dernières rajeunissent, voient leur croissance stimulée et finalement leur fonction de piégeage du carbone développée (en fixant du CO2 et en dégageant de l’O2, les forêts en croissance constituent d’excellents puits à carbone).
Les ratios d’émission de CO2, fixés par l’ADEME, pour la France, sont d’ailleurs les suivants :
- 0,084 kg de CO2 par kWh d’électricité,
- 0,300 kg de CO2 par kWh de fioul,
- 0,234 kg de CO2 par kWh de gaz naturel,
- 0,013 kg de CO2 par kWh de bois.
Pour chauffer avec du fioul, 2.000 à 2.500 litres étaient nécessaires tous les ans (soit l'équivalent de 20.000 à 25.000 kWh).
L’équipe municipale a bien pris soin de faire poser à l’école, préalablement au renouvellement de l'installation de chauffage, des fenêtres à double vitrage, à rupture de pont thermique. Le gain communément admis pour ce type d’investissement est de l'ordre de 15 %.
En outre, le rendement de la nouvelle chaudière est meilleur, tant et si bien que les nouveaux besoins thermiques s'élèvent à seulement 15.000 kWh, couverts par 3,5 tonnes de granulés.
Financièrement, le coût « entrée chaudière » du kWh de granulé de bois en vrac est stable aux alentours de 0,05 € tandis que celui du kWh de fioul est très volatil : 0,085 € en moyenne en 2008 avec une oscillation entre 0,055 € et 0,105 € !
La Commune de Montaud a signé un contrat d'approvisionnement de 3 ans avec un fournisseur pour encore plus de sécurité sur le prix.
Globalement, si l’on prend comme référence l’année 2008, la Commune de Montaud devrait faire une économie annuelle de l’ordre de 1.000 € (soit plus de la moitié du coût antérieur du chauffage).
Sur le plan du développement local, les granulés de bois ne viennent jamais de très loin, contrairement aux énerges fossiles.
Les emplois sont donc créés localement.
Le bois des Pyrénées, de la Montagne Noire, de l’Espinouse, de l’Escandorgue ou des Cévennes, est valorisé, et au-delà nos forêts méditerranéennes.
C’est tout à l’honneur des élus Montaudois d’avoir fait un pas important en direction de la sobriété énergétique (isolation thermique de l’école) au-delà du pas en direction des énergies renouvelables (équipement avec une chaudière au bois).
En tenant compte des économies budgétaires réalisées par la Commune et de l’amélioration du bien-être des enfants de l’école (comme des autres usagers), l’équipement avec une chaudière à granulés de bois s’inscrit véritablement dans une logique de développement durable.
23:43 Publié dans Actualités, Bons plans, Coup de coeur/Coup de griffe, Economie, Nature/Environnement, Politique, Sciences et technologie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chaudière bois, commune montaud, granulé, pellet, économie d’énergie, émission co2, réduction ges, co2 cycle court










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Commentaires
Waw, excellent blog, je vous remercie de partager ces idées et je partage moi aussi ce point de vue ! Permettez-moi d'insister, votre article est sincèrement bien bon, je viens d'ailleurs de twitter ce article en espérant que ça vous aide. PS : Ca fait du bien de vous lire !
Ecrit par : ramoneur | 19.04.2010
Voila un bon exemple d'action intelligente qui est possible de mener au niveau local... Une chaudière à granulés de bois est un système de chauffage moderne, souple et qui affiche un très bon rendement.
Ecrit par : site | 12.06.2010
Il conviendrait de mettre quelques bémols sur ce billet enflammé si j'ose dire. En effet l'utilisation de granulés de bois soulève quelques problèmes :
- Son tarif dejà : Négocié autour de 200-300 €/tonne c'est 5 à 10 fois plus cher que le bois en bûche
- Pour sa fabrication : opération de séchage qui nécessite une grande quantité d'énergie
- Enfin pour le transport : Comme vous le précisez 2kg de granulés équivalent à 1 kg de fioul. Ca fait donc 2 fois plus de matière à transporter donc 2 fois plus de camions sur les routes, camions qui roulent au ? Diesel ...
On trouve ici une petite démonstration du coût énergétique lié à la production d'une tonne de granulés : http://www.bioenergyconference.org/docs/speakers/2008/Craven_BioEn08.pdf
Résultat, rien que pour produite une tonne de granulés, on consomme l'équivalent de 43% de l'énergie contenue dans les granulés. Sans compter le transport. Autant dire que l'aspect "écolo" de la solution est largement discutable !
Ecrit par : Jimmy Sapede | 05.07.2010
Le granulé de bois, ou pellet, est sans conteste, à réserver à de petites unités, vu son prix élevé.
Si l'on veut un combustible économique, il faut s'orienter vers la plaquette forestière.
Le rendement de l'installation est en outre fondamental : 15 % seulement pour une cheminée à foyer ouvert, 40 à 60 % pour un foyer fermé, un insert ou un poêle, plus de 70 % pour une chaudière-bois alimentant un chauffage central.
De même, quand un privé ou une collectivité se dote d'un poêle à pellets, c'est qu'il a commencé à réfléchir à ses dépenses énergétiques et, comme à Montaud, qu'une dynamique en terme d'isolation des bâtiments est enclanchée.
Le transport du combustible est effectivement pénalisant en terme de bilan carbone : l'approvisionnement lointain est à proscrire que ce ce soit en granulé ou en bois-bûche.
Bien pire, le pétrole est transporté brut vers les raffineries européennes (perte de matière notamment dans les torchères, énergie perdu dans le cracking, dans les pompages, etc.) puis de ces dernières vers les points de livraison où le client va chercher les combustibles élaborés en voiture (sinon, c'est le livreur qui amène le fioul au domicile du client).
Plus vicieux encore, un automobiliste transporte son combustible sur des dizaines de kilomètres avant de le consommer !
Concernant le bois, on n'a jamais vu quelqu'un transportant sa bûche autour de sa maison avant de la mettre dans le foyer.
Concernant les granulés de bois, ils sont forcément intéressants lorsqu'ils sont confectionnés avec des copeaux et des sciures précédemment jetés.
Si les granulés sont issus de bois entiers (comme c'est le cas dans les grandes unités de production canadiennes), il faut tenir compte dans le bilan carbone de la coupe en forêt, du transport sur l'usine, du broyage du bois (sans parler de la compression en pellets).
Sinon, toutes ces émissions de CO2 sont à imputer aux produits issus de sciage, de rabotage et du façonnage.
Pour les granulés, il faut imputer seulement les émissions liées à la compression puis au transport chez le client.
Le marché des granulés doit donc être limité à la valorisation des sous-produits des sciages et autres travaux sur bois : cela représente donc une niche au regard de la biomasse disponible en France.
Le granulé est certes cher mais il est propre et se consume avec un excellent rendement dans des poêles appropriés.
L'avenir du bois-énergie en France, c'est toutefois plutôt la modernisation des chaufferies utisant du bois-bûche et le développement de chaufferies utilisant des plaquettes forestières raccordées à des réseaux de chaleur.
Dans tous les cas, le bois doit être issu de forêts gérées de façon durable (pas de défrichement, coupe à blanc à éviter).
Les arbres coupés dans un écosystème forestier équilibré laissent la place à de jeunes arbres captant plus de CO2 que leurs prédécesseurs lors de leurs premières années de croissance.
Enfin, le combustible doit être issu du local pour favoriser l'emploi et éviter les émissions de CO2 inutiles.
Ecrit par : Michel Chastaing | 08.07.2010
Toutes vos remarques sont justes, mais malheureusement elles sont rarement mises en pratique dans la réalité.
Comme vous le dites, le pellet de bois, pour être "écolo" doit être fait à partir de déchets (type scierie). C'est d'ailleurs un tres bon moyen, rapidement rentable, pour les scieurs de valoriser leurs déchets.
Mais comme effectivement le cours du pellet est assez élevé, de l'ordre de 300€/tonne, et que la demande est forte, nombre d'industriels se sont lancés dans la productions de masse avec tous les inconvénients écologiques que ça comporte et que vous citez.
On ne peut bien évidemment pas trouver une solution de production d'énergie parfaitement propre, chaque solution possède son énergie "grise" (panneaux solaires venant de chine, etc ...). Par contre on peut, au cas par cas, trouver une solution acceptable pour l'environnement et qui s'appuie sur des ressources locales. On s'inscrit alors plus dans le développement durable que dans l'écologie.
Ecrit par : Jimmy Sapède | 08.07.2010
Merci pour toutes ces renseignements
Ecrit par : appartement à louer à paris | 06.08.2010
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