Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/04/2010

VILLEPIN : UN NOUVEAU BAYROU ?

Dominique de Villepin et François Bayrou ont en commun l’ambition présidentielle, le goût de l’exercice solitaire du leadership et leur opposition frontale à Nicolas Sarkozy.

 

Les élections Régionales viennent de sonner, au moins momentanément, le glas de la troisième voie que les Français avaient pourtant semblé plébisciter lors de l’élection présidentielle, avec 18,57 % des voix au premier pour François Bayrou.

 

Depuis l’intéressé suit un chemin de croix et s’apparente de plus en plus à un martyr devant la volonté féroce du « parti » du Président de la République de l’éliminer du paysage électoral français.

 

Dominique de Villepin et François Bayrou s’appuient aussi sur un faible nombre de parlementaires.

 

Ceux qui soutiennent Villepin ont d’ailleurs beau multiplier les petites phrases, ils sont marginalisés par la volonté de l’Elysée.

 

Ils font de la figuration et les territoires qu’ils représentent ne peuvent attendre une quelconque sollicitude élyséenne.

 

La crédibilité de ces parlementaires, aux yeux de l’opinion, est en outre atteinte car ils se complaisent en réalité fort souvent dans l’ambiguïté.

 

En effet, après généralement des récriminations liminaires, ils votent tout de même quasi systématiquement les textes présentés par le Gouvernement et souscrivent aux votes de confiance.

 

En revanche, François Bayrou est, lui, franchement dans la rupture avec la Droite.

 

Le patron du MoDem a fait la preuve, dans ce domaine, de son courage politique.

 

Dans son opposition à Nicolas Sarkozy, François Bayrou est autrement plus convaincant que Dominique de Villepin : ses thèses et ses arguments sont d’ailleurs très proches de celles du Parti Socialiste.

 

Le centre-gauche en France possède de solides racines radicales, voire radicales-socialistes et bénéficie d’une image positive.

 

Cette mouvance politique existe indubitablement et ne demande que des conditions favorables pour renaître, tel un phénix.

 

Pour Dominique de Villepin, il s’agit plus une opposition personnelle à l’homme – Nicolas Sarkozy - qu’à l’idéologie du Président de la République.

 

Difficile en réalité pour Villepin de refaire le coup de la fracture sociale (idée géniale de Jacques Chirac pour écarter Edouard Balladur et Lionel Jospin).

 

Encore moins crédible est son exigence de suppression du bouclier fiscal pour plus de justice sociale et de justice fiscale, alors qu’il en a été le créateur, même si c’était au taux de 60 % au lieu de 50 % aujourd’hui.

 

Hasardeux pour Dominique de Villepin d’incarner le « Ni Gauche, ni Droite » étant, depuis si longtemps, si proche de Jacques Chirac.

 

D'ailleurs, le clan sarkozyste qui avait élégamment refusé d'exercer un droit d'inventaire à la succession de Jacques Chirac rattrape maintenant le temps perdu en rappelant les vicissitides imputables à l'ancien premier ministre.

 

Dominique de Villepin aurait pu, et aurait dû, d’après les premiers signaux émis, créer un nouveau parti politique juste après les élections régionales, pour lesquelles l’intéressé espérait et anticipait une défaite de la majorité gouvernementale.

 

Or, point de nouveau parti mais un simple mouvement au sein de l’UMP.

 

L’homme est intelligent et il a immédiatement tiré les leçons de l’échec cruel du MoDem aux Régionales.

 

Certes Dominique de Villepin ne portera son nouveau mouvement sur les fonds baptismaux que le 19 juin, au lendemain de l’anniversaire du fameux appel du Général de Gaulle, mais, d’ores et déjà, son entourage a précisé qu’il s’agissait d’« un mouvement dans l’orbite de l’UMP », « compatible avec sa famille d’origine », « qui ne sera pas un parti politique mais un mouvement au service des Français, destiné à les rassembler ».

 

En ne créant pas un nouveau parti centré sur sa personne, Dominique de Villepin brouille l’image gaullienne qu’il veut donner à sa décision.

 

En effet, en restant au sein de l’UMP, il ne peut pas apparaître indépendant et au dessus des partis politiques.

 

Toutefois, De Gaulle, c’est aussi l’avènement du régime présidentiel, de la majorité unie comme les doigts d’une main, du parti unique en rangs serrés derrière le Président de la République.

 

L'électorat suit en général cette logique : François Bayrou et Dominique de Villepin ne sont-ils pas crédités de seulement 6 % d'intentions de vote si une Présidentielle se tenait aujourd'hui ?

 

Dominique Villepin a donc fait son choix : il préfère convaincre, de l’intérieur, les adhérents de l’UMP de l’investir comme leur porte-drapeau à la prochaine présidentielle que de s’adresser, en homme providentiel, au Français.

 

Il mise sur un rejet, au sein de l’UMP, d’un Président de plus en plus contesté.

 

Il vise donc l’investiture par l’UMP – ce qui assure l’appui de nombreux mouvements satellisés – car il a compris que l’onction de l’opinion publique ne serait rien face à la logique implacable de la 5ème République caractérisée par la toute puissance du parti présidentiel, la bipolarisation du débat et l’improbabilité d’une troisième voie.

 

Le plus gaullien est, tous comptes faits, François Bayrou qui entretient déjà un contact direct avec les Français, en s’appuyant le moins possible sur le Modem.

Les commentaires sont fermés.