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23/07/2010

L’emballement du crédit

Alors qu’une dure crise économique a logiquement succédé à la crise financière, la croissance de l’endettement en France, mais aussi dans le Monde, fait peser de lourdes menaces sur l’avenir.

 

En effet, la dette accumulée dans notre pays a atteint globalement, fin 2009, près de 3.800 milliards d'euros !

 

C'est ce que doivent l'ensemble des « agents non financiers résidents » : personnes physiques et personnes morales y compris les administrations mais exceptées les banques.

 

1.500 milliards correspondent aux emprunts de l’Etat (essentiellement) et des autres administrations publiques.

 

800 milliards correspondent aux encours mobilisés par les entreprises (310 pour l’immobilier, 240 pour les Petites et Moyennes Entreprises, 120 pour les grandes entreprises et 130 pour les holdings détenant des participations dans d’autres sociétés).

 

1.000 milliards sont dus aux organismes financiers par les particuliers.

 

Pour mémoire, les Collectivités territoriales ont emprunté environ 110 milliards d’€, ce qui est relativement marginal.

 

Le niveau global de l’endettement en France laisse songeur.

 

Acteur économique par acteur économique, il représente :

-         pour l’Etat, plus de 4 années de ses recettes (ou de façon moins parlante, en tenant aussi compte de l’endettement de toutes les autres administrations publiques, 81 % du Produit Intérieur Brut en 2009 contre 60 % en 2000 et moins de 10 % en 1983 sous le septennat de François Mitterrand avec environ à peine 150 milliards d’€ en euros courants de dettes),

-         pour les entreprises, 125 % de la valeur ajoutée qu’elles créent annuellement,

-         pour les particuliers, 75 % de leur revenu disponible brut (contre seulement 53 % en l’an 2000).

 

C’est cet emballement du crédit qui devient dangereux.

 

Le surendettement aboutit en effet souvent à la défaillance de remboursement.

 

Cette insolvabilité peut entraîner un effet boule de neige qui déstabilise toute l’économie.

 

Or qui paye in fine les intérêts de tous ces emprunts ?

 

Tout simplement :

-         les contribuables au travers des impôts car les intérêts sont des charges de fonctionnement pour l’Etat (ce poids repose essentiellement sur les salariés et les professions indépendantes pour les impôts directs et sur les consommateurs au travers de la TVA),

-         les consommateurs car les intérêts payés par les entreprises sur leurs emprunts sont un élément de prix de revient venant majorer le prix de vente (les entreprises reportent aussi les impôts qu’elles payent sur le prix de vente pour couvrir en partie les intérêts dus par l’Etat),

-         les particuliers pour leurs crédits à la consommation ou d’accession à la propriété immobilière.

 

Globalement, ce sont les ménages qui payent la quasi-totalité de ces intérêts aux banques.

 

Comme la dette en France représente, toutes sources confondues, près de 150.000 € par ménage, cela signifie qu’en moyenne un ménage français consacre l’équivalent de 6 mois de SMIC à payer les intérêts versés aux banques.

 

Ce calcul est basé sur un taux d’intérêt moyen proche de 4 % : on comprend mieux pourquoi une instabilité durable, « à la grecque », avec des taux d’intérêt flambant autour de 10 %, nous serait insoutenable (chaque ménage devant alors s’acquitter en moyenne de 15 SMIC mensuels par an !).

 

Il va donc falloir se déshabituer d’une inflation sans fin du crédit.

 

Sinon, le système capitaliste court tôt ou tard à sa perte et à une perte fracassante du type de la longue crise issue du krach boursier de 1929.

 

C’est inéluctable car nous sommes dans un Monde où les pays riches ne sont plus les seuls à alimenter cette spirale inflationniste : d’autres pays émergents y contribuent aujourd’hui.

 

Malheureusement, que fait une entreprise pour vendre davantage ? Elle propose un crédit à ses clients.

 

Qu’a proposé le candidat Sarkozy à la Présidentielle ? Inciter au prêt à la consommation et proposer aux particuliers des prêts hypothécaires immobiliers avec l’objectif que tous les Français deviennent propriétaires de leur habitation.

 

Que propose le Gouvernement Fillon ? Lancer un grand emprunt national.

 

Que propose la Banque Centrale Européenne ? Baisser les taux d’intérêt pour faciliter l’accès aux crédits pour les banques et pour les autres acteurs économiques, afin de sauver des entreprises de la faillite et tenter de soutenir l’économie.

 

Le remède institutionnel à la crise, ouvrir les vannes du crédit, concourt donc à augmenter l’endettement et contribue de ce fait à une toujours plus grande fragilisation de la solvabilité des acteurs économiques.

 

C’est un cercle vicieux, un jeu dangereux, pouvant mener à l’implosion du système.

 

En outre, au fur et à mesure de la croissance de la dette, c’est le tribu à payer par le travail à la rente qui croît.

 

Nous nous retrouvons ainsi dans une société où les revenus du capital prennent inexorablement le pas sur les revenus du travail.

 

Lorsque l’économie réelle croît au rythme d’une moyenne de 2,5 % par an, la création monétaire issue de la croissance du crédit atteint un rythme moyen de 6 %.

 

A force, les intérêts, proportionnels aux crédits accordés, deviendront insoutenables pour ceux qui travaillent et créent la richesse : c’est strictement mathématique.

 

Dans ces conditions jusqu’où les Français, qui ont sauvé les banques il y a quelques mois, via l’Etat qui est leur émanation, accepteront-ils de sacrifier leurs revenus au profit des actionnaires ?

 

Cela pose donc à nouveau le débat sur l’opportunité de nationaliser les banques pour que les intérêts payés par les emprunteurs puissent financer le budget de l’Etat.

 

Ces nationalisations, inéluctables si une deuxième crise financière majeure advenait dans les mois prochains, nécessiteraient toutefois une rigueur de gestion que nous n’avons pas connu par le passé.

 

Tout l’enjeu consiste en fait à ce que les organismes financiers soient gérés dans l’intérêt général et pas de celui d’actionnaires ni de celui d’un Etat qui voudrait se donner trop facilement des marges de manœuvre.

 

DetteFranceStatistiques.jpg

Endettement de l’Etat français et des autres administrations publiques (Source : Wikipedia)

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