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03/08/2010

Les grandes manœuvres

L’eau brute fait l’objet de beaucoup de réflexions en ce moment.

 

Venue du Rhône, cette ressource en eau abondante permet de faire face aux besoins d’irrigation et de potabilisation des alentours de Montpellier pour les prochaines décennies.

 

L’eau du Rhône contribue aussi à soutenir les débits d’étiage du Lez et du Salaison.

 

Sans eau, l’agriculture languedocienne ne peut pas se diversifier.

 

Or, l’arrachage des vignes libère beaucoup de terres.

 

Les nouvelles pistes de productions (pois chiches, chanvre, plante sucrante comme la Stevia rebaudiana, plantes aromatiques et médicinales) comme d’autres cultures plus traditionnelles (raisin de table, maraîchage, blé dur) ne sont pas envisageables sans apport d’eau.

 

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Expérimentations de grandes cultures irriguées 

 

De même, sans irrigation, il n’est pas possible de mettre en œuvre des filières de production fourragère et protéagineuse biologiques (foin de fauche, luzerne et autres légumineuses, colza, tournesol, etc.) permettant d’alimenter les éleveurs des montagnes sèches environnantes (fabrication de pélardons, veaux sous la mère, etc.).

 

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Exemple d'irrigation économique par pivot développable en zone de plaine

 

Notre climat méditerranéen est en effet chiche en précipitations (600 à 800 mm sur les zones littorales et de plaines) et surtout prodigue en sécheresse estivale.

 

La viticulture de qualité, confrontée à la féroce concurrence des « Pays du Nouveau Monde », doit aussi maîtriser les apports hydriques.

 

50 ans après la construction du Canal Philippe Lamour et le semi-échec de la diversification (seule la plaine de Mauguio s’est véritablement mise à l’arboriculture, l’horticulture et la floriculture), les décideurs anticipent les besoins en eau de demain, notamment en terme de potabilisation.

 

Une agriculture à haute valeur ajoutée, une ceinture verte de la capitale régionale, générant des flux vertueux sur le plan environnemental dans le cadre de circuits courts de commercialisation, passe par la maîtrise de l’eau.

 

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Melons sous tunnel irrigués en goutte à goutte

(l'Hérault est le premier producteur français de melons charentais au mois de juin)

 

Concernant l’eau potable et donc la présence humaine et son confort, le département de l’Hérault peut compter aujourd’hui sur des sources karstiques à l’intérieur des terres, la nappe astienne en bord de mer et les champs drainants du fleuve Hérault.

 

L’exploitation de ces ressources naturelles étant déjà largement optimisée, il ne reste plus pour des développements futurs que l’eau brute et un jour – mais à quel coût et avec quelle débauche d’énergie ? – l’eau de la Méditerranée à désaliniser.

 

La bataille pour la disponibilité de l’eau a donc commencé.

 

Elle se mènera dans un premier temps sans l’Etat qui s’est désengagé fortement en terme d’appui aux aménagements hydrauliques.

 

Pourtant, les fameux crédits du chapitre 61, article 40, ont permis pendant des décennies de subventionner généreusement les projets à hauteur de 80 %, en misant sur une rentabilité à long terme.

 

L’Europe peut en revanche être intéressée par un projet ambitieux comme celui d’Aqua Domitia.

 

Toutefois, le poids essentiel des investissements nécessaires reposera sur les collectivités territoriales et sur les usagers d’eau d’irrigation ou d’eau potable.

 

Premier verrou à faire sauter, auquel s’emploie la Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, toujours aussi visionnaire : faire baisser le prix facturé par Bas-Rhône Languedoc (BRL) pour la livraison d’eau brute, trop coûteux en l’état.

 

La Communauté d’Agglomération de Montpellier (CAM) que préside aussi Georges Frêche s’emploie à négocier de nouveaux tarifs : une baisse des prix stimulerait la demande et l’augmentation de cette dernière permettrait un meilleur équilibre des comptes de BRL, comptes fortement impactés par des charges fixes conséquentes.

 

La CAM est cliente de BRL depuis l’année 1992 qu’elle restitue dans le Lez un débit de 800 l/s en saison sèche (soutien d’étiage visant à compenser l’impact sur les écoulements naturels des prélèvements d’eau potable à la Source du Lez).

 

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Soutien d'étiage du Lez le plus à l'amont

au droit du Domaine de La Valette sur la commune de Clapiers

 

De même, la CAM a repris le contrat liant la Commune du Crès à BRL pour le soutien, dans le cadre de la Charte du Salaison, du débit d’étiage de ce petit fleuve se jetant dans l’étang de l’Or, à hauteur de 10 l/s (tout de même l’équivalent de 100.000 m3 par été).

 

En outre, la Communauté d’Agglomération de Montpellier est doublement intéressée par l’eau brute, ayant récemment pris la compétence « Eau brute » (le 1er janvier 2009) et « Eau potable » (depuis le 1er janvier 2010).

 

Il en est de même pour la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup qui a pris la compétence « Eau potable » le 1er janvier 2010 et s’intéresse maintenant avec insistance à la compétence « Eau brute ».

 

En effet, la maîtrise de l’eau est nécessaire dans le cadre des grandes décisions d’aménagement du territoire auxquelles président les communautés urbaines, d’agglomération ou de communes.

 

Autour de Montpellier, quatre grands sites de potabilisation de l’eau brute se dessinent :

-         Portaly, aux portes du Zénith, entre Mauguio et Montpellier à l’extrémité du Canal Philippe Lamour, qui traite l’eau du Rhône pour un compléter l’été l’alimentation de la Ville de Montpellier,

-         Arago, au dessous de bois de Montmaur, dans le quartier Hôpitaux-Facultés de Montpellier, qui peut recevoir en secours de l’eau du Rhône via le pompage de Portaly, le château d’eau BRL du Crès et les canalisations traversant le Lez au Domaine de La Valette à cheval sur Clapiers et Montpellier,

-         Fabrègues pour le renfort du Syndicat du Bas-Languedoc (24 communes de l’Ouest de Montpellier alimentées),

-         Bois du Peillou, sur la commune de Saint-Hilaire de Beauvoir, en vue de compléter les ressources du Syndicat Intercommunal de Garrigues-Campagne (24 communes du Nord-Est de Montpellier adhérentes).

 

Sur le plan institutionnel, les prochaines années vont vivre la disparition des syndicats d’eau existants, les communautés de communes et les communautés d’agglomération prenant les commandes.

 

D’ores et déjà, ces instances ont élu des représentants (précédemment désignés par les conseils municipaux des communes membres) dans les assemblées délibérantes de ces syndicats.

 

Le Syndicat intercommunal des travaux d’irrigation dans la vallée du Salaison (SITIVS) devrait être notamment dissout le 31 décembre 2010.

 

Regroupant 6 communes (Assas, Clapiers, Guzargues, Jacou, Teyran, Vendargues), ce syndicat a développé de façon originale, à l’image du Syndicat du Nord-Sommiérois, voisin du Gard, la distribution d’eau brute auprès des agriculteurs et des particuliers, évitant à ces derniers d’arroser leur jardin avec de l’eau potable.

 

Le SITIVS couvre une zone non concédée par l’Etat à BRL.

 

Le cas du Syndicat intercommunal de Garrigues-Campagne (SIGC) est encore plus emblématique de la nouvelle donne institutionnelle.

 

Ce syndicat d’eau potable est dirigé par 48 délégués dont 18 issus de la Communauté d’agglomération de Montpellier (Baillargues, Beaulieu, Castelnau le Lez, Castries, Clapiers, Montaud, Restinclières, Saint-Drézéry, Saint-Geniès des Mourgues), et 14 de la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup (Assas, Fontanès, Guzargues, Teyran, Saint-Bauzille de Montmel, Sainte-Croix de Quintillargues, Saint-Vincent de Barbeyrargues) que 12 autres délégués provenant de la Communauté de communes Ceps et Sylves (Buzignargues, Campagne, Galargues, Garrigues, Saint-Hilaire de Beauvoir, Saint-Jean de Cornies) pourraient rejoindre, au cas où cette dernière intercommunalité fusionnerait avec la Grand Pic Saint-Loup.

 

Les quatre derniers délégués sont issus des communes de Boisseron et de Saussines, toutes les deux membres de la Communauté de communes du Pays de Lunel qui, tôt ou tard, se dotera de la compétence « Eau potable ».

 

D’autre part, le SIGC a pris très récemment, à contre courant du mouvement observé, la compétence « Eau brute » pour quelques communes, dont certaines du Grand Pic Saint-Loup qui se prévaut maintenant de cette compétence !

 

A terme, c’est le Grand Pic Saint-Loup qui aura le dernier mot et gérera en direct l’eau brute.

 

Que ce soit pour l’eau potable ou l’eau brute, le mouvement de simplification administrative actuel fait perdre au SIGC sa légitimité historique, ce syndicat devenant une sorte d’écran entre les usagers et les collectivités qui détiennent vraiment les compétences.

 

Il se peut fort dans ces conditions que le Préfet de l’Hérault souhaite, comme pour le SITIVS, la disparition du SIGC dans les années à venir.

 

Plus globalement, l’exercice de la compétence « Eau brute » va nécessiter la mise en œuvre de fonds colossaux (le coût d’un double réseau qui va s’étendre très progressivement dans la plaine agricole et dans les nouveaux quartiers à urbaniser) dont la mobilisation n’est envisageable qu’au niveau des communautés de communes et d’agglomération.

 

Pour mémoire, les réseaux d’eau et d’assainissement en France ont nécessité une capitalisation de l’ordre de 200 milliards d’€ ce qui représente un patrimoine collectif d’environ 7.000 € par ménage français.

 

Ces sommes donnent un ordre de grandeur de l’effort gigantesque qu’il faudra fournir, au moins en Languedoc-Roussillon, pour sécuriser notre approvisionnement en eau en développant la desserte en eau brute.

 

 

Le « Pôle Eau » de Montpellier, dernièrement labellisé par l’Etat comme pôle de compétitivité à vocation mondiale, est un atout dans la grande bataille de l’eau à mener.

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