Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

21/08/2010

Haut niveau de protection sociale et attractivité internationale

La compétitivité de la France fait souvent l’objet de débats à forte consonnance politique.

 

Pour les plus libéraux, les travailleurs français bénéficieraient de trop de jours fériés, travailleraient peu suite à la réforme des 35 heures et le coût du travail serait trop élevé.

 

Ces poncifs ont la vie dure.

 

Or, l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers ne se dément pas, apportant la preuve de la bonne productivité des travailleurs français.

 

Cette attractivité est mise à nouveau en avant, cette fois-ci par l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), dans le cadre d’une récente analyse.

 

Certes, les investisseurs étrangers ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier et misent au contraire sur de nombreux pays, la mondialisation étant une réalité.

 

La France est toutefois spécifiquement considérée comme une excellente porte d’entrée dans le marché de l’Union européenne alors que nous sommes notamment en concurrence directe avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Pologne.

 

En outre, de très nombreux pays figurent sur une sorte de liste noire du fait de leur instabilité politique, financière ou économique, ce qui n’est nullement le cas de notre pays.

 

Certes, la mauvaise compétitivité de certaines entreprises ou de certains secteurs (appareil de production vieillissant, manque d’innovations ou d’investissements, etc.) peut aussi être une aubaine pour de nouveaux acteurs venus de l’étranger, investisseurs ayant perçu ces faiblesses et envisageant de dominer facilement les marchés concernés.

 

L’AFII facilite les démarches des entreprises internationales et accompagne leur installation.

 

Dans sa tâche d’appui à la création de nouvelles activités et d’emplois durables, cette agence de l’Etat travaille en concertation avec les collectivités locales désireuses de mettre en valeur les atouts de leurs territoires.

 

L’AFII offre l’avantage d’un interlocuteur unique capable de s’adapter à la stratégie des investisseurs étrangers.

 

Cette agence est particulièrement à même d’identifier les avantages concurrentiels offerts par la France.

 

Deux questions viennent à l’esprit vis-à-vis desquelles une petite analyse sera faite plus bas.

 

Premièrement,  quelle est l’importance, la nature et les effets des investissements directs étrangers (IDE) en France ?

 

Deuxièmement, quels sont donc les atouts réels de notre pays ?

 

Tout d’abord, 20.000 entreprises étrangères sont implantées en France alors que 30.000 entreprises françaises ont investi à l’étranger.

Ces filiales de groupes étrangers représentent 2,5 millions d’emplois (soit 12,5 % de l’emploi dans le secteur privé), réalisent 20 % des dépenses de recherche et de développement (R&D) et totalisent 40 % des exportations.

 

Dans le secteur manufacturier, cela représente 1,7 million en terme d’emplois (30 % du secteur), 36 % en R&D et 40 % au niveau des exportations.

 

Ces chiffres permettent clairement de conclure que les investisseurs étrangers viennent en France à la fois pour :

-         trouver une porte d’entrée sur le marché européen (forte exportation à partir d’un pays central bien desservi par les infrastructures de transport et de communication),

-         profiter de la qualité des ressources humaines (activités manufacturières),

-         bénéficier du fort potentiel en cadres (notamment ingénieurs) et en diplômés de l’enseignement supérieur (notamment scientifiques) pour les activités de recherche développement,

-         se substituer à une industrie manufacturière française peu entreprenante.

 

Du fait que 30.000 emplois environ sont créés ou maintenus grâce aux investissements directs étrangers cités plus haut, que ce nombre a crû d’année en année du fait de la mondialisation et compte tenu du stock d’emplois de 2.500.000 (ce qui représenterait 83 années de nouvelles implantations étrangères), il est évident que la présence étrangère s’explique essentiellement par des prises de contrôle capitalistique d’entreprises déjà présentes sur le sol français.

 

Quelle que soit leur stratégie, ces investisseurs internationaux contribuent au développement de l’économie nationale en apportant leur savoir-faire, leurs technologies, leurs compétences : ils tirent au mieux parti de l’excellence de la main d’œuvre française en obtenant de forts gains de productivité.

 

L’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) compare, tous les ans, la France, aux Etats-Unis, au Japon, à l’Allemagne, au Royaume-Uni, à l’Italie, à l’Espagne, à l’Irlande, aux Pays-Bas, à la Belgique, à la Finlande et à la Pologne.

 

Ces 11 pays, classés du plus puissant économiquement au plus faible, sont les principaux partenaires de la France et représentent la diversité des pays riches du Nord.

 

Concernant le flux d’investissements directs étrangers, la France est au troisième rang mondial en 2009 avec 60 milliards de dollars d’IDE entrants (premier les USA avec 130 m$ et second la Chine avec 95 m$), devant le Royaume-Uni quatrième (50 m$).

 

Ces investissements ont globalement décru au niveau mondial, du fait de la crise, de 2008 à 2009, en passant de 1.771 m$ à 1.114 m$ seulement.

 

Par rapport à la richesse nationale (Produit intérieur brut), le stock d’IDE en France (35 % du PIB en 2008 tout de même) est le double de celui en Allemagne, en Italie ou aux Etats-Unis.

 

La France est toutefois loin de la « performance » de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Irlande qui bénéficient de stocks d’IDE supérieur à 60 % de leur PIB.

 

Quand on observe le classement de la CNUCED, on constate qu’en réalité les économies les plus fortes sont en général les moins pénétrées par les investissements étrangers.

 

 

Attractivité2.jpg

 

Avec 250.000 étudiants étrangers inscrits dans l’enseignement supérieur, la France est le 4ème pays mondial d’accueil des étudiants en mobilité internationale (l’Hexagone en capte 8 %, les Etats-Unis 20 %, le Royaume-Uni 12 % et l’Allemagne 8 %).

 

Ramené au nombre d’habitants, notre pays est donc deux fois plus attractif que les Etats-Unis (cf. CampusFrance), les Etats-Unis accueillant, bon an mal an, 600.000 étudiants étrangers seulement.

  

Ce « cocorico » contredit les affirmations péremptoires de certains sur la fuite des jeunes cerveaux français aux Etats-Unis.

En effet, s’il part plus de Français aux USA (7.000) que d’Américains viennent en France (3.000), c’est à rapprocher de l’esprit casanier des étudiants américains dont seulement 50.000 s’expatrient à l’étranger contre 80.000 pour la France.

 

La force des Etats-Unis reste au demeurant son formidable vivier d’étudiants, de 18 millions de têtes contre seulement 2,2 millions en France (par rapport à notre population, il en faudrait presque 3 millions en France).

 

En outre, même contesté car essentiellement focalisé sur les disciplines scientifiques, le « Classement de Shangaï » 2009 où seulement 3 universités françaises figurent dans le Top 100, à partir d’ailleurs de la 42ème place, est moins flatteur pour notre pays (sur les 10 premières universités au Monde, 8 étant américaines et 2 anglaises).

 

Enfin et c’est un atout de la France, les étudiants étrangers viennent suivre dans l’Hexagone des programmes de recherche de haut niveau (Royaume-Uni premier mondial dans ce domaine avec 47 % d’étudiants étrangers suivant ces programmes stratégiques, Belgique seconde avec 30 % et Etats-Unis, quatrième seulement, avec 23 %, derrière la France à 37 %).

 

La France recueille globalement des activités stratégiques (quartiers généraux de multinationales, sièges sociaux de grandes entreprises, centres de recherche et développement) qui sont fondamentales pour les savoir-faire qu’elles véhiculent et les transferts technologiques qu’elles engendrent.

 

Quels sont donc les autres atouts de notre pays en vue d’attirer les investissements internationaux ?

 

Tout d’abord, la France est le 5ème marché mondial et réalise 3,9 % des exportations planétaires.

 

Notre main d’œuvre est particulièrement qualifiée, bien formée (même si les dépenses dans l’enseignement supérieur sont insuffisantes avec 8.400 $ par étudiant contre 11.400 $ aux Etats-Unis) et productive.

 

La productivité est bien entendu à ramener aux heures travaillées (qui font l’objet d’une rémunération) et non par per capita.

 

Cette productivité horaire (donnée en dollars à la parité de pouvoir d’achat) est proche de celle des meilleurs pays riches.

 

Attractivité1.jpg

 

La France est au 5ème rang mondial pour les dépenses de recherche/développement ce qui en fait un pays attractif dans la concurrence par l’innovation.

 

En outre, les coûts d’implantation en France sont faibles ce qui a tendance à compenser des coûts du travail supérieurs à la moyenne européenne, même s’ils sont bien inférieurs à ceux des USA.


Ces coûts sont dus aux cotisations sociales élevées, signe d’un pays à haut standard social (en terme de couverture maladie et de retraite notamment) plutôt qu’aux salaires.

 

De façon plus anecdotique, plaisent aux investisseurs étrangers :

-         la disponibilité de l’immobilier d’entreprises,

-         le prix très bas de l’électricité,

-         la faiblesse du nombre de jours de grève (4 par an soit 3 fois moins qu’en Italie, 6 fois qu’en Espagne et 8 fois moins qu’en Belgique).

 

Financièrement, le cumul de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les bénéfices est un des plus faible de l’Union Européenne à 15 (11,8 % du PIB au total) tandis que la récente réforme du crédit d’impôt recherche s’avère fort avantageuse.

 

Bien entendu, malgré le retard pris par la France dans les investissements pour les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), les étrangers apprécient les Services publics français (éducation, santé, logement) et les infrastructures de transport (1er réseau de train à grande vitesse au Monde, réseau autoroutier de 11.000 km et 6 aéroports internationaux).

 

Enfin, la qualité de vie (1er place mondiale) - liée au niveau de couverture sociale - est forcément un plus.

 

Compte tenu des nombreux atouts concurrentiels de la France, les investissements étrangers ne sont donc pas prêts de se tarir : environ 40 % du capital côté à la Bourse de Paris appartient déjà à des non résidents.

Les commentaires sont fermés.