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29/08/2010

Estrosi : un dérapage insécuritaire

Christian Estrosi, ex conducteur de motocycle sur circuit balisé, lisse et sans aspérité, s’est aventuré sur les chemins tortueux et bosselés de l’insécurité.

 

Mauvais élève en tant que maire de Nice, à la tête d’une des villes les plus criminogènes de France, il s’est permis, dans un dérapage verbal, de fustiger les édiles de la République.

 

D’après l’intéressé, il faudrait sanctionner les municipalités défaillantes en matière sécuritaire.

 

Plus précisément, le Ministre de l’industrie a déclaré : « Je propose que les municipalités qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réforme des règles de l’urbanisme, soient condamnées à une très forte amende. »

 

Or, 99,9 % des maires de France dirigent des communes plus calmes que la cité du « casse du siècle » d’Albert Spaggiari (5 milliards de francs de butin volés dans les coffres de la Société Générale).

 

Il n’est pas donné, en effet, à tout village, d’être ou d’avoir été le terrain de jeu de la « guerre des casinos », de la pègre marseillaise et de la mafia italienne.

 

De même, 99,9 % des maires de France respectent la loi : sinon, ils finissent en prison ou subissent des condamnations et des inéligibilités.

 

Il est vrai qu’à Nice, les premiers magistrats ont donné des exemples détestables en la matière.

 

Ainsi, Jacques Médecin, Maire de 1966 à 1990, a fui la France en 1990, pour Punta del Este en Uruguay, afin d’éviter d’être mis en examen.

 

Durant de nombreuses années, l’intéressé s’est considéré comme non imposable alors que son redressement fiscal pour les seules années 1981 à 1984 atteignit 14 millions de francs et pour l’année 1986, 1 million et demi.

 

Une amie d’une de ses anciennes épouses évoqua sur TF1, dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac, en 1985, les manipulations financières niçoises.

 

L’intéressée fut ensuite retrouvée assassinée en 1989 aux Etats-Unis.

 

Le successeur de Jacques Médecin quitta aussi la scène politique en démissionnant.

 

En 1992, la petite cousine de ce nouvel édile fut abattue de 6 balles de 7,65 dans un parking souterrain et le fils de son épouse fut inculpé en 1993 pour le meurtre du gérant du restaurant niçois « Le Bistrot des Artistes ».

 

Enfin, l’embauche de sa future femme pour un emploi fictif lui fut reprochée.

 

La quasi-totalité des maires Français n’oseraient imaginer de telles vicissitudes sur leurs communes respectives.

 

Un climat d’une telle violence leur semble d’ailleurs surréaliste.

 

En rappelant ces faits sordides, il n’est pas question d’accabler les Niçois.

 

En effet, ce sont eux qui subissent tous les jours les affres de l’insécurité.

 

La Région PACA (1ère en France), le département des Alpes-Maritimes (6ème en France) et la Ville de Nice (1ère des villes de plus de 250.000 habitants) ont ainsi des taux de criminalité qui ont culminé en 2006 à respectivement 87,1, 103,4 et 114,3 crimes et délits constatés pour 1.000 habitants (moyenne française à 57,3 seulement, si l’on puit dire !).

 

Le département de Seine Saint-Denis, le fameux « 93 », avec ses si nombreuses banlieues, est beaucoup plus paisible que la Ville de Nice, avec un taux égal à 104,2.

 

Mais venons-en à l’Hexagone, puisque Christian Estrosi (faisant partie en son temps des « bébés Médecin ») a indubitablement voulu donner une portée nationale à ses déclarations.

 

L’intéressé a voulu focaliser l’actualité et le débat politique sur ce que le Gouvernement appelle l’« insécurité ».

 

C’est réussi !

 

Il faut dire que c’est facile car ce thème est toujours très porteur en temps de crise.

 

On ne parle plus que de ça et pas des autres problèmes de société.

 

D’autant que les acquis sociaux, eux, ont été obtenu pendant les périodes de croissance économique.

 

De ce fait, un vocable plus positif leur est appliqué : c’est le mot « sécurité ».

 

Les Français ne devraient toutefois pas oublier qu’avec la montée de la crise et de la rigueur l’insécurité va aussi concerner de plus en plus le logement, le travail et la santé.

 

Or, depuis 30 ans (et après avoir triplé lors de la décennie 70 !), le taux de criminalité en France se maintient aux alentours de 60 délits et crimes constatés pour 1.000 habitants, avec des hauts et des bas, des acceptations de plaintes plus ou moins faciles, des changements de nature de la criminalité mais aussi des instruments de mesures et de la manière de comptabiliser qui influent sur le baromètre.

 

Si ce taux de criminalité n’augmente pas depuis 30 ans, en revanche le sentiment d’insécurité, lui, croît réellement dans la population.

 

Nicolas Sarkozy échoue donc à rassurer les Français.

 

En outre, l’insécurité croissante concernant le logement (expulsions et difficultés d’accès au logement social), le travail (licenciements et baisses de salaires) et la santé (impossibilité pour certains d’accéder aux soins) sont des problèmes sécuritaires largement aussi importants que la sécurité des biens et des personnes, mais manifestement, le Gouvernement ne peut, ou ne veut, prendre le taureau par les cornes.

 

Agiter le chiffon rouge de l’insécurité ne permettra pas notamment de masquer indéfiniment la baisse du pouvoir d’achat des retraites, des salaires, des prestations sociales.

 

En outre, tout le monde sait bien que la lutte contre l’insécurité relève principalement de l’Etat qui dirige les forces de police et de gendarmerie.

 

Les insinuations de Christian Estrosi ne sont donc pas très charitables vis-à-vis de son collègue Brice Hortefeux.

 

S’il y a échec de la lutte contre l’insécurité sur tel ou tel territoire, elle est à imputer au Premier Ministre, au Gouvernement et au Chef de l’Etat : quelles sont les mesures concrètes qu’ils comptent proposer en lieu et place de l’inflation des textes législatifs sur la question qui s’apparente à de l’affichage et quelquefois à de la gesticulation ?

 

En supprimant 11.000 agents de la force publique et la police de proximité, ont-ils notamment agi dans la bonne direction ?

 

Globalement, les déclarations de Christian Estrosi trahissent la pensée et l’action du pouvoir en place :

-         une vision strictement urbaine de la France,

-         une rupture du pacte républicain,

-         une stigmatisation de boucs émissaires,

-         une dérive sécuritaire,

-         une absence de projet de société,

-         une gouvernance erratique.

 

Concernant la vision exclusivement urbaine, le Gouvernement ne comprend pas que l’essentiel des communes sont rurales : la plupart n’emploient ni policier municipal, ni garde champêtre.

 

Ces communes ont besoin de services publics de proximité pour se sentir en sécurité.

 

Lorsque l’opposition socialiste niçoise se plaint qu’il n’y ait que 15 policiers municipaux disponibles la nuit pour protéger 360.000 habitants, que penser des moyens municipaux disponibles dans des communes de 5.000 habitants ?

 

Si Nice, commune riche, cinquième commune de France par ses habitants, n’y arrive pas, comment les élus ruraux pourraient être incriminés alors qu’ils n’ont pas aucune marge de manœuvre financière ?

 

Concernant la rupture du pacte républicain, il est évident vis-à-vis des banlieues dont les municipalités ne reçoivent pas suffisamment d’aides de l’Etat et se sentent abandonnées de la solidarité nationale.

 

Il n’est pas non plus admissible d’opposer l’Etat et les communes ou d’autres collectivités territoriales car la République est une et indivisible : les problèmes locaux concernent le national et vice-versa.

 

Concernant la stigmatisation des minorités, elle a atteint aujourd’hui son paroxysme avec les expulsions de Roms ou encore les mesures anti-jeunes, anti-Français d’origine étrangère, etc.

 

Or, la délinquance a un visage plus complexe : notamment les violences passionnelles ou la consommation de drogue et son cortège de délits sont aussi l’apanage des quartiers chics (avec, en 2008, une moyenne de 21.553 € de revenu fiscal de référence, les habitants de Nice sont plus aisés que ceux de Montpellier, avec 19.319 €, de Sète, avec 18.589 € et de Lunel, avec 16.911 € et pourtant les taux de criminalité dans ces villes héraultaises sont plus bas).

 

Enfin, ne parlons pas de la délinquance en col blanc qui se multiplie ces derniers temps.

 

Concernant la dérive sécuritaire, outre la multiplication des textes, il y a aussi cette croyance dans le tout répressif et ces objectifs chiffrés imposés aux forces de l’ordre.

 

La réforme de la garde à vue vient d’être censurée par le Conseil constitutionnel car attentatoire aux libertés individuelles (absence de défenseur).

 

De même, les libertés publiques et syndicales sont, petit à petit, rognées.

 

Un autre exemple concerne l’incitation par le Gouvernement à multiplier les caméras de surveillance (600 caméras installées pour plus de 9 millions d’€ à Nice !).

 

Concernant l’absence de projet de société, on n’entend plus parler de l’économie de la connaissance avec ses effets bénéfiques sur la recherche, sur l’ascenseur social, sur la compétitivité des entreprises.

 

On n’entend plus parler de la société du bien-être avec son cortège d’épanouissements personnels.

 

Penser qu’il n’existe qu’un seul problème à résoudre en France, en l’occurrence l’insécurité des biens et des personnes, c’est le niveau zéro de la politique.

 

Concernant la gouvernance erratique, les annonces désordonnées et quelquefois contradictoires du Gouvernement déboussolent l’opinion.

 

En outre, les membres de la Majorité gouvernementale ne respectent pas les consignes nationales.

 

C’est l’exemple du Maire de Nice, qui entendant les injonctions nationales faites aux collectivités locales de réduire leurs dépenses, majore tout de même de 14,8 % les impôts des Niçois en 2009.

 

Il règne une impression de Bonapartisme avec un monarque à Paris qui décide seul et des ministres, caporaux désoeuvrés (qui se souviendra de la politique industrielle de Christian Estrosi, Ministre en exercice ?) qui lancent des ballons d’essai dans des domaines qui ne sont pas des leurs ou des propositions d’action jamais suivies d’effet.

 

Notamment, le Maire de la 5ème ville de France avait annoncé la mise en place d’un couvre-feu pour les moins de 13 ans sur sa commune.

 

La proposition avait beaucoup fait jaser (Qui est concerné ? Les sanctions sont-elles légales ? La police a-t-elle les moyens d’agir ?), avant qu’on n’en entende plus parler !

 

En conclusion, il y a fort à parier que les déclarations de Christian Estrosi ne visaient qu’à focaliser le débat sur l’insécurité vis-à-vis des biens et des personnes et accessoirement qu’à masquer la responsabilité du Gouvernement auquel il appartient.

Commentaires

« Des policiers et des caméras de surveillance, tout de suite ! », tel pourrait être le slogan de l’UMP en France si ce n’était pas déjà celui de la populiste UDC en Suisse… Reste qu’en matière de sécurité, l'UMP reste l'UMP. La preuve ? Imitant Christian Estrosi, Jacques Domergue attaque Hélène Mandroux, maire de Montpellier, sur le front de la sécurité (Le Midi Libre du 20 août). Mais ici comme ailleurs, c'est toujours la même antienne : développer la police municipale et multiplier la vidéosurveillance, pardon la vidéoprotection, même si elle ne protège de rien en vérité, pas même des agressions... Bref, les cellules locales de l'UMP ne font que psalmodier les incantations gouvernementales, toujours la même rengaine sécuritaire avec juste un oubli, un petit oubli : c'est le contribuable qui paie leurs fantaisies, le même contribuable qui paie deux fois pour une sécurité de moindre qualité car les insuffisances de la police municipale et de la vidéosurveillance sont, bien évidemment, sciemment oubliées – tout comme sont omises les suppressions massives dans la police et la gendarmerie nationales. Voilà à quoi est réduite la Majorité présidentielle, bousculée par les scandales politiques. Dès lors, celle-ci ne voit plus qu’une seule alternative : la surenchère sécuritaire !

Écrit par : Opsomer | 22/08/2010

Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.....

Écrit par : Henri Brilet | 24/08/2010

Après avoir lu tout cela, je ne vais plus oser avouer que je suis niçois, et que mon village natal fait partie de la circonscription d'Estrosi.(en fait un des derniers bastions de la gauche tombé il y a peu dans l'escarcelle du monsieur)

Écrit par : AKELA | 25/08/2010

C'est justement cette stigmatisation des lieux et des habitants qu'il faut éviter.
Résider dans une banlieue ou une ville côtière "chaudes" ne rend pas responsables ses habitants honnêtes des délits et des crimes qui y sont commis.
Il en est de même pour leurs élus locaux.
Ce n'est pas en jetant l'oppobre sur les uns ou sur les autres que l'on fortifie notre République.

Écrit par : Michel Chastaing | 04/09/2010

Les commentaires sont fermés.