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29/08/2010

Estrosi : un dérapage insécuritaire

Christian Estrosi, ex conducteur de motocycle sur circuit balisé, lisse et sans aspérité, s’est aventuré sur les chemins tortueux et bosselés de l’insécurité.

 

Mauvais élève en tant que maire de Nice, à la tête d’une des villes les plus criminogènes de France, il s’est permis, dans un dérapage verbal, de fustiger les édiles de la République.

 

D’après l’intéressé, il faudrait sanctionner les municipalités défaillantes en matière sécuritaire.

 

Plus précisément, le Ministre de l’industrie a déclaré : « Je propose que les municipalités qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réforme des règles de l’urbanisme, soient condamnées à une très forte amende. »

 

Or, 99,9 % des maires de France dirigent des communes plus calmes que la cité du « casse du siècle » d’Albert Spaggiari (5 milliards de francs de butin volés dans les coffres de la Société Générale).

 

Il n’est pas donné, en effet, à tout village, d’être ou d’avoir été le terrain de jeu de la « guerre des casinos », de la pègre marseillaise et de la mafia italienne.

 

De même, 99,9 % des maires de France respectent la loi : sinon, ils finissent en prison ou subissent des condamnations et des inéligibilités.

 

Il est vrai qu’à Nice, les premiers magistrats ont donné des exemples détestables en la matière.

 

Ainsi, Jacques Médecin, Maire de 1966 à 1990, a fui la France en 1990, pour Punta del Este en Uruguay, afin d’éviter d’être mis en examen.

 

Durant de nombreuses années, l’intéressé s’est considéré comme non imposable alors que son redressement fiscal pour les seules années 1981 à 1984 atteignit 14 millions de francs et pour l’année 1986, 1 million et demi.

 

Une amie d’une de ses anciennes épouses évoqua sur TF1, dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac, en 1985, les manipulations financières niçoises.

 

L’intéressée fut ensuite retrouvée assassinée en 1989 aux Etats-Unis.

 

Le successeur de Jacques Médecin quitta aussi la scène politique en démissionnant.

 

En 1992, la petite cousine de ce nouvel édile fut abattue de 6 balles de 7,65 dans un parking souterrain et le fils de son épouse fut inculpé en 1993 pour le meurtre du gérant du restaurant niçois « Le Bistrot des Artistes ».

 

Enfin, l’embauche de sa future femme pour un emploi fictif lui fut reprochée.

 

La quasi-totalité des maires Français n’oseraient imaginer de telles vicissitudes sur leurs communes respectives.

 

Un climat d’une telle violence leur semble d’ailleurs surréaliste.

 

En rappelant ces faits sordides, il n’est pas question d’accabler les Niçois.

 

En effet, ce sont eux qui subissent tous les jours les affres de l’insécurité.

 

La Région PACA (1ère en France), le département des Alpes-Maritimes (6ème en France) et la Ville de Nice (1ère des villes de plus de 250.000 habitants) ont ainsi des taux de criminalité qui ont culminé en 2006 à respectivement 87,1, 103,4 et 114,3 crimes et délits constatés pour 1.000 habitants (moyenne française à 57,3 seulement, si l’on puit dire !).

 

Le département de Seine Saint-Denis, le fameux « 93 », avec ses si nombreuses banlieues, est beaucoup plus paisible que la Ville de Nice, avec un taux égal à 104,2.

 

Mais venons-en à l’Hexagone, puisque Christian Estrosi (faisant partie en son temps des « bébés Médecin ») a indubitablement voulu donner une portée nationale à ses déclarations.

 

L’intéressé a voulu focaliser l’actualité et le débat politique sur ce que le Gouvernement appelle l’« insécurité ».

 

C’est réussi !

 

Il faut dire que c’est facile car ce thème est toujours très porteur en temps de crise.

 

On ne parle plus que de ça et pas des autres problèmes de société.

 

D’autant que les acquis sociaux, eux, ont été obtenu pendant les périodes de croissance économique.

 

De ce fait, un vocable plus positif leur est appliqué : c’est le mot « sécurité ».

 

Les Français ne devraient toutefois pas oublier qu’avec la montée de la crise et de la rigueur l’insécurité va aussi concerner de plus en plus le logement, le travail et la santé.

 

Or, depuis 30 ans (et après avoir triplé lors de la décennie 70 !), le taux de criminalité en France se maintient aux alentours de 60 délits et crimes constatés pour 1.000 habitants, avec des hauts et des bas, des acceptations de plaintes plus ou moins faciles, des changements de nature de la criminalité mais aussi des instruments de mesures et de la manière de comptabiliser qui influent sur le baromètre.

 

Si ce taux de criminalité n’augmente pas depuis 30 ans, en revanche le sentiment d’insécurité, lui, croît réellement dans la population.

 

Nicolas Sarkozy échoue donc à rassurer les Français.

 

En outre, l’insécurité croissante concernant le logement (expulsions et difficultés d’accès au logement social), le travail (licenciements et baisses de salaires) et la santé (impossibilité pour certains d’accéder aux soins) sont des problèmes sécuritaires largement aussi importants que la sécurité des biens et des personnes, mais manifestement, le Gouvernement ne peut, ou ne veut, prendre le taureau par les cornes.

 

Agiter le chiffon rouge de l’insécurité ne permettra pas notamment de masquer indéfiniment la baisse du pouvoir d’achat des retraites, des salaires, des prestations sociales.

 

En outre, tout le monde sait bien que la lutte contre l’insécurité relève principalement de l’Etat qui dirige les forces de police et de gendarmerie.

 

Les insinuations de Christian Estrosi ne sont donc pas très charitables vis-à-vis de son collègue Brice Hortefeux.

 

S’il y a échec de la lutte contre l’insécurité sur tel ou tel territoire, elle est à imputer au Premier Ministre, au Gouvernement et au Chef de l’Etat : quelles sont les mesures concrètes qu’ils comptent proposer en lieu et place de l’inflation des textes législatifs sur la question qui s’apparente à de l’affichage et quelquefois à de la gesticulation ?

 

En supprimant 11.000 agents de la force publique et la police de proximité, ont-ils notamment agi dans la bonne direction ?

 

Globalement, les déclarations de Christian Estrosi trahissent la pensée et l’action du pouvoir en place :

-         une vision strictement urbaine de la France,

-         une rupture du pacte républicain,

-         une stigmatisation de boucs émissaires,

-         une dérive sécuritaire,

-         une absence de projet de société,

-         une gouvernance erratique.

 

Concernant la vision exclusivement urbaine, le Gouvernement ne comprend pas que l’essentiel des communes sont rurales : la plupart n’emploient ni policier municipal, ni garde champêtre.

 

Ces communes ont besoin de services publics de proximité pour se sentir en sécurité.

 

Lorsque l’opposition socialiste niçoise se plaint qu’il n’y ait que 15 policiers municipaux disponibles la nuit pour protéger 360.000 habitants, que penser des moyens municipaux disponibles dans des communes de 5.000 habitants ?

 

Si Nice, commune riche, cinquième commune de France par ses habitants, n’y arrive pas, comment les élus ruraux pourraient être incriminés alors qu’ils n’ont pas aucune marge de manœuvre financière ?

 

Concernant la rupture du pacte républicain, il est évident vis-à-vis des banlieues dont les municipalités ne reçoivent pas suffisamment d’aides de l’Etat et se sentent abandonnées de la solidarité nationale.

 

Il n’est pas non plus admissible d’opposer l’Etat et les communes ou d’autres collectivités territoriales car la République est une et indivisible : les problèmes locaux concernent le national et vice-versa.

 

Concernant la stigmatisation des minorités, elle a atteint aujourd’hui son paroxysme avec les expulsions de Roms ou encore les mesures anti-jeunes, anti-Français d’origine étrangère, etc.

 

Or, la délinquance a un visage plus complexe : notamment les violences passionnelles ou la consommation de drogue et son cortège de délits sont aussi l’apanage des quartiers chics (avec, en 2008, une moyenne de 21.553 € de revenu fiscal de référence, les habitants de Nice sont plus aisés que ceux de Montpellier, avec 19.319 €, de Sète, avec 18.589 € et de Lunel, avec 16.911 € et pourtant les taux de criminalité dans ces villes héraultaises sont plus bas).

 

Enfin, ne parlons pas de la délinquance en col blanc qui se multiplie ces derniers temps.

 

Concernant la dérive sécuritaire, outre la multiplication des textes, il y a aussi cette croyance dans le tout répressif et ces objectifs chiffrés imposés aux forces de l’ordre.

 

La réforme de la garde à vue vient d’être censurée par le Conseil constitutionnel car attentatoire aux libertés individuelles (absence de défenseur).

 

De même, les libertés publiques et syndicales sont, petit à petit, rognées.

 

Un autre exemple concerne l’incitation par le Gouvernement à multiplier les caméras de surveillance (600 caméras installées pour plus de 9 millions d’€ à Nice !).

 

Concernant l’absence de projet de société, on n’entend plus parler de l’économie de la connaissance avec ses effets bénéfiques sur la recherche, sur l’ascenseur social, sur la compétitivité des entreprises.

 

On n’entend plus parler de la société du bien-être avec son cortège d’épanouissements personnels.

 

Penser qu’il n’existe qu’un seul problème à résoudre en France, en l’occurrence l’insécurité des biens et des personnes, c’est le niveau zéro de la politique.

 

Concernant la gouvernance erratique, les annonces désordonnées et quelquefois contradictoires du Gouvernement déboussolent l’opinion.

 

En outre, les membres de la Majorité gouvernementale ne respectent pas les consignes nationales.

 

C’est l’exemple du Maire de Nice, qui entendant les injonctions nationales faites aux collectivités locales de réduire leurs dépenses, majore tout de même de 14,8 % les impôts des Niçois en 2009.

 

Il règne une impression de Bonapartisme avec un monarque à Paris qui décide seul et des ministres, caporaux désoeuvrés (qui se souviendra de la politique industrielle de Christian Estrosi, Ministre en exercice ?) qui lancent des ballons d’essai dans des domaines qui ne sont pas des leurs ou des propositions d’action jamais suivies d’effet.

 

Notamment, le Maire de la 5ème ville de France avait annoncé la mise en place d’un couvre-feu pour les moins de 13 ans sur sa commune.

 

La proposition avait beaucoup fait jaser (Qui est concerné ? Les sanctions sont-elles légales ? La police a-t-elle les moyens d’agir ?), avant qu’on n’en entende plus parler !

 

En conclusion, il y a fort à parier que les déclarations de Christian Estrosi ne visaient qu’à focaliser le débat sur l’insécurité vis-à-vis des biens et des personnes et accessoirement qu’à masquer la responsabilité du Gouvernement auquel il appartient.

21/08/2010

Haut niveau de protection sociale et attractivité internationale

La compétitivité de la France fait souvent l’objet de débats à forte consonnance politique.

 

Pour les plus libéraux, les travailleurs français bénéficieraient de trop de jours fériés, travailleraient peu suite à la réforme des 35 heures et le coût du travail serait trop élevé.

 

Ces poncifs ont la vie dure.

 

Or, l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers ne se dément pas, apportant la preuve de la bonne productivité des travailleurs français.

 

Cette attractivité est mise à nouveau en avant, cette fois-ci par l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), dans le cadre d’une récente analyse.

 

Certes, les investisseurs étrangers ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier et misent au contraire sur de nombreux pays, la mondialisation étant une réalité.

 

La France est toutefois spécifiquement considérée comme une excellente porte d’entrée dans le marché de l’Union européenne alors que nous sommes notamment en concurrence directe avec le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie ou la Pologne.

 

En outre, de très nombreux pays figurent sur une sorte de liste noire du fait de leur instabilité politique, financière ou économique, ce qui n’est nullement le cas de notre pays.

 

Certes, la mauvaise compétitivité de certaines entreprises ou de certains secteurs (appareil de production vieillissant, manque d’innovations ou d’investissements, etc.) peut aussi être une aubaine pour de nouveaux acteurs venus de l’étranger, investisseurs ayant perçu ces faiblesses et envisageant de dominer facilement les marchés concernés.

 

L’AFII facilite les démarches des entreprises internationales et accompagne leur installation.

 

Dans sa tâche d’appui à la création de nouvelles activités et d’emplois durables, cette agence de l’Etat travaille en concertation avec les collectivités locales désireuses de mettre en valeur les atouts de leurs territoires.

 

L’AFII offre l’avantage d’un interlocuteur unique capable de s’adapter à la stratégie des investisseurs étrangers.

 

Cette agence est particulièrement à même d’identifier les avantages concurrentiels offerts par la France.

 

Deux questions viennent à l’esprit vis-à-vis desquelles une petite analyse sera faite plus bas.

 

Premièrement,  quelle est l’importance, la nature et les effets des investissements directs étrangers (IDE) en France ?

 

Deuxièmement, quels sont donc les atouts réels de notre pays ?

 

Tout d’abord, 20.000 entreprises étrangères sont implantées en France alors que 30.000 entreprises françaises ont investi à l’étranger.

Ces filiales de groupes étrangers représentent 2,5 millions d’emplois (soit 12,5 % de l’emploi dans le secteur privé), réalisent 20 % des dépenses de recherche et de développement (R&D) et totalisent 40 % des exportations.

 

Dans le secteur manufacturier, cela représente 1,7 million en terme d’emplois (30 % du secteur), 36 % en R&D et 40 % au niveau des exportations.

 

Ces chiffres permettent clairement de conclure que les investisseurs étrangers viennent en France à la fois pour :

-         trouver une porte d’entrée sur le marché européen (forte exportation à partir d’un pays central bien desservi par les infrastructures de transport et de communication),

-         profiter de la qualité des ressources humaines (activités manufacturières),

-         bénéficier du fort potentiel en cadres (notamment ingénieurs) et en diplômés de l’enseignement supérieur (notamment scientifiques) pour les activités de recherche développement,

-         se substituer à une industrie manufacturière française peu entreprenante.

 

Du fait que 30.000 emplois environ sont créés ou maintenus grâce aux investissements directs étrangers cités plus haut, que ce nombre a crû d’année en année du fait de la mondialisation et compte tenu du stock d’emplois de 2.500.000 (ce qui représenterait 83 années de nouvelles implantations étrangères), il est évident que la présence étrangère s’explique essentiellement par des prises de contrôle capitalistique d’entreprises déjà présentes sur le sol français.

 

Quelle que soit leur stratégie, ces investisseurs internationaux contribuent au développement de l’économie nationale en apportant leur savoir-faire, leurs technologies, leurs compétences : ils tirent au mieux parti de l’excellence de la main d’œuvre française en obtenant de forts gains de productivité.

 

L’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) compare, tous les ans, la France, aux Etats-Unis, au Japon, à l’Allemagne, au Royaume-Uni, à l’Italie, à l’Espagne, à l’Irlande, aux Pays-Bas, à la Belgique, à la Finlande et à la Pologne.

 

Ces 11 pays, classés du plus puissant économiquement au plus faible, sont les principaux partenaires de la France et représentent la diversité des pays riches du Nord.

 

Concernant le flux d’investissements directs étrangers, la France est au troisième rang mondial en 2009 avec 60 milliards de dollars d’IDE entrants (premier les USA avec 130 m$ et second la Chine avec 95 m$), devant le Royaume-Uni quatrième (50 m$).

 

Ces investissements ont globalement décru au niveau mondial, du fait de la crise, de 2008 à 2009, en passant de 1.771 m$ à 1.114 m$ seulement.

 

Par rapport à la richesse nationale (Produit intérieur brut), le stock d’IDE en France (35 % du PIB en 2008 tout de même) est le double de celui en Allemagne, en Italie ou aux Etats-Unis.

 

La France est toutefois loin de la « performance » de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Irlande qui bénéficient de stocks d’IDE supérieur à 60 % de leur PIB.

 

Quand on observe le classement de la CNUCED, on constate qu’en réalité les économies les plus fortes sont en général les moins pénétrées par les investissements étrangers.

 

 

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Avec 250.000 étudiants étrangers inscrits dans l’enseignement supérieur, la France est le 4ème pays mondial d’accueil des étudiants en mobilité internationale (l’Hexagone en capte 8 %, les Etats-Unis 20 %, le Royaume-Uni 12 % et l’Allemagne 8 %).

 

Ramené au nombre d’habitants, notre pays est donc deux fois plus attractif que les Etats-Unis (cf. CampusFrance), les Etats-Unis accueillant, bon an mal an, 600.000 étudiants étrangers seulement.

  

Ce « cocorico » contredit les affirmations péremptoires de certains sur la fuite des jeunes cerveaux français aux Etats-Unis.

En effet, s’il part plus de Français aux USA (7.000) que d’Américains viennent en France (3.000), c’est à rapprocher de l’esprit casanier des étudiants américains dont seulement 50.000 s’expatrient à l’étranger contre 80.000 pour la France.

 

La force des Etats-Unis reste au demeurant son formidable vivier d’étudiants, de 18 millions de têtes contre seulement 2,2 millions en France (par rapport à notre population, il en faudrait presque 3 millions en France).

 

En outre, même contesté car essentiellement focalisé sur les disciplines scientifiques, le « Classement de Shangaï » 2009 où seulement 3 universités françaises figurent dans le Top 100, à partir d’ailleurs de la 42ème place, est moins flatteur pour notre pays (sur les 10 premières universités au Monde, 8 étant américaines et 2 anglaises).

 

Enfin et c’est un atout de la France, les étudiants étrangers viennent suivre dans l’Hexagone des programmes de recherche de haut niveau (Royaume-Uni premier mondial dans ce domaine avec 47 % d’étudiants étrangers suivant ces programmes stratégiques, Belgique seconde avec 30 % et Etats-Unis, quatrième seulement, avec 23 %, derrière la France à 37 %).

 

La France recueille globalement des activités stratégiques (quartiers généraux de multinationales, sièges sociaux de grandes entreprises, centres de recherche et développement) qui sont fondamentales pour les savoir-faire qu’elles véhiculent et les transferts technologiques qu’elles engendrent.

 

Quels sont donc les autres atouts de notre pays en vue d’attirer les investissements internationaux ?

 

Tout d’abord, la France est le 5ème marché mondial et réalise 3,9 % des exportations planétaires.

 

Notre main d’œuvre est particulièrement qualifiée, bien formée (même si les dépenses dans l’enseignement supérieur sont insuffisantes avec 8.400 $ par étudiant contre 11.400 $ aux Etats-Unis) et productive.

 

La productivité est bien entendu à ramener aux heures travaillées (qui font l’objet d’une rémunération) et non par per capita.

 

Cette productivité horaire (donnée en dollars à la parité de pouvoir d’achat) est proche de celle des meilleurs pays riches.

 

Attractivité1.jpg

 

La France est au 5ème rang mondial pour les dépenses de recherche/développement ce qui en fait un pays attractif dans la concurrence par l’innovation.

 

En outre, les coûts d’implantation en France sont faibles ce qui a tendance à compenser des coûts du travail supérieurs à la moyenne européenne, même s’ils sont bien inférieurs à ceux des USA.


Ces coûts sont dus aux cotisations sociales élevées, signe d’un pays à haut standard social (en terme de couverture maladie et de retraite notamment) plutôt qu’aux salaires.

 

De façon plus anecdotique, plaisent aux investisseurs étrangers :

-         la disponibilité de l’immobilier d’entreprises,

-         le prix très bas de l’électricité,

-         la faiblesse du nombre de jours de grève (4 par an soit 3 fois moins qu’en Italie, 6 fois qu’en Espagne et 8 fois moins qu’en Belgique).

 

Financièrement, le cumul de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les bénéfices est un des plus faible de l’Union Européenne à 15 (11,8 % du PIB au total) tandis que la récente réforme du crédit d’impôt recherche s’avère fort avantageuse.

 

Bien entendu, malgré le retard pris par la France dans les investissements pour les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), les étrangers apprécient les Services publics français (éducation, santé, logement) et les infrastructures de transport (1er réseau de train à grande vitesse au Monde, réseau autoroutier de 11.000 km et 6 aéroports internationaux).

 

Enfin, la qualité de vie (1er place mondiale) - liée au niveau de couverture sociale - est forcément un plus.

 

Compte tenu des nombreux atouts concurrentiels de la France, les investissements étrangers ne sont donc pas prêts de se tarir : environ 40 % du capital côté à la Bourse de Paris appartient déjà à des non résidents.

13/08/2010

Les effets de l’assouplissement de la carte scolaire

La carte scolaire a été créée en 1963 lors de la réforme Fouchet qui a unifié en un seul système éducatif l’enseignement primaire, l’enseignement secondaire, l’enseignement technique et les centres d’apprentissage.

 

En imposant la scolarisation dans l’établissement de proximité, la carte scolaire permettait de répartir entre tous les collèges la petite minorité d’élèves qui avait accès aux premiers cycles des lycées.

 

L’objectif était la mixité sociale et un élargissement du vivier de recrutement des élites.

 

Au fil du temps, les classes moyennes ont embrayé le pas des classes supérieures en demandant de plus en plus de dérogations visant à détourner la sectorisation.

 

Les décisions d’octroi des dérogations étaient opaques et elles étaient plus facilement obtenues par les initiés du système éducatif.

 

Les parents invoquaient un motif lié par exemple, aux difficultés de transport, ou tiraient parti d’options rares non disponibles dans leur établissement de rattachement pour en viser un autre.

 

Après avoir envisagé la suppression de la carte scolaire, souhaitant « donner le libre choix de l’établissement aux familles », Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos ont décidé « un assouplissement de la carte scolaire », en juin 2007.

 

Précédemment, Jacques Chirac et François Bayrou avaient considéré que la carte scolaire était « le garant de la mixité sociale » tandis que Ségolène Royal jugeait que cette « carte fige et cristallise les inégalités » tout en promettant « plus de moyens aux établissements délaissés ».

 

La sectorisation, découpage du territoire en zone de recrutement de chaque établissement scolaire, est décidée pour les collèges par le Conseil général et pour les lycées par l’Etat.

 

Dans tous les cas, c’est l’Inspection d’Académie qui procède aux affectations des élèves et décide d’éventuelles dérogations aux secteurs géographiques.

 

Depuis 2007, une priorité est donnée, dans l’ordre décroissant, aux enfants handicapés, aux boursiers, aux malades et aux fratries dispersées.

 

L’école élémentaire (maternelle et primaire), sauf exception, ne peut déroger à la carte scolaire.

 

La carte scolaire est, avant tout, un droit donné aux parents de scolariser leurs enfants dans l’établissement du secteur géographique où ils résident.

 

En effet, la carte scolaire régule certes la demande des familles mais aussi l’offre scolaire (en quantité c’est-à-dire en capacité d’accueil dans un établissement).

 

L’Inspection d’Académie doit ouvrir (ou devrait ouvrir) un nombre de classes suffisantes pour accueillir les élèves du secteur.

 

Par extension sémantique, une ouverture ou une fermeture de classe est une mesure dite « de carte scolaire ».

 

Les postes d’enseignants sont donc répartis suite à une analyse des effectifs d’élèves.

 

Les deux objectifs affichés de l’assouplissement de la carte scolaire étaient la liberté du choix des familles et l’accroissement du brassage social.

 

Ont-ils été atteints ?

 

Concernant la liberté du choix des familles, sur 95.246 demandes de dérogations en 2007, 74,7 % ont été accordées et pour 115.003 demandes en 2008, 75,4 % l’ont été.

 

La réforme de la carte scolaire a donc entraîné une recrudescence modérée (+ 20,7 %) du nombre de demandes de dérogation et environ 16.000 élèves supplémentaires ont pu bénéficier d’un accord, représentant 0,7 % du nombre de collégiens et de lycéens.

 

Globalement, respectivement pour un collège standard à 600 élèves et un lycée standard à 1.200 élèves, cela représente 4 et 6 élèves qui obtenaient auparavant leur ticket de sortie, et maintenant, 1 à 2 de plus suite à la mesure d’assouplissement de la carte scolaire.

 

On est véritablement dans l’exception et dans l’effet d’annonce au niveau de la communication gouvernementale.

 

D’ailleurs, l’objectif du Ministère de l’Education Nationale de multiplier par 2 le nombre d’élèves bénéficiant d’une dérogation entre les rentrées 2007 et 2008 est, à l’évidence, loin d’être atteint.

 

Alors, pourquoi cette « mesurette » agite t’elle tant les parents d’élèves, les enseignants et les élus.

 

Tout d’abord, parce qu’elle met en concurrence les établissements.

 

Or, cette dernière favorise l’homogénéisation plutôt que la diversification des origines sociales.

 

Ainsi, les établissements les plus défavorisés, aux résultats les plus faibles, sont fuit et concentrent les élèves en difficulté (diminution de la mixité scolaire) tandis que les établissements favorisés voient leur mixité sociale légèrement augmenter mais au détriment de la mixité scolaire (concentration des meilleurs élèves).

 

Quant aux établissements « moyens », l’assouplissement de la carte scolaire radicalise leur profil et les fait basculer soit vers le haut, soit vers le bas.

 

La ghettoïsation d’un établissement peut être accélérée par le fait que si les parents souhaitent avoir le choix, il en est de même des enseignants qui veulent prioritairement rejoindre les « bons établissements » (les professeurs avec de l’ancienneté et conséquemment de l’expérience s’y concentrent donc).

 

L’assouplissement de la carte scolaire est-elle efficace sur le plan de la réussite scolaire ?

 

La réponse est vraisemblablement non en France car, dans aucun des pays de l’OCDE, le libre choix des parents s’est traduit par un accroissement de la performance du système éducatif.

 

Les critères de sélection des bénéficiaires des dérogations sont-elles améliorées ?

 

Les élèves boursiers, prioritaires, sont 33 % de plus à avoir obtenu le blanc-seing au collège avec un taux de satisfaction en hausse à 92 % mais le taux de 89 % ne s’est pas amélioré au lycée.

 

Auparavant, la sélection se faisait au niveau des établissements sur des critères de niveau scolaire : la méritocratie recule donc devant l’équité (le niveau social ne met pas sur un pied d’égalité quant au niveau scolaire).

 

Dernière question, l’assouplissement de la carte scolaire est-elle une mesure républicaine et durable ?

 

D’une part, le libre choix s’avère quasiment impossible en milieu rural du fait de l’éloignement ce qui porte atteinte au principe d’égalité républicaine : seul un fort développement des internats pourrait pallier à cette faiblesse, dans un souci d’aménagement de ces territoires.

 

D’autre part, la règle de non remplacement d’un fonctionnaire d’Etat sur 2 partant à la retraite met à mal l’assouplissement de la carte scolaire.

 

En effet, de nombreux établissements, insuffisamment dotés en enseignants et donc dans l’incapacité d’ouvrir le nombre de classes nécessaire, ne sont pas en mesure d’accueillir en dehors de leur secteur de recrutement.

 

D’autres collèges ou lycées, victimes de leurs succès, n’ont plus de locaux disponibles pour suivre la croissance des effectifs.

 

En réduisant le nombre des professeurs de 11.200 en 2008 (sur 22.700 agents au total dans la Fonction publique d’Etat), puis de 13.500 en 2009 (sur un total de 30.000) et enfin de 21.000 en 2010 (sur un total de 34.000), le Ministère de l’Education Nationale est dans l’obligation de remplir au maximum les classes et corrélativement d’en supprimer là où elle ne sont pas totalement remplies.

 

Cette démarche comptable contrarie forcément les velléités de certains parents puisque l’offre d’enseignement disparaît çà et là.

Or, fin 2008, Xavier Darcos, devant le Sénat, à l’occasion du budgétaire 2009, s’est engagé à ce que « les établissements qui perdront des élèves en raison de la suppression de la carte scolaire conserveront leurs moyens et les mobiliseront pour améliorer la réussite de leurs élèves, par exemple au travers de projets personnalisés de réussite éducative ».

 

C’est le cas de la moitié des établissements en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) touchés par une hémorragie de départs.

 

Avec des postes en moins au niveau national et des transferts d’enseignants décemment non possibles entre établissements défavorisés et établissements favorisés, l’offre d’enseignement recule en nombre.

 

Elle régresse aussi en diversité car pour assurer des options variées, souvent devant des classes à petit effectif, il faut des moyens en professeurs.

 

La possibilité d’obtenir une affectation dérogatoire sera donc de plus en plus difficile à obtenir.

 

D’ailleurs, dès la rentrée 2000/2011, les parents sont invités à faire le choix d’un établissement où l’élève, en cas d’admission, ne sera pas forcément en mesure de choisir l’option qu’il souhaitait, les places pour les options les plus prisées étant limitées.

 

Le libre choix d’un établissement risque donc de s’accompagner d’options non choisies, la sélection vis-à-vis de ces dernières relevant a priori du niveau scolaire qui ne figure pas dans les critères d’obtention d’une dérogation.

 

Si grâce à l’assouplissement de la carte scolaire, certains élèves rejoindront l’établissement souhaité, ils n’y suivront pas forcément la scolarité désirée.

 

En conclusion, l’assouplissement de la carte scolaire concerne peu d’élèves aujourd’hui (et en concernera encore moins demain), peut s’avérer pénalisante pour le bénéficiaire, ambitionne d’élargir la base sociale de l’élite scolaire au détriment des effets induits de ségrégation sociale.

 

Rien ne sert en effet de « déshabiller Paul pour habiller Jacques ».

 

Au contraire, l’objectif devrait être, partout, l’excellence, c’est-à-dire la capacité des établissements scolaires à sublimer, au niveau des résultats des élèves sortants, le potentiel de réussite des élèves entrants.

 

Il faudrait aussi que soit mise en place, sur un bassin de recrutement des élèves (arrondissement, agglomération, etc.), une offre pédagogique, différentiée mais cohérente, de l’ensemble des établissements scolaires en terme de lutte contre l’échec scolaire ou encore d’ouverture sur le Monde et la citoyenneté.

 

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06/08/2010

« Entrée en matière »

Les « Encadreurs nomades » exposent, du 6 au 9 août, dans la fort jolie chapelle de Saint-Etienne les Bains, près de Montpeyroux.

 

Leur thème d'exposition : « Le livre, source d'inspiration ».

 

Les « Encadreurs nomades » ont déjà présenté, en avant-première, une partie de leurs réalisations, à Assas, fin mai, dans le cadre d'une journée du livre.

 

Pour la chapelle, l'exposition s'est étoffée de nouvelles créations.

 

C’est l’association « Saint Etienne au Cœur », qui présente cette exposition réalisée par Les Encadreurs Nomades » et dénommée : « Entrée en Matière ».

 

L’entrée est gratuite.

 

Les sujets abordés sont les suivants.

 

Le livre-objet, le livre lui même, sa fabrication, sa présentation, le livre matière.

 

Le livre, c'est la lecture, le plaisir…

 

Le livre, c’est le lecteur, c'est aussi l'auteur.

 

C'est la page, manuscrite, imprimée... et, la page blanche !

 

C’est l’écriture, la calligraphie, l’illustration.

 

C'est la tranche, la 4ème de couverture, la table des matières…

 

Pour s'y rendre :

En venant de St JEAN DE FOS, prendre la direction LAGAMAS

Traverser le village de LAGAMAS

Descendre direction MONTPEYROUX (2ème rue à droite après l’église)

Au Stop, le cimetière est en face et un peu sur la droite, emprunter le chemin qui longe le cimetière sur sa gauche, dans la campagne et qui mène directement à la Chapelle Saint-Etienne.

Par MONTPEYROUX : passer devant la cave coopérative, au carrefour prendre en face direction JONQUIERES.

Suivre direction JONCQUIERES pour traverser le village.

Peu après le Monument aux Morts : 2ème route à gauche direction Saint-Etienne les Bains et Domaine VALLAT

Par la D141 E2, sortir de MONPEYROUX, traverser le hameau de St Etienne les Bains et prendre la 1ère à gauche, un petit chemin jusqu’à la Chapelle

 

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Cette exposition de très belle facture s’inscrit dans un cadre à forte valeur patrimoniale.

 

Vous pourrez vous désaltérer pas loin à la source de Font Chaude, aux bienfaits diurétiques et aseptisants.

 

Vous pourrez découvrir l’art des potiers à Saint-Jean de Fos.

 

Vous pourrez admirer le magnifique pont métallique sur l’Hérault à Lagamas.

 

Vous pourrez vous rafraîchir sur les plages du fleuve au Pont du Diable.

 

Aniane et Saint-Guilhem le Désert et leurs abbayes ne sont pas loin.

 

Quant aux vins de Montpeyroux, Jonquières ou encore Saint-Saturnin de Lucian, ils valent eux-aussi le détour.

 

Voilà une journée d’été sous le signe des livres et de la beauté des paysages.

03/08/2010

Les grandes manœuvres

L’eau brute fait l’objet de beaucoup de réflexions en ce moment.

 

Venue du Rhône, cette ressource en eau abondante permet de faire face aux besoins d’irrigation et de potabilisation des alentours de Montpellier pour les prochaines décennies.

 

L’eau du Rhône contribue aussi à soutenir les débits d’étiage du Lez et du Salaison.

 

Sans eau, l’agriculture languedocienne ne peut pas se diversifier.

 

Or, l’arrachage des vignes libère beaucoup de terres.

 

Les nouvelles pistes de productions (pois chiches, chanvre, plante sucrante comme la Stevia rebaudiana, plantes aromatiques et médicinales) comme d’autres cultures plus traditionnelles (raisin de table, maraîchage, blé dur) ne sont pas envisageables sans apport d’eau.

 

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Expérimentations de grandes cultures irriguées 

 

De même, sans irrigation, il n’est pas possible de mettre en œuvre des filières de production fourragère et protéagineuse biologiques (foin de fauche, luzerne et autres légumineuses, colza, tournesol, etc.) permettant d’alimenter les éleveurs des montagnes sèches environnantes (fabrication de pélardons, veaux sous la mère, etc.).

 

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Exemple d'irrigation économique par pivot développable en zone de plaine

 

Notre climat méditerranéen est en effet chiche en précipitations (600 à 800 mm sur les zones littorales et de plaines) et surtout prodigue en sécheresse estivale.

 

La viticulture de qualité, confrontée à la féroce concurrence des « Pays du Nouveau Monde », doit aussi maîtriser les apports hydriques.

 

50 ans après la construction du Canal Philippe Lamour et le semi-échec de la diversification (seule la plaine de Mauguio s’est véritablement mise à l’arboriculture, l’horticulture et la floriculture), les décideurs anticipent les besoins en eau de demain, notamment en terme de potabilisation.

 

Une agriculture à haute valeur ajoutée, une ceinture verte de la capitale régionale, générant des flux vertueux sur le plan environnemental dans le cadre de circuits courts de commercialisation, passe par la maîtrise de l’eau.

 

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Melons sous tunnel irrigués en goutte à goutte

(l'Hérault est le premier producteur français de melons charentais au mois de juin)

 

Concernant l’eau potable et donc la présence humaine et son confort, le département de l’Hérault peut compter aujourd’hui sur des sources karstiques à l’intérieur des terres, la nappe astienne en bord de mer et les champs drainants du fleuve Hérault.

 

L’exploitation de ces ressources naturelles étant déjà largement optimisée, il ne reste plus pour des développements futurs que l’eau brute et un jour – mais à quel coût et avec quelle débauche d’énergie ? – l’eau de la Méditerranée à désaliniser.

 

La bataille pour la disponibilité de l’eau a donc commencé.

 

Elle se mènera dans un premier temps sans l’Etat qui s’est désengagé fortement en terme d’appui aux aménagements hydrauliques.

 

Pourtant, les fameux crédits du chapitre 61, article 40, ont permis pendant des décennies de subventionner généreusement les projets à hauteur de 80 %, en misant sur une rentabilité à long terme.

 

L’Europe peut en revanche être intéressée par un projet ambitieux comme celui d’Aqua Domitia.

 

Toutefois, le poids essentiel des investissements nécessaires reposera sur les collectivités territoriales et sur les usagers d’eau d’irrigation ou d’eau potable.

 

Premier verrou à faire sauter, auquel s’emploie la Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, toujours aussi visionnaire : faire baisser le prix facturé par Bas-Rhône Languedoc (BRL) pour la livraison d’eau brute, trop coûteux en l’état.

 

La Communauté d’Agglomération de Montpellier (CAM) que préside aussi Georges Frêche s’emploie à négocier de nouveaux tarifs : une baisse des prix stimulerait la demande et l’augmentation de cette dernière permettrait un meilleur équilibre des comptes de BRL, comptes fortement impactés par des charges fixes conséquentes.

 

La CAM est cliente de BRL depuis l’année 1992 qu’elle restitue dans le Lez un débit de 800 l/s en saison sèche (soutien d’étiage visant à compenser l’impact sur les écoulements naturels des prélèvements d’eau potable à la Source du Lez).

 

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Soutien d'étiage du Lez le plus à l'amont

au droit du Domaine de La Valette sur la commune de Clapiers

 

De même, la CAM a repris le contrat liant la Commune du Crès à BRL pour le soutien, dans le cadre de la Charte du Salaison, du débit d’étiage de ce petit fleuve se jetant dans l’étang de l’Or, à hauteur de 10 l/s (tout de même l’équivalent de 100.000 m3 par été).

 

En outre, la Communauté d’Agglomération de Montpellier est doublement intéressée par l’eau brute, ayant récemment pris la compétence « Eau brute » (le 1er janvier 2009) et « Eau potable » (depuis le 1er janvier 2010).

 

Il en est de même pour la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup qui a pris la compétence « Eau potable » le 1er janvier 2010 et s’intéresse maintenant avec insistance à la compétence « Eau brute ».

 

En effet, la maîtrise de l’eau est nécessaire dans le cadre des grandes décisions d’aménagement du territoire auxquelles président les communautés urbaines, d’agglomération ou de communes.

 

Autour de Montpellier, quatre grands sites de potabilisation de l’eau brute se dessinent :

-         Portaly, aux portes du Zénith, entre Mauguio et Montpellier à l’extrémité du Canal Philippe Lamour, qui traite l’eau du Rhône pour un compléter l’été l’alimentation de la Ville de Montpellier,

-         Arago, au dessous de bois de Montmaur, dans le quartier Hôpitaux-Facultés de Montpellier, qui peut recevoir en secours de l’eau du Rhône via le pompage de Portaly, le château d’eau BRL du Crès et les canalisations traversant le Lez au Domaine de La Valette à cheval sur Clapiers et Montpellier,

-         Fabrègues pour le renfort du Syndicat du Bas-Languedoc (24 communes de l’Ouest de Montpellier alimentées),

-         Bois du Peillou, sur la commune de Saint-Hilaire de Beauvoir, en vue de compléter les ressources du Syndicat Intercommunal de Garrigues-Campagne (24 communes du Nord-Est de Montpellier adhérentes).

 

Sur le plan institutionnel, les prochaines années vont vivre la disparition des syndicats d’eau existants, les communautés de communes et les communautés d’agglomération prenant les commandes.

 

D’ores et déjà, ces instances ont élu des représentants (précédemment désignés par les conseils municipaux des communes membres) dans les assemblées délibérantes de ces syndicats.

 

Le Syndicat intercommunal des travaux d’irrigation dans la vallée du Salaison (SITIVS) devrait être notamment dissout le 31 décembre 2010.

 

Regroupant 6 communes (Assas, Clapiers, Guzargues, Jacou, Teyran, Vendargues), ce syndicat a développé de façon originale, à l’image du Syndicat du Nord-Sommiérois, voisin du Gard, la distribution d’eau brute auprès des agriculteurs et des particuliers, évitant à ces derniers d’arroser leur jardin avec de l’eau potable.

 

Le SITIVS couvre une zone non concédée par l’Etat à BRL.

 

Le cas du Syndicat intercommunal de Garrigues-Campagne (SIGC) est encore plus emblématique de la nouvelle donne institutionnelle.

 

Ce syndicat d’eau potable est dirigé par 48 délégués dont 18 issus de la Communauté d’agglomération de Montpellier (Baillargues, Beaulieu, Castelnau le Lez, Castries, Clapiers, Montaud, Restinclières, Saint-Drézéry, Saint-Geniès des Mourgues), et 14 de la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup (Assas, Fontanès, Guzargues, Teyran, Saint-Bauzille de Montmel, Sainte-Croix de Quintillargues, Saint-Vincent de Barbeyrargues) que 12 autres délégués provenant de la Communauté de communes Ceps et Sylves (Buzignargues, Campagne, Galargues, Garrigues, Saint-Hilaire de Beauvoir, Saint-Jean de Cornies) pourraient rejoindre, au cas où cette dernière intercommunalité fusionnerait avec la Grand Pic Saint-Loup.

 

Les quatre derniers délégués sont issus des communes de Boisseron et de Saussines, toutes les deux membres de la Communauté de communes du Pays de Lunel qui, tôt ou tard, se dotera de la compétence « Eau potable ».

 

D’autre part, le SIGC a pris très récemment, à contre courant du mouvement observé, la compétence « Eau brute » pour quelques communes, dont certaines du Grand Pic Saint-Loup qui se prévaut maintenant de cette compétence !

 

A terme, c’est le Grand Pic Saint-Loup qui aura le dernier mot et gérera en direct l’eau brute.

 

Que ce soit pour l’eau potable ou l’eau brute, le mouvement de simplification administrative actuel fait perdre au SIGC sa légitimité historique, ce syndicat devenant une sorte d’écran entre les usagers et les collectivités qui détiennent vraiment les compétences.

 

Il se peut fort dans ces conditions que le Préfet de l’Hérault souhaite, comme pour le SITIVS, la disparition du SIGC dans les années à venir.

 

Plus globalement, l’exercice de la compétence « Eau brute » va nécessiter la mise en œuvre de fonds colossaux (le coût d’un double réseau qui va s’étendre très progressivement dans la plaine agricole et dans les nouveaux quartiers à urbaniser) dont la mobilisation n’est envisageable qu’au niveau des communautés de communes et d’agglomération.

 

Pour mémoire, les réseaux d’eau et d’assainissement en France ont nécessité une capitalisation de l’ordre de 200 milliards d’€ ce qui représente un patrimoine collectif d’environ 7.000 € par ménage français.

 

Ces sommes donnent un ordre de grandeur de l’effort gigantesque qu’il faudra fournir, au moins en Languedoc-Roussillon, pour sécuriser notre approvisionnement en eau en développant la desserte en eau brute.

 

 

Le « Pôle Eau » de Montpellier, dernièrement labellisé par l’Etat comme pôle de compétitivité à vocation mondiale, est un atout dans la grande bataille de l’eau à mener.