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09/10/2010

La solidarité après le sinistre

Le grand incendie de l’été a détruit 2.500 hectares de pinèdes et de garrigues au Nord de Montpellier.

 

Parti de Fontanès, vers 16 heures, le 31 août 2010, il a semé la désolation sur les communes de Saint-Bauzille de Montmel, Montaud, Sainte-Croix de Quintillargues, Assas, Guzargues, Castries et Teyran.

 

Ce sinistre a été la réédition de celui de 1989, parti de Saint-Bauzille de Montmel et qui avait déjà fortement touché Guzargues, en détruisant globalement 1.600 hectares de nature.

 

C’est le plus important incendie de forêt dans l’Hérault depuis 1973.

 

De nombreuses personnes ont été évacuées notamment par les gendarmes et ont dû laisser, en plein désarroi, leurs habitations : 8 d’entre elles ont brûlées.

 

L’habitation légère où résidait Catherine Garnier, à Montaud, en plein massif forestier, a été quant à elle totalement détruite.

 

Sur l’initiative du Comité Communal Feux de Forêts de Montaud / Saint-Bauzille de Montmel et de son dévoué animateur, Patrick Barbe, une première puis une deuxième journée de solidarité ont été organisées respectivement les dimanches 19 septembre et 3 octobre.

 

A chaque fois, une centaine de volontaires venus des alentours de Montpellier ont nettoyé les restes de l’incendie.

 

En coupant la végétation carbonisée, un pare-feu a été ménagé, long de plusieurs centaines de mètres.

 

La société Languedoc Granulats s'est engagée, quant à elle, à rénover gratuitement le chemin d'accès.

 

Si autant de personnes se sont déplacées, c’est bien sûr sur le coup de l’émotion soulevée par un tel sinistre mais aussi pour rendre à Catherine Garnier un peu de toute l’humanité qu’elle avait prodiguée dans sa vie professionnelle et de bénévole.

 

En effet, cette dernière anime et coordonne l’action de l’Association « Les Jardins de Tara », un club local affilié aux Jardiniers de France.

 

Culture en garrigue avec très peu d’eau grâce notamment à la technique du paillage, sans engrais, approche agro-écologique, conseils de Pierre Morez, un grand de l’agronomie en région sèche, Catherine Garnier a toujours su mettre en avant les savoir-faire qui pourraient permettre de reconquérir des terres aujourd’hui abandonnées.

 

Grande militante du jardin naturel, elle s’est mise au service du jardiner ensemble, toujours avec une grande ouverture aux autres.

 

En venant aider Catherine Garnier à reprendre ses activités pédagogiques de jardinage, les participants aux journées de solidarité ont pris toute la mesure du traumatisme que peut créer une telle dévastation, à aussi grande échelle, au sein de la collectivité bien sûr mais aussi chez les personnes touchées directement.

 

Comment faire pour que ces grands incendies ne se reproduisent plus ?

 

La prévention est déjà maximale, avec notamment :

- un remarquable travail hivernal d’entretien des pistes par les forestiers-sapeurs du Conseil Général de l’Hérault,

- la mise en place de plans de prévention des incendies de forêt et l’application de la loi sur le débroussaillement,

- un réseau de vigies de surveillance,

- le guet armé l’été des sapeurs-pompiers (environ 1.000 ont lutté contre le feu parti de Fontanès),

- la mise à disposition de moyens aériens,

- les patrouilles des comités communaux feux de forêt qui mobilisent des centaines de citoyens volontaires.

 

A l’évidence, les efforts de reboisement consécutifs aux sinistres sont voués à l’échec si le massif forestier, véritable poumon vert au Nord de Montpellier, n’est pas compartimenté par des coupures de combustible de grandes largeurs.

 

Il existe déjà des vignes, des oliviers ou des terres céréalières : elles sont souvent très efficaces pour barrer la route au front de flammes.

 

Encore faut-il que ces cultures perdurent : les viticulteurs et autres agriculteurs doivent donc pouvoir être aidés en vue de maintenir leur activité.

 

Vouloir réinstaller des troupeaux de brebis sur ces terres est certes une bonne idée, tendant à renouer avec une tradition sylvo-pastorale ancestrale.

 

Toutefois, compte tenu du marasme de l’élevage ovin, la vente d’agneaux devrait obligatoirement emprunter un circuit court afin que le prix payé par le consommateur aille en quasi-totalité à l’éleveur.

 

La voie agricole la plus facile à pratiquer est quoiqu’il en soit la culture (notamment le maraîchage Bio) et non l’élevage qui demande des capitaux importants pour l’acquisition du cheptel vivant et mort (machinisme), pour l’édification des bâtiments d’exploitation et pour l’achat de terres arables (au-delà des pâtures à mettre à disposition si possible gratuitement) afin que l’exploitation ne soit pas dépendante de l’excellent, mais très cher, « foin de Crau ».

 

Même les terres céréalières, moissonnées fin juin dans le Midi, sans que le déchaumage ne soit effectué (le chaume est en réalité traditionnellement enfoui au labour ce qui nécessite d’attendre l’ameublissement du sol consécutif aux premières pluies d’automne) sont efficaces pour couper la route au feu.

 

Une sylviculture adaptée et volontaire est aussi nécessaire : elle exige des prélèvements ligneux réguliers en vue notamment de cueillir le Pin d’Alep pour favoriser le Chêne-Vert.

 

Le Pin d’Alep de bon diamètre peut être vendu pour la papeterie tandis que pour les plus petites grumes et les branches une transformation sur site en plaquettes forestières est à développer.

 

Cela signifie que des chaufferies-bois doivent être créées localement afin de bénéficier pleinement de ce combustible bon marché, de proximité, renouvelable et créateur d’emplois comme de richesses.

 

Concernant les reboisements, compte tenu de leur coût et de l’incapacité dans lesquelles se trouvent ensuite des collectivités de les entretenir, ils doivent être réservés aux sites à fort impact paysager et privilégier les essences feuillues comme les chênes, l’érable de Montpellier, le frêne oxyphile, le tilleul argenté, le charme oriental, le cornouiller, le robinier, le févier d’Amérique, l’arbousier et tous les fruitiers comme l’olivier, le cornouiller, le sorbier, le micocoulier, l’azérolier, le jujubier ou encore l’amandier.

 

Pour modifier structurellement notre forêt nord-montpelliéraine, la réalisation de plans de massif est indispensable en vue d’optimiser le réseau de desserte, de modéliser les couloirs de feu et d’étudier l’emplacement des coupures de combustibles.

 

C’est un travail de longue haleine qui doit certes s’appuyer sur la mobilisation des collectivités territoriales mais aussi, sur l’initiative privée, à accompagner financièrement, de paysans établis ou désirant s’installer, soucieux de mieux occuper l’espace en développant une agriculture sociale de proximité, riche de ses produits mais aussi de ses services à la population.

 

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De l'habitat léger, il ne reste plus rien

 

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Le paysage est désolé après le désastre et une odeur âcre de fumée subsiste

 

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Un groupe de volontaires au travail avec tronçonneuses, sécateurs, cisailles et serpettes

 

 

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 Un travail de déblaiement qui demande beaucoup de bras

 

 

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 Les bénévoles des CCFF du Nord de Montpellier se sont mobilisés en nombre

 

 

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Fin de chantier : lavage des traces de suie avant le pique-nique partagé en commun
Crédit photographique : Patrick Barbe

Commentaires

Monsieur
j'ai été impressionné par votre site sur les derniers feux et leurs ravages.Je suis entièrement d'accord sur le principe de NE PAS ABANCONNER LES MAISONS à l'approche du Feu.
Ancien Colonel des s-pompiers de Nice ,ayant combattu ces sinistres durant 33 ans , ayant moi-même subi , avec mon chauffeur une " tempête de feu" dans une maison bien conçue lors du grand feu du Tanneron 1986,retiré en .......Vendée j'ai crée ce site pour permettre de sauver des bâtiments en observant quelques règles de protection.
La femille de Martin gray ne serait pas annéantie si elle était restée dans leur maison.
J'aimerais aussi échanger des idées avec vous pour améliorer mes données par vos propres retours d'expérience.
Cordialement à vous; 85520 jard sur Mer : 0251336909

http://sites.google.com/site/protectionmaisonfeuforet
&
AIPMF
L'association Internationale de Protection des Maisons en Forêt qui regroupe à travers le Monde des Pompiers stimulés par les tragédies en feux de forêts.
http://forest-fire-concepts.over-blog.com/

Écrit par : Arlot | 04/10/2010

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