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02/11/2010

Voyage en eau trouble

Samedi 23 octobre, était présenté, à la salle des Arbousiers à Restinclières, un film de Luc Riolon, « Voyage en eau trouble », réalisé pour Arte par « Mona Lisa Production », ou comment l’infiniment petit et la nature peuvent nous apprendre l’équilibre fragile de notre condition.

 

Les organisateurs de la soirée étaient Louise Achard, Présidente de Rest’Envi, et Jean-Pierre Fels, Président de l’Association pour la Desserte en Eau Brute (ADEB).

 

Rest’Envi promeut des actions de défense de l’environnement (opérations « Nettoyons la nature » et « Un arbre, un enfant » menées en partenariat avec le Club des marcheurs de Restinclières et avec le concours de la Communauté d’Agglomération de Montpellier) tandis que l’ADEB a pour objectif une gestion rationnelle des ressources en eau et la desserte en eau brute (eau de Rhône issue du Canal Philippe Lamour) des communes jumelles de Beaulieu et Restinclières.

 

Ces deux associations, dont les membres se connaissent mutuellement, ont logiquement vocation à fusionner à terme.

 

Cette projection-débat intervenait à l’occasion de la « Semaine de la Science », très présente autour de Montpellier, pôle international de recherche.

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Le conférencier présente le film "Voyage en eau trouble" 

 

Michel Dukhan, Président de l’Association « Messages pour la Terre », s’était déplacé de Clapiers pour mettre en place la projection audiovisuelle.

 

Daniel Guiral, Directeur de recherche à l’IRD (Institut de Recherche et du Développement – ex ORSTOM – basé à Montpellier sur le Campus Agropolis), spécialiste des écosystèmes littoraux, est le découvreur du site présenté dans le film et la cheville ouvrière de son étude détaillée.

 

C’est en Guyane qu’il nous emmène découvrir un endroit encore inexploré, si ce n’est par les caïmans noirs et les quelques espèces ornithologiques rares qui font en grande partie la richesse de ce milieu.

 

En effet, tout commence par la découverte de cet univers aquatique, hostile et isolé, préservé de ce fait des aménagements pratiqués dans les lagunes périphériques pour y installer des rizières exploitées autrefois par les esclaves.

 

La « mare » d’eau douce étudiée, entourée de marécages (appelé Marais de Kaw), grands comme la Camargue, est en effet seulement accessible en hélicoptère.

 

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La "mare", ouverture dans les marais colonisés par de la végétation basse 

 

Ce milieu naturel, nullement anthropisé, est remarquable du fait de la nidification d’oiseaux migrateurs insoupçonnés.

 

Il s’agit notamment du Héron agami (Agamia agami) que l’on croyait en voie de disparition (quelques couples connus seulement au monde) avant d’en découvrir plus de 500 sur le site des Marais de Kaw !

 

Il s’agit aussi du Hoazin huppé (Opisthocomus hoazin) qui peuple les zones humides de l’Orénoque et de l’Amazone.

 

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Un volatile hôte de la "mare", attiré par la tranquillité des lieux

 

Comment la vie peut-elle exister ici alors que l’eau est insuffisamment minéralisée et très acide ?

 

C’est la question que s’est posée Daniel Guiral constatant qu’elle se développait dans un milieu extrêmement pauvre, oligotrophe.

Ce passionné de biodiversité, s’est donc installé sur l’eau pendant 4 ans afin de percer ce mystère.

 

C’est ce travail, cette passion que Daniel Guiral fait partager avec son documentaire d’une beauté époustouflante.

 

En collaboration, les deux équipes de scientifiques et de cameramen ont extrait des 900 heures de tournage, les 52 minutes d’émerveillement et d’étonnement qu’engendre ce film.

 

Comment un milieu extrêmement pauvre peut-il être un hot spot, une oasis de la biodiversité ?

 

Tout simplement grâce à l’apport azoté d’oiseaux étrangers venant nicher et se nourrissant à grande distance.

 

Mais aussi grâce au développement de l’entraide et des échanges entre les espèces : plus le milieu est pauvre et plus les solidarités se développent tandis qu’au contraire, dans un milieu riche, certaines espèces prennent le dessus, rendant l’existence des autres impossible.

 

Le chercheur montpelliérain a notamment fait une véritable découverte scientifique en constatant que les utriculaires (plantes aquatiques à la fois chlorophylliennes et carnivores dont les feuilles sont en forme d’outre), capturant des proies par aspiration, étaient incapables de digérer les grosses larves emprisonnées, sauf que des protozoaires colonisant leurs outres s’en chargent pour elles.

 

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Larves d'insectes et protozoaires à l'abri des filaments des algues aquatiques

 

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Une grosse larve d'insecte prise au piège dans une bourse d'utricaire

en cours de digestion par de petits protozoaires

 

Les Marais de Kaw sont inclus dans les périmètres d’une ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique floristique et faunistique), de Natura 2000 (protection des habitats naturels) et constituent un des sites RAMSAR français (protection des oiseaux remarquables).

 

Daniel Guiral a conclu le débat avec la salle par l’intérêt qu’il faut absolument porter à la biodiversité : elle recèle toutes les solutions adaptatives dans lesquelles l’humanité pourra puiser des solutions à ses problèmes.

 

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Daniel Guiral répondant aux questions de la salle

 

Crédit photographique : Fleur Dache

Commentaires

j'ai adoré nos enfants nous le reprocherons, il m'a fait totalement changer ma façon de consommer !

Écrit par : pierrot le zygo | 29/10/2010

Jean-Paul Jaud, réalisateur du film « Nos enfants nous accuseront », sort très prochainement une « suite », appelée "Severn".
Compte tenu de l’appui des réseaux militants, notamment celui des Biocoop, ce réalisateur devrait à nouveau rencontrer son public.
En revanche, dans le même registre, un autre film contemporain du premier, appelé « Herbe », aurait mérité un plus grand succès.
Il a été réalisé par Olivier Porte et Matthieu Levain, deux jeunes montpelliérains (dont un originaire de Clapiers).
Toujours dans la prise de conscience de l’intérêt de développer le Bio et de maintenir une petite paysannerie, le dernier film, « Small is beautiful », d’Agnès Fouilleux, est très pertinent et mériterait donc de pouvoir tenir quelques semaines à l’affiche.

Écrit par : Michel Chastaing | 29/10/2010

Les commentaires sont fermés.