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03/12/2010

La richesse autour de Montpellier

La Région Languedoc-Roussillon dispute au Nord Pas-de-Calais le taux de foyers fiscaux non imposables le plus élevé de France

(53,4 % en LR à comparer aux 46,6 % au niveau national).

 

C’est le signe d’une région pauvre.

 

Le pourtour de Montpellier concentre, quant à lui, beaucoup du peu de richesse régionale ainsi que l’essentiel de la richesse départementale.

 

Montpellier et ses alentours demeurent toutefois pauvres par rapport au reste de la France métropolitaine : c’est donc une sorte d’oasis de richesse relative au milieu d’un océan de pauvreté.

 

Dans la présente note, la capitale régionale et 94 communes avoisinantes ont été étudiées dans le détail à partir des statistiques relatives à l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP 2009) données par le Ministère des finances.

 

Tour d’abord, quelques éclairages sur l’IRPP au niveau national sont intéressants à donner (à partir des chiffres 2008).

 

La structure des revenus déclarés en France est la suivante :

-         64 % de salaires,

-         24 % de retraites et pensions,

-         6 % de bénéfices,

-         6 % d’autres revenus.

 

Les revenus d’activités atteignent globalement les 70 %.

 

L’impôt sur le revenu est le seul impôt juste car son taux est progressif, c’est-à-dire croissant en fonction des revenus.

 

Malheureusement, son produit est faible, notamment bien inférieur à celui du principal impôt indirect, la TVA.

 

Avec un produit de 49,1 milliards d’€ d'IRPP en 2008, la cotisation par ménage s’est élevée à 1.800 € en moyenne, soit moins que le produit des impôts locaux.

 

L’IRPP prélève en moyenne 6 % des revenus déclarés, soit l’équivalent de 0,7 mois en moyenne de revenus et de 2,1 mois pour la tranche des 10 % de foyers fiscaux ayant les revenus les plus élevés (leurs revenus proviennent majoritairement des revenus du capital).

 

Un point fondamental est à souligner, quasiment jamais mis en évidence par les médias : si la France compte 36 millions de foyers fiscaux, elle ne totalise que 27 millions de ménages.

 

En effet, les concubins doivent se déclarer à part, tandis que certains ménages comptent des enfants majeurs ou des ascendants se déclarant à part du chef de famille.

 

Il faut donc multiplier les revenus fiscaux de référence, donnés par l’Administration, par le coefficient 1,33 si l’on veut avoir une approximation des véritables revenus déclarés globalement par ménage (personnes habitant sous le même toit).

 

Cela donne les indicateurs suivants, en terme de revenu fiscal de référence par foyer fiscal, d’une part, et d’autre part, par ménage (multiplié par le coefficient correcteur de 1,33) :

 

 

Zone géographique

Revenu fiscal de référence moyen par foyer fiscal Montant en €

Revenu fiscal moyen

par ménage

Montant en €

France métropolitaine

23.200

30.900

Languedoc-Roussillon

19.900

26.500

Hérault

20.800

27.600

Secteur de Montpellier

22.400

29.700

 

Si l’on s’intéresse maintenant plus précisément aux 95 communes étudiées dans le « Secteur de Montpellier », on constate que si cette zone ne représente que 28 % des communes de l’Hérault, elle concentre 60 % des foyers fiscaux de ce département, 2/3 des traitements et salaires, 50 % des retraites et pensions, 2/3 des foyers fiscaux imposables et 3/4 de l’impôt sur le revenu payé dans l’Hérault !

 

Autant dire que Montpellier et ses alentours concentrent l’essentiel de la jeunesse, du travail et de la richesse de l’Hérault.

 

Si l’on l’intéresse à la répartition de cette richesse à l’intérieur même du « Secteur de Montpellier », de grandes inégalités apparaissent (Cf. Tableau de classement des communes du secteur de Montpellier en terme de revenus fiscaux 2009 par foyer fiscal).

 

Tout d’abord, Montpellier est pauvre au regard de sa couronne où les classes sociales moyennes à supérieures sont allées assouvir leur quête d’habitat en villa individuelle et d’un environnement de qualité.

 

Bien entendu, Montpellier n’en demeure pas moins la plus riche des villes du Languedoc-Roussillon, loin devant Perpignan, Nîmes, Béziers et pas très loin géographiquement, Sète, Ganges et Lunel, cités fortement touchées par la précarité sociale.

 

Schématiquement, autour de Montpellier (Cf. ci-dessous Carte des revenus fiscaux de référence moyens par commune) :

-         la côte est très pauvre (exemple des communes de Frontignan, Villeneuve lès Maguelone, Palavas, Marsillargues),

-         l’Ouest est pauvre (partie la plus occidentale du Canton de Pignan) ainsi que l’Est (Melgorien),

-         la richesse atteint des sommets à la périphérie Nord de Montpellier (communes d’Assas, de Montferrier sur Lez, de  Saint-Clément de Rivière, de Saint-Gély du Fesc, de Guzargues, de Saint-Vincent de Barbeyrargues, de Teyran, de Clapiers, de Castelnau le Lez),

-         cette richesse décroît ensuite, par cercles concentriques, vers le Sud-Ouest, l’Ouest, le Nord, le Nord-Est et l’Est, jusqu’à atteindre dans cette direction la poche de pauvreté du " Lunellois urbain ".

 

RichesseHabitantsFiscalité2009.gif

 

Légende de la Carte des revenus fiscaux de référence moyens

par commune du Secteur de Montpellier :

-         de 15.000 à 20.000 € – Couleur Jaune (15 communes)

-         de 20.000 à 25.000 € – Couleur Verte (31 communes)

-         de 25.000 à 30.000 € - Couleur Bleue (30 communes)

-         de 30.000 à 40.000 € - Couleur Violette (15 communes)

-         au-delà de 40.000 € - Couleur Rouge (4 communes)

 

Les revenus les plus élevés, en 2009, ont été engrangés à Assas, avec un revenu fiscal moyen par ménage de l’ordre de 64.000 €, tandis que les revenus les plus faibles se retrouvent à Lunel, avec 23.000 €, soit quasiment un rapport du simple au triple !

 

Les communes aux populations les plus aisées sont, dans l’ordre décroissant, pour l’année 2009 : Notre-Dame de Londres, Assas, Montferrier sur Lez, Saint-Clément de Rivière, Saint-Gély du Fesc, Cazevieille, Guzargues, Saint-Vincent de Barbeyrargues, Saint-Jean de Cuculles, Teyran, Combaillaux, Murles, Clapiers et Castelnau le Lez.

 

Toutes ces communes sont situées au Nord de la capitale régionale.

 

A l’opposé, les communes principales aux populations les plus pauvres sont : Montpellier, Frontignan, Marsillargues, Sète, et enfin, la plus déshéritée, Lunel.

 

Il est tentant d’approfondir davantage ces classements « un peu sec » en étudiant quelques ratios (Cf. Analyse des revenus fiscaux 2009 par commune dans le Secteur de Montpellier).

 

Les revenus autres que salariaux ou des retraites expliquent en partie les pics de richesse dans certaines communes.

 

Ainsi le ratio « Revenus des salaires + revenus des retraites et pensions / Revenus totaux » est en moyenne globalement de 97 % sur le Secteur de Montpellier.

 

Il est cependant de seulement 89 % à Saint-Aunès et Vendargues, de 87 % à Baillargues et à Saint-Gély du Fesc, de 84 % à Grabels, de 83 % au Triadou, de 81 % à Montferrier, de 70 % à Villevieille et enfin à peine de 68 % à Assas.

 

La détention de capital immobilier et mobilier génère notamment des revenus imposables conséquents.

 

Un autre ratio est intéressant à étudier : il s’agit du rapport entre les revenus issus des salaires et des indemnités chômage d’une part et des revenus issus des retraites et des pensions.

 

Il se monte à 2,4 en moyenne sur le Secteur de Montpellier, le plus actif de l'Hérault.

 

Or, il est des communes où le poids des retraites est particulièrement important et/ou le poids des salaires particulièrement faible : Castelnau le Lez avec un ratio de 2,2 ; Le Crès, Montferrier sur Lez, Pérols et Saint-Clément de Rivière avec 2,0 ; Cazevieille avec 1,9 ; Causse de la Selle avec 1,8 ; Palavas avec 1,7 ; Saint-André et Saint-Jean de Buèges avec 1,5 et enfin Sète avec 1,3 où les salaires et indemnités chômage semblent dramatiquement faibles au regard des retraites.

 

D’autres communes concentrent au contraire les jeunes actifs.

 

Il s’agit de communes appartenant toutes à la deuxième couronne de Montpellier : Sainte-Croix de Quintillargues, Valergues et Villetelle avec un ratio de 4,2 ; Saturargues et Vailhauquès avec 4,3 ; Mas de Londres avec 4,4 ; Lauret avec 4,6 ; Saint-Jean de Cornies et Viols en Laval avec 4,7 ; Ferrières les Verreries avec 4,7 et enfin Candillargues avec 5,3.

 

La forte variabilité des revenus entre habitants des communes se retrouve aussi à l’intérieur même des communes.

 

Il suffit pour cela d’examiner le ratio « Revenus imposables moyens des foyers fiscaux imposables / Revenus fiscaux moyens des foyers fiscaux non imposables ».

 

Ce rapport vaut en moyenne 3,8 sur l’ensemble du secteur étudié.

 

Toutefois, il atteint 4,2 à Guzargues, au Triadou et à Saint-Vincent de Barbeyrargues ; 4,3 à Castelnau le Lez et à Murles ; 4,4 à Saint-Hilaire de Beauvoir ; 4,6 à Saint-Jean de Cuculles ; 4,7 à Grabels ; 4,8 à Saint-Clément de Rivière et à Viols en Laval ; 5,5 à Cazevieille et à Montferrier sur Lez ; 5,9 à Ferrières les Verreries pour enfin grimper à 6,0 à Assas !

 

Bref, un maximum d’inégalités de revenus sur un minimum de territoire.

 

Ce sont ces inégalités internes à une même communauté, surtout lorsqu’elle est villageoise, qui sont le moins bien supportées par les populations car elles ces inégalités se vivent au jour le jour.

 

Plus généralement, les analyses de la présente note reposent sur les revenus déclarables et déclarés.

 

Or, certains des ménages les moins aisés bénéficient en fait de transferts sociaux non déclarables comme les minima sociaux ou encore les allocations familiales.

 

Les classes les plus aisées sont quant à elles plus fortement consommatrices de soins de santé et donc de remboursement de la Sécurité Sociale et perçoivent des intérêts du capital pas forcément déclarables (Livret A, épargne logement, assurance-vie).

 

Bien entendu, les revenus de l’économie souterraine provenant de commerces licites ou illicites, de l’agriculture, de l’artisanat, de l’exercice d’une profession libérale voire « salariée », venant accroître les revenus légaux, sont par nature inquantifiables : ils ne peuvent tout de même que modifier à la marge les hiérarchies.

 

En résumé, la répartition de la richesse à Montpellier est globalement inégalitaire : autour de la capitale régionale, peu aisée, s’agglomère une première couronne sociologiquement favorisée à laquelle succède une deuxième couronne occupée par les classes moyennes et enfin une troisième couronne ultrapériphérique où s’accumule les difficultés sociales (Sète, Ganges et Lunel).

 

Toutefois, cette spatialisation concentrique est fortement impactée par une concentration de la richesse au Nord de Montpellier.

 

Ces inégalités territoriales devraient être prises en compte dans le cadre des politiques sociales et fiscales, notamment au niveau national ce qui est très loin d’être le cas mais aussi au niveau des intercommunalités, afin d’éviter la constitution de ghettos de pauvres d’un côté et de ghettos de riches de l’autre.

 

Les différences de revenus offrent au moins une opportunité : celle de rendre possible la solidarité.

Commentaires

Très intéressant ! savez-vous si ce type d'étude et de cartographie existe pour Nîmes et le Gard ?

Écrit par : La Calmette | 29/11/2010

Les statistiques brutes pour le Gard sont accessibles à l'adresse électronique suivante : http://www2.impots.gouv.fr/documentation/statistiques/ircom2009/dep/dep.htm (plus choix sur la carte du Gard)
Il reste évidemment à traiter l'information avec un tableur après avoir extrait les communes souhaitées.
Les ratios étudiés sur les alentours de Montpellier sont utilisables : il se peut aussi que d'autres ratios soient pertinents.

Écrit par : Michel Chastaing | 29/11/2010

L'étude est effectivement très intéressante. Savez-vous si elle est disponible pour d'autres régions françaises ?

Écrit par : Plafond Livret A | 30/11/2010

la répartition de la richesse à Montpellier est globalement inégalitaire : autour de la capitale régionale, peu aisée, s’agglomère une première couronne sociologiquement favorisée à laquelle succède une deuxième couronne occupée par les classes moyennes et enfin une troisième couronne ultrapériphérique où s’accumule les difficultés sociales

Écrit par : EL poster | 01/12/2010

ce travail est obligatoirement faussé par une économie souterraine non mesurable.

Écrit par : sebe | 03/12/2010

Les commentaires sont fermés.