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09/06/2012

La protection de l’agriculture en ville : l'exemple de Clapiers (34)

La ville s’est souvent développée au détriment des zones agricoles voire naturelles.

Les élus urbains ont toutefois compris l’importance de l’activité agricole sur le plan économique mais aussi culturel, écologique et patrimonial.

 

C’est le cas notamment à Clapiers, aux portes de Montpellier, où l’urbanisation, ayant volontairement préservée les bois et garrigues, a consommé des terres agricoles.

 

Consciente de l’importance d’une ceinture verte, la Municipalité développe depuis plusieurs années des actions en direction de l’agriculture locale, en permettant sa préservation et son évolution en fonction de la demande sociale des habitants et des consommateurs.

 

Sur le plan général, beaucoup d’observateurs ont relevé le paradoxe suivant : les ruches juchées sur le toit du Conseil régional, en pleine ville de Montpellier, ne connaissent pas la mortalité qui tourne quelquefois à l’hécatombe des abeilles dans de nombreuses communes agricoles.

 

Cet insecte familier, fondamental pour la pollinisation des plantes et indicateur de la qualité écologique d’un milieu, supporte donc la pollution des villes, de plus en plus maîtrisée, mais disparaît sous le coup des épandages de certains produits phytosanitaires, à la campagne.

 

Le film « Nos enfants nous accuseront », tourné à Barjac dans le Gard, tirait déjà la sonnette d’alarme avec la multiplication des cancers en zone agricole (vessie, cerveau, leucémie notamment).

 

La ville n’est donc pas l’ennemie de l’agriculture.

 

Certes, la priorité est donnée au logement des hommes et au développement des activités de services, mais la consommation d’espaces par personne est largement moindre en milieu urbain qu’en milieu rural où l’espace semble aux habitants une richesse illimitée.

 

On voit donc continuer à fleurir, en milieu rural, des lotissements, voire de l’urbanisation de parcelles isolées de plusieurs milliers de m², mitant le paysage et stérilisant autant de surface précédemment vouée à l’agriculture.

 

En revanche, l’arrêt de l’étalement horizontal semble bien intégré en ville où la densification est devenue le maître mot des aménageurs.

 

A Clapiers, le projet d’éco-quartier de 14 hectares du Castelet, devant regrouper environ 500 logements dont 30 % de logements sociaux pour garantir la mixité sociale, intègrera par exemple des jardins familiaux.

 

En outre, la Commune de Clapiers a favorisé le débouché aux producteurs locaux :

-          en créant un marché hebdomadaire le dimanche matin,

-          en organisant le premier dimanche de septembre le Festival de la Tomate, événement  d’importance régionale attirant près de 8.000 visiteurs et articulé autour d’un marché paysan, véritable vitrine des petits agriculteurs, de leurs produits authentiques et Bio.

 

Cette manifestation – c’est un signe – est co-organisée entre la Commune de Clapiers, la Communauté d’Agglomération de Montpellier, deux collectivités locales d’une part, l’Association Terres Vivantes et l’Association des Marchés Paysans de l’Hérault d’autre part, deux associations qui représentent l’innovation en agriculture dans l’Hérault et le lien avec le consommateur.

 

D’autre part, la Commune de Clapiers a décidé d’exonérer de taxe foncière toutes les terres agricoles exploitées en Bio sur son territoire.

 

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est une des rares communes en France à avoir exploité cette possibilité offerte par la loi !

 

Cette mesure permet certes de préserver la santé des agriculteurs principalement exposés aux pesticides mais aussi l’air (où des aérosols se forment) et les eaux superficielles comme profondes.

 

La Commune de Clapiers a aussi imposé deux composantes Bio (sur 5 au total) dans les menus de ses restaurants scolaires, en prenant d’ailleurs à sa charge la moitié du surcoût.

 

Enfin, si l’agriculture péri-urbaine est favorisée par la proximité des consommateurs, souvent éclairés et exigeants, elle est mise en danger par l’avancée du front de l’urbanisation qui grignote les terres agricoles et refoule toujours plus loin des centres urbains cette activité économique.

 

La spéculation foncière est telle, avec une flambée des prix impressionnante, que même un classement en Appellation d’Origine Contrôlée d’un terroir, pourtant gage de rente en terme d’image, ou des cultures à forte valeur ajoutée (maraîchage, verger, transformation et vente directe) ne permettent pas de résister au rouleau compresseur de l’urbanisation.

 

C’est pourquoi, des politiques publiques nouvelles et ambitieuses sont à mettre en place, voire à inventer.

 

La Communauté d’Agglomération de Montpellier a notamment innové lors de la définition de son Schéma de cohérence territoriale (SCOT) en s’intéressant d’abord aux zones inondables puis aux terres agricoles pour les abstraire de l’urbanisation.

 

Les autres agglos déterminent directement les secteurs où l’urbanisation leur semblent souhaitable et ensuite classent le reste du territoire en agricole ou naturel.

 

C’est ce qui a permis de parler à Montpellier de « l’inversion du regard », la fonction agricole étant affectée d’une valeur plus grande.

 

D’autre part, la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux offre aux départements la possibilité de protéger et de mettre en valeur l’agriculture péri urbaine au travers de la mise en place de périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains (appelés PAEN) et de programmes d'action d’accompagnement, en accord avec les communes concernées.

 

Cette opportunité a été saisie dans les Pyrénées-Orientales, notamment à Théza, au Sud de Perpignan.

 

Il s’agit de sécuriser, dans la durée, la destination des terres agricoles et les activités qui s’exercent dessus.

 

La sortie d’un terrain d’un périmètre  PAEN nécessite un décret interministériel et la législation y permet un droit de préemption que peut exercer par le Département, un EPCI, la SAFER ou l’Etablissement Public Foncier Régional.

 

A Clapiers, c’est l’outil « Agri-parc » qui a été choisi pour pérenniser l’agriculture.

 

Il s’agit d’un concept non défini par la loi mais dont les contours ont été cernés par une étude de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, en prenant comme périmètres de préfiguration (avant reproduction ailleurs) le Domaine de La Valette à Clapiers, d’une part, et les prés humides de la Mosson à Lavérune, d’autre part.

 

L’objectif est de pérenniser sur un secteur donné les activités agricoles tout en permettant une accessibilité mesurée au public.

 

A Clapiers, la maîtrise publique du foncier (Domaine de La Valette propriété de la Ville de Montpellier et Domaine de Viviers récemment acquis par la CAM de Montpellier à la famille Pagézy) est un gage de durabilité.

 

L’existence d’activités de recherches agronomiques à forts enjeux et à forte valeur ajoutée sur le Domaine de La Valette tout comme le projet d’installation d’une seconde écolothèque d’Agglomération axée sur l’utilisation de l’eau au Domaine de Viviers renforcent aussi la vocation agricole de ces terrains.

 

Quant à la couveuse régionale agricole (unique dans la région) qui doit s’installer sur le Domaine de Viviers, elle est à la jonction de l’installation progressive, de l’agriculture biologique, des nouvelles demandes du consommateur et de l’économie sociale et solidaire.

 

C’est en effet l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural du Languedoc-Roussillon (ADEAR-LR) qui a présidé au concept, aux études et au lancement de cette future couveuse, créée sous le statut d’une SCOP (société coopérative ouvrière de production) avec l’appui financier des pouvoirs publics, notamment de la Région Languedoc-Roussillon.

 

La production des « apprentis » paysans pourra s’écouler via des paniers solidaires, dans la cadre de marchés de plein-vent à proximité, de foires agricoles exceptionnelles ou d’associations de maintien de l’agriculture paysanne (AMAP).

 

Productions de qualité (plantation de nouveaux cépages en collaboration avec la Coopérative viticole d’Assas et installation de jeunes viticulteurs), agriculture Biologique (céréales et maraîchage Bio notamment), commerce équitable, circuits courts constituent une mutation de l’agriculture locale que l’Agri-parc accompagnera.

 

Ce tournant agricole est nécessaire dans le péri-urbain : c’est à des élus avant-gardistes, au secteur associatif, aux citoyens et aux professionnels de l’agriculture de l’imaginer et de le construire.

 

Cette mutation vers plus de durabilité prendra vraisemblablement plusieurs formes en fonction des configurations locales et devra veiller à reposer sur l’initiative privée qui assure le volet rentabilité économique. 

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Marché hebdomadaire, du dimanche matin, à Clapiers

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Une exposition du fruit-légume au Festival de la Tomate à Clapiers

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La variété des productions locales

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La rencontre des petits producteurs

et des consommateurs-citoyens au Festival de la Tomate

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Une agriculture à préserver dans un grand paysage de qualité

 

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 Le Domaine expérimental de La Valette dans la Vallée du Lez

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Les cultures de céréales Bio exonérées de Taxe foncière à Clapiers

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Le Domaine de La Valette à Clapiers, propriété de la Ville de Montpellier

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Une partie (Plan Guirard) du Domaine de Viviers à Clapiers

Crédit photographique : Michel Chastaing

Commentaires

Magnifiques paysages ! Bravo à Clapiers pour mettre en place tant d'événements portés sur notre environnement.Label écolo à Clapiers ?

Écrit par : mamzelbulle | 25/05/2012

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A côté, j'ai nous au Crès, voilà ce que notre Maire Mr Bonnal nous prépare :

http://infolecres.blogs.midilibre.com/album/concours-photo-2011/461905865.html

Lamentable ....

Écrit par : Infolecres | 28/05/2012

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Je trouve votre site très beau et très distingué aussi. Merci pour votre beau travail et continuez .

Écrit par : Creation site web maroc | 29/05/2012

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Un bel exemple dont de nombreuses agglomérations devraient s'inspirer

Écrit par : ulysse | 01/06/2012

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