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08/02/2013

Le Lez et Natura 2000

Le Lez est considéré sur son cours supérieur par l’Europe comme un « Site d’Importance Communautaire ».

Notre fleuve côtier abrite en effet un petit poisson unique au Monde : le Chabot du Lez.

L’emblématique Chabot du Lez est donc une espèce endémique à sauvegarder au titre de la conservation de la biodiversité.

 

Ce poisson d’eau douce, dont les ancêtres sont des poissons marins, se nourrit jusqu’au seuil de La Valette, sur la commune de Clapiers, mais ne se reproduit que près de la Source du Lez.

 

Le programme de protection Natura 2000 couvrira 144 hectares de milieux humides et de ripisylves sur 5 communes : Les Matelles, Prades le Lez, Saint-Clément de Rivière, Montferrier sur Lez et Clapiers.

 

Le réseau Natura 2000 concerne des sites naturels à grande valeur patrimoniale du fait d’une flore et d’une faune exceptionnelle.

 

Cette politique de préservation décidée au niveau européen en 1992, suite au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, n’a été déclinée en France qu’à partir de 2001.

 

Après un diagnostic des enjeux écologiques du milieu (livré par le Cabinet Barbanson en juin 2011), une analyse socio-économique a listé les activités, les usages et les projets.

 

Depuis septembre 2012, des groupes de travail se sont attelés d’une part à la définition des objectifs de conservation et d’autre part à celle des mesures à prendre.

 

Le but est d’aboutir en avril 2013 à la définition d’un programme d’actions (fiches mesures et cahier des charges) ainsi que celle d’une Charte Natura 2000.

 

Ce travail se mène sous le contrôle de la Commission Locale de l’Eau (élus locaux, administrations, associations), véritable parlement de l’eau pour les problématiques relatives aux bassins versants de la Mosson, du Lez et des étangs palavasiens.

 

Enjeux écologiques

 

Les espèces et leurs habitats sont indissociables.

 

Sur le Lez, l’habitat le plus stratégique est constitué par l’aulnaie-frênaie à Frêne oxyphylle.

 

Sont aussi intéressants les cascades et seuils, les biefs (zones calmes entre deux seuils), les forêts de chênes verts, les tapis de characées (algues vertes bonnes bio-indicatrices d’un milieu aquatique à eaux claires et oligotrophe donc préservé de l’eutrophisation, c’est-à-dire des excès de nitrate et de phosphore) et enfin les herbiers aquatiques.

 

Concernant les espèces (toutes protégées sur le plan européen), au-delà du Chabot du Lez déjà cité, le Lez abrite :

-         le Toxostome (poisson brouteur d’une vingtaine de centimètres vivant en banc),

-         la Cordulie splendide (rare et magnifique libellule de dix centimètres d’envergure),

-         la Cordulie à corps fin (libellule vert métallique avec des marques jaunâtres sur la tête),

-         l’Agrion de Mercure (libellule aussi attachée aux sources et ruisseaux non pollués),

-         le Gomphe de Graslin (libellule héliophile à aire de répartition rare),

-         le Blageon (poisson de la famille des cyprinidés comme le Toxostome).

 

La Cistude d’Europe a déjà vraisemblablement disparu puisque les piégeages scientifiques de 2011 n’ont rien donné.

 

Objectifs de conservation

 

Les objectifs sont soit de portée générale :

-         assurer une qualité de l’eau favorable à la faune et à la flore / prévenir sa potentielle dégradation (rejets d’eaux usées, apports des affluents hydrographiques et apports de polluants diffus sont à surveiller),

-         assurer une quantité d’eau favorable aux espèces à fort enjeux (la Source du Lez étant exploitée pour l’alimentation de la Ville de Montpellier et d’autres communes alentours, la résurgence est rarement active d’où l’obligation d’injection en permanence d’un débit réservé de 160 litres par seconde en tête de cours d’eau),

-         encourager et aider à l’évolution vers des pratiques agricoles (problème du lessivage des pesticides) et d’entretien de la ripisylve respectueuses des espèces et des habitats,

-         gérer la fréquentation afin de protéger les secteurs sensibles présentant des enjeux écologiques forts (piétinement des promeneurs, impact des vététistes, etc.),

-         sensibiliser et informer les acteurs locaux, les usagers, sur la flore, la faune et les habitats naturels d’intérêt communautaire,

-         assurer une coordination des interventions sur le site,

-         favoriser une gestion sectorisée du Lez en fonction des tronçons écologiquement homogènes en concertation avec les acteurs locaux (les enjeux maximum sont à l’aval immédiat de la résurgence du Lez),

-         assurer une fonctionnalité et une intégrité physique du Lez favorable à la faune et à la flore (dégradation de berge déjà constatée suite à de l’urbanisation, résorption des embâcles dangereux déjà effectuée, etc.,

 

soit de portée spécifique :

-         préserver les populations du Chabot du lez et leurs habitats,

-         améliorer l’état de conservation de la ripisylve et des zones humides,

-         préserver et favoriser le maintien des habitats aquatiques d’intérêt communautaire,

-         améliorer l’état de conservation des populations d’odonates (libellules) et de leurs habitats,

-         approfondir les connaissances sur la biodiversité du Lez aérien et du Lez souterrain,

-         lutter contre les espèces envahissantes avec des pratiques respectueuses de l’environnement.

 

Programme d’actions

 

Les actions à entreprendre en sont pour l’instant à la phase de réflexion.

 

Elles seront approuvées ultérieurement par arrêté préfectoral dans le cadre d’un DOCOB (« document d’objectifs »).

 

Pour le moment, elles sont regroupées par grandes thématiques : animation, gestion des espèces et des habitats, gestion des ouvrages de petite hydraulique, suivis et améliorations des connaissances, communication et sensibilisation.

 

Voici les principales mesures pressenties.

 

Volet « Animation » :

-         concertation avec les sociétés de pêche sur les pratiques d’alevinage et de lâchers de réempoissonnement,

-         établir des partenariats avec les acteurs de l’eau,

-         planifier les interventions et les modalités de réalisation des entretiens de la ripisylve dans un plan de gestion,

-         identifier les propriétaires des seuils pour éventuellement contractualiser leur gestion,

-         définir de bonnes pratiques pour les activités de loisirs,

-         établir un plan de surveillance des rejets directs et indirects en coordination avec la Police de l’eau (rejets agricoles et autres),

-         s’assurer du respect des prélèvements et du débit réservé à la source.

 

 

Volet « Gestion des espèces et des habitats » :

-         rétablir une gestion des seuils pour un retour à un fonctionnement naturel,

-         rétablir la continuité écologique du cours d’eau.

 

 

Volet « Gestion des ouvrages de petite hydraulique » :

-         réduire l’emploi des produits phytosanitaires et des engrais,

-         contractualiser avec les propriétaires riverains pour créer des bandes enherbées,

-         proposer un passage en agriculture biologique,

-         restaurer les connexions avec d’anciennes zones humides (zones d’extension de crues, laisses, fossés, etc.),

-         mise en défens de certains sites à enjeux écologiques forts (information sur place, fermeture de certains accès, dévoiement de cheminement, balisage des tracés, etc.),

-         prévoir ailleurs des aménagements pour limiter l’impact néfaste de la surfréquentation,

-         effacement ou aménagement du seuil de la source (une vasque a en effet été créée il y a très longtemps),

-         augmenter la largeur de la ripisylve,

-         gérer les fossés,

-         lutter contre les espèces invasives en supprimant la Tortue de Floride, en coupant régulièrement l’Ailanthe (Faux-vernis du Japon, espèce particulièrement difficile à contenir), en éradiquant la Jussie sur le Lirou et en limitant la prolifération des algues sur la partie aval du cours du Lez.

 

 

Volet « Suivis et améliorations des connaissances » :

-         mettre en place un suivi démographique des populations du Chabot du Lez,

-         réaliser une étude sur les seuils et leur rôle écologique,

-         identifier et cartographier les espèces invasives.

 

 

Volet « Communication et sensibilisation » :

-         sensibiliser les usagers sur les enjeux écologiques (journées d’information, panneaux, etc.),

-         réalisation d’un guide de bonnes pratiques.

 

Les actions visent ainsi à préserver la faune et la flore spécifiques du Lez, dépendantes de la qualité de l’eau et du non envahissement de ses habitats.

 

Le maintien, voire l’extension, de la ripisylve sont essentiels.

 

De même, les seuils des anciens moulins jouent un rôle fondamental en faisant alterner des zones de chutes, de rapides, au rôle oxygénant et des zones d’eau calme.

 

D’une manière générale, les actions envisagées seront coordonnées dans le cadre de plans de gestion.

 

Concernant le financement des mesures contraignantes pour les agriculteurs, il existe déjà de larges possibilités dans le cadre des mesures agri-environnementales de la Politique Agricole Commune (notamment pour la conversion en Agriculture Biologique).

 

Cette dernière applique depuis une décennie l’écoconditionnalité, c’est-à-dire qu’elle lie le versement des aides financières au respect de règles environnementales.

 

Pour les autres propriétaires fonciers, le même type de contractualisation sera à mettre en place, avec des indemnisations en provenance d’autres sources, de provenance locale, nationale ou européenne.

 

Conclusion

 

Globalement, le programme Natura 2000 sur le Lez devrait être bien accepté.

 

Nous sommes en effet loin des levées de bouclier observées dans de nombreuses régions, le fait bien souvent de chasseurs ou d’agriculteurs.

 

Il est vrai que le site du Lez n’est pas précurseur et sa préservation est envisagée à une époque où les enjeux de développement durable sont mieux compris.

 

Le Lez, dans sa partie aval non urbaine, est un écrin de verdure exceptionnel par sa beauté et sa richesse.

 

Natura 2000 contribuera à le sauvegarder pour nos enfants. 

 

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Un des nombreux anciens moulins du Lez

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 Qui dit moulin, dit seuil

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Le Lez vu au travers de sa ripisylve

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Début d'embâcle

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Arbre centenaire remarquable en lisière de ripisylve

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Une palombière ! Si, si !!!

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Le Lez au loin dans sa vallée

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Un méandre qui se déplace au fil du temps 

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Un bief, miroir de la végétation

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Une cascade, profitant d'une fissure dans un seuil ancestral

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"Bain à grosses bulles" en aval d'une cascade

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La prise d'eau de l'ancien moulin du Martinet

 
 Crédit photographique : Michel Chastaing

Commentaires

C'est une bonne nouvelle au plan environnemental et elles ne sont pas fréquentes !

Écrit par : Ulysse | 03/02/2013

de bien ravissantes photos dont certaines ne rajeunisse pas trop,mais celà fait aussi parti de la bio-diversité...........ou pas....???

Écrit par : guitard | 08/02/2013

Je ne connais pas toutes ces appellations que vous attribuez à chaque image sur le fleuve LEZ;peut-on trouver de la documentation adéquate dans une librairie spécialisée ou pas - merci bien.

Écrit par : philippe guitard | 08/02/2013

bonjour et à bientôt

Écrit par : philippe guitard | 08/02/2013

Les commentaires sont fermés.