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24/10/2013

Festival de la Tomate : quel avenir ?

Le Festival de la Tomate, avec plus de 10.000 visiteurs, lors de sa 7ième édition, le dimanche 1er septembre à Clapiers (Hérault), est une manifestation arrivée à maturité malgré son jeune âge.

Pour peu que la météo ne soit pas trop maussade et son succès est garanti.

 

Il est loin le temps de l’idée initiale, à la fois singulière et lumineuse en son temps, formulée par Yves Martinot, un citoyen montpelliérain, bénévole du Comité de quartier Saint-Clément.

 

La manifestation attire maintenant de plus en plus loin autour de Montpellier.

 

En même temps, les Clapiérois se sont progressivement apropriés cette fête de l’agriculture paysanne.

 

Parmi les toutes premières manifestations publiques par sa fréquentation, dans l’Agglomération de Montpellier, le Festival de la Tomate est avant tout un événement militant.

 

Il est l’affirmation d’une agriculture qui s’impose aujourd’hui comme un nouveau modèle de développement :

- petites structures économes en espace,

- création d’exploitation par des porteurs de projet en reconversion professionnelle et non pas jeunes

agriculteurs reprenant l’exploitation parentale,

- diversification des productions au-delà de la monoculture de la vigne,

- transformation artisanale des produits pour conserver la valeur ajoutée sur l’exploitation,

- commercialisation en circuit court, pour la même raison, mais aussi par respect du consommateur.

 

Ces nouveaux agriculteurs ont toujours de grandes difficultés pour s’installer (d’accès au foncier, aux financements, aux subventions de la Politique Agricole Commune) mais le Conseil Général de l’Hérault (aide dans le cadre de la politique d’insertion de l’Association Terres Vivantes) ou encore l’AIRDIE pour les prêts solidaires, contribuent maintenant à leur ancrage dans le territoire.

 

Il est loin le temps où l’Assemblée Générale annuelle de Terres Vivantes (à l’époque appelée Association de Développement de l’Emploi Agricole et Rural de l’Hérault), réunie à dessein dans un quartier populaire de Montpellier, en l’occurrence au Collège Las Cases, mettait au débat le thème des marchés de plein-vent et de la vente en circuit-court.

 

Depuis, l’Association des Marchés Paysans de l’Hérault (AMPH, cf. Blog et Site) a été créée.

 

Les marchés paysans de Saint-André de Sangonis, Tourbes, du quartier Celleneuve à Montpellier, de Vailhauquès, Grabels, Prades le Lez ou encore de Clapiers (mixte avec aussi des revendeurs), ont reçu depuis l’appui technique de cette association.

 

L’Association des Marchés Paysans de l’Hérault co-organise aussi avec des groupes locaux  d’autres grands événements qui réunissent plusieurs dizaines de milliers de visiteurs au total :

- La grande foire des floralies et de la petite agriculture à Maureilhan,

- La grande foire de la petite agriculture au Pouget,

- Le Festimarché des dolmens à Vailhauquès,

- Le Marché des Garrigues à Montaud.

 

AMPH milite pour des échanges commerciaux équitables, pour la mise à disposition de produits agricoles de proximité et de saison, pour la renaissance et la connaissance de l’agriculture paysanne.

 

Cette dernière avait été étouffée par l’intensification et l’industrialisation de l’agriculture productiviste.

 

Le Festival de la Tomate est donc loin d’être une manifestation soit institutionnelle, soit commerciale.

 

C’est au contraire un rendez-vous citoyen qui offre d’ailleurs toute sa place aux associations en pointe dans le combat pour une agriculture plus saine et un dialogue, une transparence, une compréhension mutuelle entre producteurs et consommateurs.

 

Cela n’empêche pas, bien au contraire, le partenariat avec des collectivités territoriales venant soutenir l’initiative : la Commune de Clapiers (Services Techniques, Communication et Animation avec Servane Bessoles, Maire-adjointe et Yoan Maurici l’efficace organisateur durant toute l’année, comme le jour J, de l’événement), la Communauté d’Agglomération de Montpellier (Services Protocole et Communication, fabrication de l’apéritif axé sur le vin et la tomate) et la Région Languedoc-Roussillon (au titre de sa politique de labellisation Sud de France).

 

Quel devenir pour le Festival de la Tomate ?

 

Le Parc municipal Claude Leenhardt constitue un écrin idéal bien que saturé spatialement.

 

Le parcage des voitures mobilise (dans un désordre bon enfant et cependant respectueux des riverains), toute la voirie environnante, y compris des lotissements périphériques.

 

Le marché paysan – cœur battant de la manifestation - n’a cessé de grandir et de s’enrichir de nouvelles productions : c’est important pour s’approcher d’une vitrine exhaustive des productions locales.

 

Des artisans ont été admis, du moment qu’ils travaillaient de la tomate comme matière première : l’accueil des visiteurs a été enthousiaste.

 

La restauration, inexistante lors des premières éditions, a été développée, tout en restant dans des produits simples et en offrant des lieux équipés de tables et de chaises propices aux repas entre amis ou en famille.

 

La question de l’ouverture à la grande gastronomie et à des toques connues est pendante : cela nécessiterait des chapiteaux, consommateurs d’espace et ses menus, à prix plutôt élevés, sélectionneraient la clientèle.

 

C’est un choix que les militants de l’éducation populaire qui organisent l’événement n’ont pas voulu faire.

De même, aucune publicité payante n’est souscrite pour promouvoir le Festival.

 

Concernant les stands associatifs, tous les bénévoles qui œuvrent dans le domaine de la « bonne bouffe », du commerce équitable, du développement du monde rural ont pu, jusqu’à présent, voir agréer leur demande de participation.

 

Fait marquant, des associations culturelles locales se sont greffées petit à petit en proposant des programmes concoctés spécialement dans l’esprit de l’événement.

 

Il en est de même pour les accueils de loisirs pour enfants du village, dans le cadre de leur projet d’éducation au bien-manger et à la citoyenneté.

 

Le Festival de la Tomate se renouvelle-t-il suffisamment au niveau des animations proposées ?

 

Ce n’est pas certain mais l’imagination trouve souvent ses limites dans le budget (choix de la gratuité de l’entrée fondamentale pour que l’événement soit populaire et non élitiste) et dans la disponibilité des bénévoles.

 

Si le déroulement de la manifestation est maintenant bien huilé, c’est malheureusement aussi au prix d’un certain épuisement physique des bénévoles (Vincent Nourigat, actuel Président d’AMPH, Yves Martinot actuel Président de l’Association des Marchés Paysans du Languedoc-Roussillon, Fabienne Edelmann, Line Gallissaires, Jacqueline Vargoz, Agnès Vargoz, Pierre Longueville, notamment).

 

Des bénévoles Clapiérois - Marc Pelat ou encore Osvaldo Moretti - apportent un appui complémentaire.

 

Les militants associatifs dont le temps est souvent compté vivent mal la complexification des relations avec les autres partenaires.

 

Il existe notamment des enjeux de propriété intellectuelle sur les affichettes codifiées pour classer les exposants dans les marchés paysans, souvent mixtes c’est-à-dire ouvert à des vendeurs forains traditionnels, dans les catégories :

- producteurs,

- artisans transformateurs,

- revendeurs en circuits-court (un unique intermédiaire),

- revendeurs de produits ne pouvant manifestement pas être issus de circuits courts.

 

De même, l’Association des Marchés Paysans de l’Hérault incite à mettre en évidence sur les étals des ardoises destinées à informer le consommateur sur la provenance de chacun des produits :

- de couleur verte pour les produits en vente directe,

- de couleur jaune avec un seul intermédiaire - et encore avec certaines contraintes - dans le circuit de vente,

- de couleur mauve lorsqu’il y a plus d’un intermédiaire (produits exotiques, importés, ayant transité par des marchés d’intérêt national puis des grossistes, etc.).

 

Cette transparence se généralisera peut-être un jour en France sur tous les marchés de plein-vent : ce sera alors la fin d’une opacité cultivée non sans arrière-pensée.

 

Cet étiquetage met à égalité produits et producteurs, alors que bien souvent ces derniers passaient second plan, ce qui n’est pas acceptable pour un Humaniste.

 

Alors qu’est-ce qui pourrait menacer la tenue d’une nouvelle édition du festival de la Tomate ?

 

Tout simplement le non respect de l’esprit qui a présidé à son lancement et qui est son âme.

 

Défendre la petite agriculture, familiale et indépendante est encore un combat d’actualité majeur.

 

Il suffit d’observer :

- le rapport de force exercé par les grandes surfaces sur les agriculteurs,

- celui établi à son profit par certaines industries agro-alimentaires,

- la baisse, en moyenne, du budget « Alimentation » dans les dépenses des ménages,

- la mondialisation qui rend anonymes les produits agricoles et substituables les uns aux autres dans une recette du moment que l’assemblage final a une apparence identique,

- le travail dissimulé ou encore l’emploi de travailleurs immigrés sous-payés dans certains grandes exploitations agricoles.

 

Conforter le rapprochement ville-campagne par des actes n’est pas non plus inutile.

 

Or, un événement comme le Festival de la Tomate, de par son rayonnement, sert de relais en ville à des territoires très variés : Pays de Thau, Hauts-Cantons, Cévennes, Minervois, Corbières, Vallée de l’Hérault, Pays de l’Etang de l’Or, Pays de Lunel, …

 

Le Festival de la Tomate est le type de manifestation plus que jamais nécessaire pour se rappeler que des hommes, fiers de leur métier, entendent vivre de leur travail sans subir des logiques d’optimisation du profit et de rendement financier à court terme.

 

Une exploitation agricole doit être durable :

-     sur le plan social, avec la possibilité pour le paysan de prendre du repos, de se réaliser humainement, de ne pas se tuer à la tâche, de pouvoir éviter l’utilisation de pesticides néfastes pour leurs applicateurs, de pouvoir tisser des relations de confiance avec ses fournisseurs et ses clients, de fournir des aliments de qualité,

-     sur le plan environnemental, avec le maintien de la biodiversité, le respect du sol et des ressources en eau,

-     sur le plan économique, avec la constitution d’exploitations « reprenables » financièrement au moment d’une succession, avec des échanges équilibrés entre paysans et consommateurs.

 

Cette action de sensibilisation des citadins, le Festival de la Tomate entend continuer à la mener : c’est juste la forme de l’événement qui pourrait être modifiée pour améliorer la qualité de l’accueil du public, des expositions et des animations. 

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Denis Degand, artisan boulanger,

habitué aussi du Marché hebdomadaire de Clapiers

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Yves Martinot, Créateur du Festival de la Tomate

et Fondateur de l'Assocaition des Marchés Paysans de l'Hérault

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Fabienne Edelmann, bénévole de l'Association des Marchés paysans de l'Hérault

collectant les dons des exposants pour constituer les lots de la tombola

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Le stand des paysans Clapiérois installés au Domaine de Vivier

au sein de la couveuse régionale agricole par la Coopérative d'activités Terracoopa

 

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Un des espaces de repos et de détente du Festival de la Tomate

à l'ombre des arbres centenaires du Parc municipal Claude Leenhardt

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L'équipe de bénévoles de l'Association des Marchés paysans de l'Hérault

et Yoan Maurici, cheville ouvrière de la manifestation à la Mairie de Clapiers

 

Crédit photographique : Michel Chastaing

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