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02/03/2012

L’éducation : un investissement vital

L’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement d’avenir.

En effet, la création de richesse d’une nation est la conséquence directe du niveau de formation de ses actifs et de ses bénévoles.

Certains peuvent croire au génie d’un peuple qui innove et qui prend des parts de marchés du fait de son intelligence supérieure.

Cette théorie est infirmée tous les jours : ce sont les pays qui ont le plus investi dans la formation qui dominent le Monde.

La Chine et l’Inde commencent à retirer les dividendes de l’élévation du niveau d’études de leurs habitants et ce n’est qu’un début.

C’est donc consternant en France d’entendre se développer une idéologie libérale qui monétise l’éducation et la considère comme une dépense que l’Etat devrait réduire : il s’agit ni plus ni moins de l’annonce de la décadence de notre pays, une fois que la dégradation de notre service éducatif aura inexorablement engendré ses conséquences néfastes.

Renoncer à investir dans l’éducation est d’autant plus préjudiciable que l’Union Européenne s’est donnée des objectifs ambitieux suivis par la plupart des pays qui la compose (Cf. infra un résumé du rapport d’étape).

C’est bien l’enjeu de la petite enfance et de la massification de l’enseignement supérieur qui sont primordiaux.

Encore faut-il que les bases de l’enseignement primaire ne vacillent pas sous le coup des réductions des moyens budgétaires et humains, notamment au niveau du nombre d’enseignants.

En effet, comme obtenir des étudiants de qualité si les apprentissages de base ne sont pas maîtrisés ?

Si par malheur, l’édifice éducatif français se fissurait par la base, avec une inflexion par rapport aux progrès accomplis au XXème siècle, alors ce serait la grandeur de la France des années 2030 et au-delà qui s’envolerait définitivement avec son lot d’humiliations : perte d’influence dans le bal des Nations, soumission économique aux intérêts des pays émergents, effondrement du niveau de vie, montée de l’obscurantisme et du repli sur soi, médiocrité culturelle, etc.

Un peuple sans éducation est un peuple qui renie les idées progressistes, qui devient plus frileux, plus individualiste, plus borné au sens propre et au sens figuré du terme et qui ne voit plus l’intérêt d’investir dans la formation, dans l’intelligence, ce qui entraîne bien entendu le pays dans un cycle vicieux de descente aux enfers, loin des idées du Siècle des Lumières de l’Universalisme et de l’Humanisme.

Extrait du rapport d’étape de l’Union Européenne quant aux objectifs qu’elle s’est fixée en matière d’éducation

« En matière d'enseignement, l'Union européenne a atteint un de ses buts, mais la réalisation de ses autres objectifs a pris du retard.

Près de dix ans après que les États membres de l'Union européenne ont fixé cinq grands objectifs dans le domaine de l'éducation et de la formation, un rapport d'avancement indique qu'ils n'atteindront pas ces objectifs dans les délais prévus, c'est-à-dire en 2010.

Seul un de ces objectifs a été atteint, à savoir l'augmentation de 15 % du nombre d'étudiants sortant de l'université munis d'un diplôme en mathématiques, sciences ou technologies.

En outre, une condition liée à cet objectif est remplie, puisque ces diplômés sont de plus en plus des femmes.

Dans trois autres domaines - l'apprentissage tout au long de la vie, la réduction du taux d'abandon dans l'enseignement supérieur et à l'université, ainsi que la proportion de diplômés de l'enseignement secondaire supérieur - les États membres de l'Union ont réalisé des progrès, même s'ils sont encore globalement insuffisants par rapport aux objectifs fixés.

L'Union n'est par contre pas parvenue à atteindre le cinquième objectif, à savoir l'amélioration des compétences en lecture chez les élèves de 15 ans, et la situation s'est même aggravée par rapport à il y a dix ans.

De manière générale, le niveau de l'enseignement a progressé en Europe. Si les personnes ayant un faible niveau d'éducation représentent encore 30 % de la population en âge de travailler, soit 77 millions de personnes, ce nombre a toutefois baissé de près d'un million chaque année depuis 2000.

L'Union européenne prône depuis longtemps l'amélioration de l'enseignement pour surmonter les difficultés économiques et sociales et la récession actuelle montre qu'il est urgent de procéder à des réformes et des investissements dans ce domaine, selon la Commission.

D'après un autre rapport, destiné à évaluer la coopération entre les États membres de l'Union dans le domaine de l'enseignement, l'investissement par étudiant a augmenté à tous les niveaux depuis 2000. On constate toutefois un ralentissement de l'augmentation des dépenses dans l'enseignement supérieur. Or, les États membres de l'Union devraient investir chaque année en moyenne 10 000 euros de plus par étudiant pour rattraper les États-Unis à cet égard.

Les objectifs en question font partie de la « Stratégie de Lisbonne », ce plan décennal que les dirigeants européens ont adopté en 2000 pour favoriser la croissance et l'emploi. La Commission publie chaque année un rapport sur l'avancement de cette stratégie.

L'Union européenne reconsidère les objectifs qu'elle a fixés dans le cadre de cette stratégie, puisque celle-ci arrive à son terme.

Au début de l'année, les États membres ont ajouté des objectifs relatifs à l'éducation de la petite enfance et à l'enseignement post secondaire.

Ils ont également convenu de compléter l'objectif de lecture des élèves de 15 ans, en y ajoutant les compétences en mathématiques et en sciences. »

Ce n’est donc pas le moment de baisser la garde : seule l’économie du savoir et de la connaissance peut sauver la grandeur de notre pays !

26/12/2010

Pour l’égalité réelle

Depuis les échecs répétés aux élections présidentielles de 2002 (Lionel Jospin absent du second tour) et de 2007 (les Français plébiscitent Nicolas Sarkozy), les Socialistes doutent.

 

Le dogme libéral a séduit les Français en 2002.

 

Le néolibéralisme a triomphé jusqu’à la récente crise économique et financière.

 

Les critères de Maastricht ont été assouplis de fait depuis une dizaine d’années (déficits publics et dettes publiques largement au-delà de respectivement 3 % du PIB et 60 % du PIB), sans que cela soit la panacée, pourtant invoquée inlassablement, par la « Gauche de la Gauche ».

 

Aucun parti en France ne prône plus la Révolution.

 

Les Socialistes sont donc sûrs d’une chose : seule la réforme, certes profonde, mais progressive de notre société, permettra de sortir de la crise sociale et de la crise écologique dans laquelle la mondialisation libérale et la financiarisation du capitalisme nous ont jetées.

 

Aujourd’hui, le Socialisme démocratique est le seul système de gouvernement à même de mener de pair progrès social et progrès économique.

 

Encore faut-il que le Socialisme français s’adapte à la modernité, à un Monde qui a changé ?

 

C’est à cette difficile tâche que se sont attelés les militants socialistes au cours de l’année 2010, avec la refonte des textes définissant la ligne politique du Parti Socialiste.

 

Ce dernier vient ainsi de clore récemment sa « Convention égalité réelle » (cf. Texte intégral).

 

Un vote des militants le 2 décembre 2010, a permis d’approuver ce texte qui fait des propositions pour lutter contre les inégalités d’éducation, de revenus, de conditions de vie, entre les territoires, femmes-hommes, en terme d’accès aux services publics, au logement et à la santé.

 

Ce sera la doctrine du Parti socialiste pour la prochaine élection présidentielle afin que l’égalité, obtenu par la Révolution de 1789, ne soit pas un vain mot.

 

En effet, la politique menée par Nicolas Sarkozy aggrave chaque jour les inégalités.

 

Les Français sont ainsi exposés au déclassement social.

 

Le Parti Socialiste, au contraire, fait le choix d’une société du progrès social où la mobilité et la promotion sociale sont un objectif.

 

Le Parti Socialiste donne la priorité à l’amélioration des conditions de vie des Français quelle que soit leur place dans la hiérarchie sociale.

 

A n’en pas douter, les inégalités sociales sont le moteur de l’appauvrissement économique, humain et intellectuel de la France.

 

Une société n’allant pas vers l’égalité devient de plus en plus violente, de plus en plus refermée sur elle-même, de plus en plus inefficace.

 

Parce qu’il est réformiste, le Parti Socialiste ambitionne de lutter contre toutes les inégalités dans la durée, en s’appuyant sur :

-         un Etat régulateur,

-         des services publics universels et personnalisés,

-         les collectivités territoriales (nouvelle étape de la décentralisation, péréquation des moyens entre collectivités, approfondissement de la démocratie locale),

-         la démocratie sociale (compromis social basé sur la négociation, rôle accru pour les partenaires sociaux)

-         et le milieu associatif (services de proximité, perception des nouveaux besoins et innovation sociale).

 

Les Socialistes veulent :

-         garantir des droits à tous les citoyens en luttant contre toutes les discriminations,

-         agir pour l’égalité des conditions d’existence : salaires, fiscalité, lutte contre la pauvreté, contre les ghettos, la marginalisation des banlieues et du monde rural,

-         traiter les inégalités à la racine en agissant pour l’éducation, la formation et la qualification de tous.

 

Développons, dans les prochaines lignes, ce volet du programme du Parti Socialiste, essentiel pour donner ou redonner une chance à chacun.

 

Les Socialistes font l’analyse que notre système éducatif est en crise, n’évite pas la reproduction sociale, est très inégalitaire et génère trop d’échec scolaire.

 

Les Socialistes pensent que la nécessaire démocratisation et la massification du système éducatif français ne sont pas incompatibles avec la transmission d’un savoir de haut niveau.

 

Partout dans le Monde, plus les systèmes éducatifs sont égalitaires, plus ils sont efficaces en terme d’élévation du niveau des connaissances et plus ils conduisent à la réussite scolaire ou universitaire.

 

L’égalité des chances commence à la prime enfance : le PS souhaite réorienter les aides publiques vers les modes de garde collectifs (triplement du nombre d’enfants accueillis en 10 ans), rendre la scolarité obligatoire à 3 ans et augmenter les moyens consacrés à la protection de l’enfance, à la protection maternelle et infantile ainsi qu’à l’action sanitaire et médico-sociale.

 

Pour les parents, le PS souhaite partager à égalité le congé parental entre les deux parents et intégrer dans le droit français la directive européenne portant le congé de maternité à 20 semaines, ce à quoi la Droite se refuse.

 

Le Parti Socialiste veut en outre redonner de grandes ambitions à l’école en assignant des objectifs de 80 % d’une classe d’âge au Bac (contre 63 % aujourd’hui), de 50 % au niveau licence et de 100 % de jeunes sortant du système éducatif avec au moins un diplôme.

 

Concernant les rythmes scolaires, le PS prévoit de revenir à une semaine de 5 jours éducatifs, en lien avec les collectivités locales et les associations périscolaires, pour éviter les fatigues de la semaine des 4 jours.

 

Pour lutter contre l’échec scolaire, la modulation des horaires en fonction du niveau des élèves et l’appel à des associations de soutien scolaire sont prévues.

 

Le collège s’inscrira dans une plus grande continuité avec l’école primaire et les enseignements seront plus ouverts sur les activités artistiques, culturelles et sportives.

 

La priorité sera toutefois donnée à l’école primaire avec des effectifs restreints dans certaines classes ou établissements afin de personnaliser l’enseignement.

 

Le nombre d’élèves par classe ne devra pas dépasser la vingtaine sur tout le territoire.

 

Les moyens financiers seront dirigés partout où les besoins sont les plus importants (notamment dans les Zones d’Education Prioritaire) en rompant avec la politique actuelle du soupoudrage des crédits (« Internats d’excellence », plan « Espoir banlieue ») qui consiste à focaliser quelques maigres finances sur quelques élèves pour faire croire à une généralisation des mesures.

 

Une nouvelle carte scolaire sera mise en place avec une sectorisation respectant la logique territoriale et tenant compte d’un équilibre vis-à-vis des critères sociaux et scolaires.

 

Le PS souhaite aussi ouvrir le chantier de la scolarité jusqu’à 18 ans ce qui nécessite à l’évidence une profonde réorganisation du contenu de l’enseignement.

 

Notamment, la voie professionnelle, au travers les « lycées des métiers », regroupant des formations de tout niveau autour de spécialités, doit devenir une voie de réussite privilégiée.

 

Partant du constat que 10 % des jeunes de 16 à 17 ans sont déscolarisés, avec toutes les conséquences que cela engendre, il est nécessaire qu’ils soient pris en charge à l’intérieur même du système éducatif avant qu’il ne soit trop tard.

 

Pour l’enseignement supérieur, des moyens sont à apporter afin de permettre la massification : il faut non seulement pouvoir admettre plus de lycéens mais surtout contrer l’échec en premier cycle universitaire.

 

En vue d’améliorer la démocratisation de l’enseignement supérieur, des allocations d’études seront mises en place.

 

Concernant l’orientation, c’est un point faible en France avec une grande difficulté pour les enfants issus des milieux défavorisés à valoriser leurs compétences au travers du juste choix d’une filière ou d’une formation.

 

Que ce soit en Seconde ou dans l’enseignement supérieur, il faut instituer de vraies passerelles avec des possibilités de réorientation.

 

D’autre part, la formation des enseignants sera refondue avec une entrée progressive dans la carrière.

 

Le métier d’enseignant sera revalorisé et la précarisation des emplois sera réduite.

 

Le Parti Socialiste souhaite favoriser la co-éducation permettant à tous les intervenants (enseignants, parents, personnels de surveillance, agents techniques, etc.) de dialoguer et d’œuvrer collectivement dans une même direction.

 

C’est déjà ce qu’essaie de coordonner les collectivités locales dans les contrats éducatifs locaux où une synergie est recherchée entre activités périscolaires, bibliothèques, soutien scolaire, centres de loisirs, interventions d’associations, éducation populaire, etc.

 

Enfin, tout au long de la formation, les apprenants devront se voir offrir une ouverture sur la société et le monde de l’entreprise au travers de stages, visites, conférences, rencontres, forum des métiers, etc.

 

Certains penseront qu’en cette période de Noël et de bons sentiments, le programme du Parti Socialiste pour l’éducation relève de l’utopie.

 

Il s’agit, en tous cas, d’un chantier majeur pour la France et les Français si nous voulons garder notre rang dans les 10 plus puissants pays du Monde.

 

Il nous faut être collectivement ambitieux, éviter le renoncement.

 

Cette feuille de route servira au candidat socialiste lors de la Présidentielle de 2012 : elle a le mérite d’informer les électeurs sur la société que veut le Parti Socialiste, une société qui aille véritablement vers l’égalité réelle.

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13/08/2010

Les effets de l’assouplissement de la carte scolaire

La carte scolaire a été créée en 1963 lors de la réforme Fouchet qui a unifié en un seul système éducatif l’enseignement primaire, l’enseignement secondaire, l’enseignement technique et les centres d’apprentissage.

 

En imposant la scolarisation dans l’établissement de proximité, la carte scolaire permettait de répartir entre tous les collèges la petite minorité d’élèves qui avait accès aux premiers cycles des lycées.

 

L’objectif était la mixité sociale et un élargissement du vivier de recrutement des élites.

 

Au fil du temps, les classes moyennes ont embrayé le pas des classes supérieures en demandant de plus en plus de dérogations visant à détourner la sectorisation.

 

Les décisions d’octroi des dérogations étaient opaques et elles étaient plus facilement obtenues par les initiés du système éducatif.

 

Les parents invoquaient un motif lié par exemple, aux difficultés de transport, ou tiraient parti d’options rares non disponibles dans leur établissement de rattachement pour en viser un autre.

 

Après avoir envisagé la suppression de la carte scolaire, souhaitant « donner le libre choix de l’établissement aux familles », Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos ont décidé « un assouplissement de la carte scolaire », en juin 2007.

 

Précédemment, Jacques Chirac et François Bayrou avaient considéré que la carte scolaire était « le garant de la mixité sociale » tandis que Ségolène Royal jugeait que cette « carte fige et cristallise les inégalités » tout en promettant « plus de moyens aux établissements délaissés ».

 

La sectorisation, découpage du territoire en zone de recrutement de chaque établissement scolaire, est décidée pour les collèges par le Conseil général et pour les lycées par l’Etat.

 

Dans tous les cas, c’est l’Inspection d’Académie qui procède aux affectations des élèves et décide d’éventuelles dérogations aux secteurs géographiques.

 

Depuis 2007, une priorité est donnée, dans l’ordre décroissant, aux enfants handicapés, aux boursiers, aux malades et aux fratries dispersées.

 

L’école élémentaire (maternelle et primaire), sauf exception, ne peut déroger à la carte scolaire.

 

La carte scolaire est, avant tout, un droit donné aux parents de scolariser leurs enfants dans l’établissement du secteur géographique où ils résident.

 

En effet, la carte scolaire régule certes la demande des familles mais aussi l’offre scolaire (en quantité c’est-à-dire en capacité d’accueil dans un établissement).

 

L’Inspection d’Académie doit ouvrir (ou devrait ouvrir) un nombre de classes suffisantes pour accueillir les élèves du secteur.

 

Par extension sémantique, une ouverture ou une fermeture de classe est une mesure dite « de carte scolaire ».

 

Les postes d’enseignants sont donc répartis suite à une analyse des effectifs d’élèves.

 

Les deux objectifs affichés de l’assouplissement de la carte scolaire étaient la liberté du choix des familles et l’accroissement du brassage social.

 

Ont-ils été atteints ?

 

Concernant la liberté du choix des familles, sur 95.246 demandes de dérogations en 2007, 74,7 % ont été accordées et pour 115.003 demandes en 2008, 75,4 % l’ont été.

 

La réforme de la carte scolaire a donc entraîné une recrudescence modérée (+ 20,7 %) du nombre de demandes de dérogation et environ 16.000 élèves supplémentaires ont pu bénéficier d’un accord, représentant 0,7 % du nombre de collégiens et de lycéens.

 

Globalement, respectivement pour un collège standard à 600 élèves et un lycée standard à 1.200 élèves, cela représente 4 et 6 élèves qui obtenaient auparavant leur ticket de sortie, et maintenant, 1 à 2 de plus suite à la mesure d’assouplissement de la carte scolaire.

 

On est véritablement dans l’exception et dans l’effet d’annonce au niveau de la communication gouvernementale.

 

D’ailleurs, l’objectif du Ministère de l’Education Nationale de multiplier par 2 le nombre d’élèves bénéficiant d’une dérogation entre les rentrées 2007 et 2008 est, à l’évidence, loin d’être atteint.

 

Alors, pourquoi cette « mesurette » agite t’elle tant les parents d’élèves, les enseignants et les élus.

 

Tout d’abord, parce qu’elle met en concurrence les établissements.

 

Or, cette dernière favorise l’homogénéisation plutôt que la diversification des origines sociales.

 

Ainsi, les établissements les plus défavorisés, aux résultats les plus faibles, sont fuit et concentrent les élèves en difficulté (diminution de la mixité scolaire) tandis que les établissements favorisés voient leur mixité sociale légèrement augmenter mais au détriment de la mixité scolaire (concentration des meilleurs élèves).

 

Quant aux établissements « moyens », l’assouplissement de la carte scolaire radicalise leur profil et les fait basculer soit vers le haut, soit vers le bas.

 

La ghettoïsation d’un établissement peut être accélérée par le fait que si les parents souhaitent avoir le choix, il en est de même des enseignants qui veulent prioritairement rejoindre les « bons établissements » (les professeurs avec de l’ancienneté et conséquemment de l’expérience s’y concentrent donc).

 

L’assouplissement de la carte scolaire est-elle efficace sur le plan de la réussite scolaire ?

 

La réponse est vraisemblablement non en France car, dans aucun des pays de l’OCDE, le libre choix des parents s’est traduit par un accroissement de la performance du système éducatif.

 

Les critères de sélection des bénéficiaires des dérogations sont-elles améliorées ?

 

Les élèves boursiers, prioritaires, sont 33 % de plus à avoir obtenu le blanc-seing au collège avec un taux de satisfaction en hausse à 92 % mais le taux de 89 % ne s’est pas amélioré au lycée.

 

Auparavant, la sélection se faisait au niveau des établissements sur des critères de niveau scolaire : la méritocratie recule donc devant l’équité (le niveau social ne met pas sur un pied d’égalité quant au niveau scolaire).

 

Dernière question, l’assouplissement de la carte scolaire est-elle une mesure républicaine et durable ?

 

D’une part, le libre choix s’avère quasiment impossible en milieu rural du fait de l’éloignement ce qui porte atteinte au principe d’égalité républicaine : seul un fort développement des internats pourrait pallier à cette faiblesse, dans un souci d’aménagement de ces territoires.

 

D’autre part, la règle de non remplacement d’un fonctionnaire d’Etat sur 2 partant à la retraite met à mal l’assouplissement de la carte scolaire.

 

En effet, de nombreux établissements, insuffisamment dotés en enseignants et donc dans l’incapacité d’ouvrir le nombre de classes nécessaire, ne sont pas en mesure d’accueillir en dehors de leur secteur de recrutement.

 

D’autres collèges ou lycées, victimes de leurs succès, n’ont plus de locaux disponibles pour suivre la croissance des effectifs.

 

En réduisant le nombre des professeurs de 11.200 en 2008 (sur 22.700 agents au total dans la Fonction publique d’Etat), puis de 13.500 en 2009 (sur un total de 30.000) et enfin de 21.000 en 2010 (sur un total de 34.000), le Ministère de l’Education Nationale est dans l’obligation de remplir au maximum les classes et corrélativement d’en supprimer là où elle ne sont pas totalement remplies.

 

Cette démarche comptable contrarie forcément les velléités de certains parents puisque l’offre d’enseignement disparaît çà et là.

Or, fin 2008, Xavier Darcos, devant le Sénat, à l’occasion du budgétaire 2009, s’est engagé à ce que « les établissements qui perdront des élèves en raison de la suppression de la carte scolaire conserveront leurs moyens et les mobiliseront pour améliorer la réussite de leurs élèves, par exemple au travers de projets personnalisés de réussite éducative ».

 

C’est le cas de la moitié des établissements en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) touchés par une hémorragie de départs.

 

Avec des postes en moins au niveau national et des transferts d’enseignants décemment non possibles entre établissements défavorisés et établissements favorisés, l’offre d’enseignement recule en nombre.

 

Elle régresse aussi en diversité car pour assurer des options variées, souvent devant des classes à petit effectif, il faut des moyens en professeurs.

 

La possibilité d’obtenir une affectation dérogatoire sera donc de plus en plus difficile à obtenir.

 

D’ailleurs, dès la rentrée 2000/2011, les parents sont invités à faire le choix d’un établissement où l’élève, en cas d’admission, ne sera pas forcément en mesure de choisir l’option qu’il souhaitait, les places pour les options les plus prisées étant limitées.

 

Le libre choix d’un établissement risque donc de s’accompagner d’options non choisies, la sélection vis-à-vis de ces dernières relevant a priori du niveau scolaire qui ne figure pas dans les critères d’obtention d’une dérogation.

 

Si grâce à l’assouplissement de la carte scolaire, certains élèves rejoindront l’établissement souhaité, ils n’y suivront pas forcément la scolarité désirée.

 

En conclusion, l’assouplissement de la carte scolaire concerne peu d’élèves aujourd’hui (et en concernera encore moins demain), peut s’avérer pénalisante pour le bénéficiaire, ambitionne d’élargir la base sociale de l’élite scolaire au détriment des effets induits de ségrégation sociale.

 

Rien ne sert en effet de « déshabiller Paul pour habiller Jacques ».

 

Au contraire, l’objectif devrait être, partout, l’excellence, c’est-à-dire la capacité des établissements scolaires à sublimer, au niveau des résultats des élèves sortants, le potentiel de réussite des élèves entrants.

 

Il faudrait aussi que soit mise en place, sur un bassin de recrutement des élèves (arrondissement, agglomération, etc.), une offre pédagogique, différentiée mais cohérente, de l’ensemble des établissements scolaires en terme de lutte contre l’échec scolaire ou encore d’ouverture sur le Monde et la citoyenneté.

 

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12/07/2010

25.000 livres pour le Bénin

Qu’est ce qui est le plus précieux pour l’Humanité ?

 

C’est bien entendu l’éducation.

 

Si ce n’est plus la priorité du Président Sarkozy ni du Gouvernement Fillon qui désinvestit dans un secteur qui commande pourtant la richesse (ou la pauvreté) de demain, c’est toujours en revanche la priorité de nombreuses collectivités territoriales.

 

C’est le cas pour la Municipalité de Clapiers qui consacre l’essentiel de son budget de fonctionnement à l’éducation.

 

Cette priorité facilite grandement la coopération décentralisée débutée avec la Commune d’Akpro-Missérété au Bénin qui mise elle aussi sur l’économie du savoir.

 

Le Bénin compte 9 millions d’habitants sur une superficie égale à un 5ème de celle de la France.

 

Le PIB par habitant, en parité de pouvoir d’achat, s’établit à environ 1.500 € au Bénin contre environ 36.000 € en France (soit un rapport de 1 à 24).

 

L’espérance de vie atteint 53 ans contre 46 ans en moyenne en Afrique, tandis que le taux d’analphabétisme s’élève à 60 % contre seulement 37 % en moyenne en Afrique.

 

Ce retard dans la scolarisation des enfants, la Commune d’Akpro-Missérété entend le combler à marche forcée, consciente des enjeux en terme de développement économique et social.

 

Akpro-Missérété compte 80.000 habitants, dont 25.000 enfants scolarisés (le pays est jeune et la démographie galopante).

Cette collectivité jouxte la Commune de Porto-Novo, capitale du pays, située en bord de mer plus au Sud.

 

Il existe, sur cette commune, plusieurs dizaines d’écoles maternelles et surtout primaires, ainsi que plusieurs « CEG » (collèges d’enseignement général), dont certains possèdent, ou ambitionnent de proposer, un second cycle (le niveau lycée).

 

Une délégation constituée de deux élus clapiérois (Nathalie Grondin et Michel Chastaing), d’un franco-béninois initiateur du rapprochement (Eric Gbaguidi) et d’un franco-burkinabé (Irénée Domboué) s’est rendue, fin avril 2010, dans la commune d’Akpro-Missérété rendant la visite effectuée par leurs homologues en avril 2009.

 

La délégation clapiéroise a pu visiter plusieurs établissements scolaires.

 

Un constat détaillé de la situation a pu être établi.

 

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Ecole maternelle et sa salle de classe unique en semi plein-air

 

 

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 Une classe primaire dans une salle en banco

 

 

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 Collège non doté d'un second cycle

 

 

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Elève lisant le discours de bienvenue et présentant les besoins de son école

 

 

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La délégation clapiéroise visitant, en avril 2010, un nouveau collège,

comptant 300 élèves (6ème et 5ème), en pleine forêt

 

 

Les établissements scolaires sont bien répartis sur le territoire d’Akpro-Missérété (75 écoles primaires et 11 maternelles pour le public contre respectivement 18 et 3 pour le privé / 21.429 élèves dans le public pour 3.572 dans le privé / 178 enseignants payés par l’Etat, 201 agents contractuels et 10 stagiaires).

 

Toutefois, ces établissements offrent une capacité d’accueil insuffisante.

 

La lutte pour la scolarisation des filles porte en revanche ses fruits.

 

La restauration scolaire, organisée par des cuisinières libérales, n’est pas présente partout.

 

Les frais de scolarité de l’ordre de 30 € par an sont pénalisants pour les familles, dont certaines dépendent sur ce point de la solidarité publique.

 

Les bâtiments peuvent être en charpente et feuilles de palmiers, en banco non crépi donc facilement érodé par les pluies, en béton armé brut dont les fers sont saillants dans l’attente d’une éventuelle extension à l’étage avec création subséquente d’une coursive en forme de balcon, groupes scolaires modernisés, moins chauds à fréquenter, peints, avec des claustra et un toit plus haut couvert de tôles rutilantes.

 

Bref, l’état du parc peut être qualifié de « à reconstruire » dans un quart des cas, « à requalifier » dans deux tiers des cas et « rustique mais satisfaisant » pour les quelques récentes constructions.

 

La Commune est compétente en matière d’enseignement primaire et fait de gros efforts financiers dans le domaine.

 

Cependant, les nouvelles constructions, ou reconstructions, sont en partie à la charge des parents, de bienfaiteurs Béninois ou d’ONG internationales.

 

L’Etat est en partie défaillant en ne fournissant pas le nombre d’enseignants nécessaire : de ce fait, la Commune se substitue en recrutant des enseignants vacataires.

 

L’Etat est responsable des collèges d’enseignement généraux (appelés CEG) mais peine à fournir les moyens suffisants.

 

Le CEG le plus ancien a 50 ans et le plus récent a ouvert ses portes à la dernière rentrée d’octobre 2009.

 

Les fournitures scolaires, comme le matériel didactique, peuvent être réduits à leur plus simple expression.

 

Des salles de classe sont livrées mais attendent du mobilier pour être opérationnelles.

 

Des rotations d’élèves sont nécessaires dans certains établissements, faute d’enseignants et de places assises suffisantes.

 

Les besoins en bibliothèques ont été signalés partout.

 

Certaines écoles sont électrifiées (mais la plupart ne sont pas éclairées ce qui limite l’amplitude de l’apprentissage) et quelques-unes bénéficient du téléphone ou d’une couverture Wi-Max permettant l’utilisation de la messagerie électronique (si bien entendu du matériel informatique est disponible).

 

Le CEG de l’arrondissement Centre est intéressé par des échanges Sud-Nord et possède une radio, outil pédagogique très valorisant.

Le champ potentiel de coopération entre élèves en France et au Bénin semble large.

 

Notamment, tout apport en matériel ou en infrastructure (construction de bâtiments ou de latrines, creusement de puits, électrification) serait utile.

 

Partout, une forte pénurie de livres s’est faite jour.

 

C’est pourquoi, la Commune de Clapiers s’est lancée dans une grande collecte de livres.

 

L’école Victor Hugo de Clapiers, les collèges François Mitterrand de Clapiers, Pierre Mendès-France de Jacou, de la Voie Domitienne au Crès, les lycées Frédéric Bazille-Agropolis de Montpellier et Georges Pompidou de Castelnau le Lez ont fourni des livres issus de leurs centres de documentation et d’information.

 

Les habitants de Clapiers, sollicités par les média municipaux, ont apporté en mairie plusieurs milliers de romans, livres pour enfants et pour adolescents.

 

La Région-Languedoc Roussillon a, quant à elle, donné près de 20.000 manuels scolaires, après avoir fait montre d’une réactivité organisationnelle extrême.

 

Une convention a été signée par la Région avec le Président de l’Association Amitié France Bénin, René Ahivi (Association « Amitié France Bénin » - BP 34 – 34660 Cournonterral).

 

Des bénévoles ont contribué aux transferts des livres dont Peter Kroger de Clapiers et Nino Métowanou, Président de l’Association montpelliéraine ABEM-ENANGNON.

 

Ces deux associations développent des actions culturelles, caritatives et humanitaires.

 

Tous les ouvrages collectés, au nombre d’environ 25.000, ont été chargés, avec l’aide des Services techniques de la Ville de Clapiers, dans 10 bus de ville réformés achetés, après accord de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, par la Commune d’Akpro-Missérété à TAM (Transport de l’Agglomération Montpelliéraine) pour organiser un service public de transport en commun local et international.

 

C’est à Akpro-Missérété qu’ont été inventés les taxis motos, appelés « zémidjans », (il y en à ce jour 3.200 recensés sur cette commune) : ces derniers se sont depuis étendus à toute l’Afrique.

 

L’augmentation des échanges de marchandises, du nombre de motos et du parc automobile appelle le développement du transport public pour éviter la thrombose de l’axe traversant Akpro-Missérété et menant, à partir du port de Cotonou, vers le Burkina-Faso le Niger et le Tchad, pays sans façade maritime.

 

Les bus et les livres collectés en France ont été acheminés vers le Bénin via le Port de Sète, après embarquement dans un bateau en mode ro-ro (les bateaux rouliers sont des navires dédiés au transport d’engins roulants ou tractables).

 

Comme dans l'émouvant et inoubliable film, "Si tous les gars du Monde" (1956) de Christian-Jaque, les bénévoles, les élus et les institutions se sont mobilisés très rapidement et, en moins d'une semaine, l'opération de transfert des livres a été finalisée.

 

Tous les donateurs ont la satisfaction de savoir que tous ces ouvrages bénéficieront, dès la rentrée scolaire d’octobre, aux enfants d’Akpro-Missérété et aux lycéens de 8 communes (Adjarra, Adjohoun, Aguégués, Akpro-Missérété, Avrankou, Bonou, Dangbo, Sakété).

 

Tous ces élèves ont une grande soif de savoir et ces livres leurs seront précieux.

 

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Trois bus de ville en cours de chargement en juillet 2010

 

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 Palettes de manuels scolaires donnés par la Région Languedoc-Roussillon

 

 

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 Chargement à l'arrière d'un bus de cartons pleins de livres

 

 

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Chargement de la partie centrale d'un bus

 

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Livres en piles bloqués par des palettes et des cartons

 

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La pause (et la pose pour la photo) après l'effort

 

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Une partie de l'équipe de chargement

06/07/2009

Mouvement des associations populaires en colère

Dans la lignée des anciennes, Foyers ruraux, Maisons des jeunes et de la culture, comme des nouvelles plus médiatisées, SOS Racisme, Ni putes ni soumises, Les enfants de Don Quichotte, d’autres associations ont éclos dans nos quartiers et nos villages.

Elles ont largement bénéficié, en son temps, des emplois jeunes mis en place par le Gouvernement Jospin.

Le mouvement citoyen qui les anime vise à l’éducation populaire, à la culture pour tous, à l’épanouissement des individus sur leur territoire, à l’émancipation de tout un chacun.

Des hommes et des femmes se prennent en main pour l’alphabétisation des jeunes et des adultes, pour la formation professionnelle, pour le loisir éducatif, pour le développement du sport. Ce sont des bénévoles et des militants du quotidien.

Leur générosité et leur engagement se heurtent aujourd’hui au désengagement volontaire de l’Etat.

Le Gouvernement Fillon ne partage pas en effet la pensée profonde de Victor Hugo :
« Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison. »

Les délégations de service public que consentait l’Etat (insertion par l’économique, coaching professionnel, accompagnement scolaire, etc.) sont maintenant volontiers confiées à des sociétés privées.

Les subventions précédemment accordées pour soutenir les zones rurales ou les banlieues, que les gouvernements de Gauche savaient productives, sont actuellement au mieux différées et au pire fortement réduites, voire annulées.

Pour défendre une société de justice sociale, 45 associations du Grand Montpellier (notamment ACLE, Passerelles, Nouas, Solidarité DOM-TOM) se sont regroupées le 30 juin 2009 devant la Préfecture de l’Hérault pour manifester leur incompréhension face au désengagement coupable de l’Etat.

Elles ont constitué un Collectif, appelé F2ATP, soit en clair : Fédération des associations et des acteurs des territoires populaires.

Le moment est grave car certaines associations connaissent de sérieuses difficultés de trésorerie tandis que d’autres ont même dû licencier du personnel et réduire leur offre de services, restreignant leur rôle de service public et d’intérêt général.

Le résultat, c’est que tout un pan de la jeunesse et des classes moyennes est sacrifié sur l’autel de priorités budgétaires et idéologiques contestables.

Pourtant, qu’il est beau et qu’il est noble ce combat que mène ces associations pour l’égalité sociale en direction des catégories les plus précarisées de notre société.