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01/04/2013

Comment participer soi-même à la transition énergétique ?

2013 a été déclarée par le Président de la République, François Hollande, « Année de la transition énergétique ».

Comment les ménages peuvent-ils participer au passage progressif d'une offre énergétique basée sur les énergies fossiles à une production d'énergies renouvelables diversifiées ?

Tout d'abord, il est nécessaire de ne plus appréhender l'énergie comme une marchandise disponible sans limite et sans contrainte du moment que l'on en paye le prix.

Par exemple pour l'électricité qui est perdue si elle n'est pas consommée dans la seconde, les particuliers doivent apprendre à s'adapter à la disponibilité de la ressource en évitant d'appeler de la puissance aux heures de pointe (chauffage surtout) mais aussi en programmant le fonctionnement de certains appareils électroménagers en heures creuses.

 Les ménages doivent aussi participer à la production d'énergie décentralisée dont la distribution est peu sujette aux déperditions.

Bien entendu, ils doivent entrer dans une dynamique d'économie d'énergie et d'efficacité énergétique.

Les démarches visant à moins consommer, à produire soi-même mais aussi à mieux consommer l'énergie achetée ne sont pas nouvelles chez les particuliers : mais maintenant nombreux sont ceux qui suivent les pas de ces pionniers en la matière.

Concernant les déplacements, la marche à pied, le vélo et le transport en commun sont bien entendu à privilégier.

Toutefois, tant que la voiture électrique alimentée par la pile à hydrogène n'aura pas émergé, le poste transport sera toujours lourd financièrement pour les ménages.

            Voitures de plus petite cylindrée, moteurs plus performants, conduite « souple », réduction des trajets méridiens, suppression des déplacements inutiles et covoiturage laissent certes des espoirs.

            C'est tout de même essentiellement dans le logement que la sobriété énergétique devrait progresser.

            Présentons ici une expérience individuelle réelle de sobriété énergétique résidentielle.

            Soit une famille de 4 personnes habitant une maison individuelle non jumelée, type F5, de 120 m² habitables (en fait de SHON : surface hors-oeuvre nette), âgée de 20 ans, équipée de double vitrage, doublée intérieurement avec un complexe isolant de 12 cm d’épaisseur, consommant au début de la décennie 90 :

-        14.000 kWh par an de gaz naturel pour le chauffage central et l'eau chaude sanitaire,

-        5.000 kWh par an d'électricité pour l'électroménager, l'éclairage, la ventilation, les auxiliaires de la chaudière à gaz, le four et les plaques chauffantes (pas de climatisation).

            Ce logement pouvait donc être classé :

-        D en terme de consommation d'énergie primaire (175 kWhep/m²/an),

-        D en terme d'émission de gaz à effet de serre (31 kgéq.CO2/m²/an).

            Le propriétaire occupant s'est sensibilisé progressivement aux problématiques énergétiques et a décidé de s'inscrire dans une démarche de progrès.

            L'option prise à consister à s’investir et investir dans :

-        une amélioration des comportements domestiques,

-        l'isolation,

-        des équipements de production d'énergie renouvelables.

Electricité spécifique (éclairage, électroménager dont plaques vitrocéramiques, ventilation, etc.)

Toutes les ampoules à incandescence (pas d’ampoules halogènes ont été remplacées par des ampoules luminescentes compactes.

Des coupures de veille télécommandées ont équipé la télévision et ses périphériques d’une part, l’ordinateur fixe et ses périphériques d’autre part.

La consommation spécifique a ainsi baissé entre 2003 et 2012 de 5.000 kWh annuels à 3.000 kWh, ce qui est cohérent avec un ratio admis de 1.000 kWh par habitant et par an.

L’utilisation d’un ordinateur portable a sans doute contribué à la réduction de la consommation électrique ainsi que le renouvellement d’appareils ménagers en fin de vie.

Isolation

Le garage (ainsi que sa porte) et la buanderie, implantés plein Nord, ont été doublés.

Les combles ont ensuite été sur isolées en 2006 : une couche de laine de roche de 40 cm d’épaisseur a été posée sur le floc d’ouate de cellulose qui avait été soufflée à la construction de la villa entre les pannes de la charpente.

Chauffe-eau solaire

En 2007, un chauffe-eau solaire est venu doter le logement de sa première source d’énergie renouvelable.

Un capteur sous vide de 4 m² (l’équivalent en production d’un capteur plan de 6 m²) couvre les besoins en eau chaude durant quasiment 8 mois par an, à 100 % en dehors de la période de chauffe

Placé en préchauffage de la chaudière au gaz, il permet des économies toute l’année pour l’eau chaude sanitaire, la machine à laver le linge (équipé d’un mitigeur à l’entrée) et de la machine à laver la vaisselle (branchée sur le tuyau d’eau et alimentée au sel de piscine au niveau de son adoucisseur).

C’est l’extension de l’utilisation de l’eau chaude solaire aux appareils ménagers qui améliore grandement la rentabilité de l’équipement.

Panneaux photovoltaïques

Une petite installation photovoltaïque de 18 m² (2 kWc de puissance) équipe depuis 2008 un pan de toit orienté Est-Est-Sud (rendement plus faible mais production plus matinale qu’une orientation plein Sud) avec une production électrique totalement vendue à EDF.

Ce rachat couvre financièrement les frais de gaz naturel et d’électricité.

Résultat sur 10 ans, de 2003 à 2012

La consommation d’électricité a été réduite de 5.000 kWh à 3.000 kWh par an comme décrit plus haut.

La consommation de gaz naturel a chuté de son côté de 15.000 kWh à 9.000 kWh, du fait du chauffe-eau solaire et de l’isolation.

Le ratio de consommation d’énergie primaire est ainsi passé de 175 à 80 kWhep/m²/an, soit une décroissance de plus de 50 %.

Le logement a donc évolué d’un classement D à B.

Concernant les émissions de CO2, elles sont passées de 4 tonnes à 2,5 tonnes, soit une baisse de 40 % environ.

Le classement pour les gaz à effet de serre a donc évolué de D à C (atteint de justesse avec un ratio de l’ordre de 20 kgéq.CO2/m²/an).

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Quels sont maintenant les progrès potentiels ?

Le classement CO2 n’est pas encore satisfaisant et plusieurs investissements sont à projeter pour continuer dans cette démarche de progrès.

L’augmentation des tarifs de l’énergie est à précéder par de nouvelles réductions de consommation.

Un particulier peut adapter sa consommation ou même bricoler lui-même au niveau des travaux nécessaires.

Les artisans de leur côté sont moteurs depuis une dizaine d'années en matière de prescriptions.

Ils sont de bon conseil, compétents, performants : ils maîtrisent bien les techniques de pose comme de maintenance.

Efforts sur la consommation d'énergie spécifique

Lors du renouvellement de l'électroménager, il faut faire l’effort de cibler des appareils très économes, notamment en matière de froid car un réfrigérateur ou un congélateur fonctionnent « toujours », contrairement à un sèche-cheveu ou une perceuse.

Travaux d’isolation

Avec un investissement de l’ordre de 2.500 €, le vide sanitaire pourrait être doté de plaques de liège d’épaisseur par exemple de 12 cm, ce qui améliorerait à la fois le confort d’hiver et celui d’été.

Un gain de l’ordre de 1.000 kWh sur le chauffage pourrait être obtenu.

L’isolation par l’extérieur de la maison permettrait aussi de gagner de l’ordre de 2.500 kWh.

Il s’agit toutefois d’un investissement lourd (de l’ordre de 20.000 €) très difficile à amortir et donc à prévoir seulement au moment du ravalement de façade.

Et surtout à ne pas oublier à cette occasion, sinon c’est un nouveau cycle de gaspillage d’énergie qui repart pour 25 ans !

Ce serait peut-être alors l’occasion, par une sur épaisseur de l’isolant extérieur, de gagner de la place à l’intérieur en ôtant progressivement le complexe isolant dans des pièces dont la décoration serait alors obligatoirement rénovée.

Le remplacement du double vitrage existant par du double vitrage haute performance à rupture de pont thermique ne peut intervenir qu’en fin de vie des huisseries existantes car les temps de retour sur investissement ne sont absolument pas intéressants (ne parlons même pas des triples vitrages économiquement inadaptés aux réalités climatiques du Midi de la France).

Energies renouvelables

Pour le moment, le logement produit de l’ordre de 4.500 kWh d’énergies renouvelables (dont 2.000 vendus et 2.500 autoconsommés), à comparer à sa consommation énergétique totale de l’ordre de 15.000 kWh.

La villa produit donc l’équivalent de 30 % de sa consommation, ce qui est honorable.

L’avenir conduira vraisemblablement à passer au stade du bâtiment à énergie positive, c’est-à-dire produisant plus qu’il ne consomme (ce qui sera le standard en construction neuve dès 2020).

Quel pourrait être la feuille de route ?

Tout d’abord, la pose d’un nouvel équipement photovoltaïque de 3 kWc sur le pan de toit opposé à celui déjà occupé.

Si le tarif de rachat de l’électricité a bien baissé, tout comme les subventions publiques, il en est de même du coût d’investissement (de l’ordre de 13.000 € à ce jour contre plus de 25.000 € il y a 5 ans).

La nouvelle production de 3.500 kWh rapporterait, aux conditions économiques actuelles, de l’ordre de 1.100 € par an, soit un rendement financier au moins le double d’un autre investissement immobilier (achat d’un studio neuf ou d’occasion, d’un meublé touristique, d’une chambre pour étudiant ou pour maison de retraite, etc.).

L’autonomie électrique du logement pourrait être atteinte mais se poserait le problème du coût et de la durée de vie des batteries pour stocker l’électricité.

D’autre part, la villa pourrait être dotée d’un poêle à granulés de bois.

Pour un investissement, franchement très variable suivant le matériel choisi, dans une fourchette de 1.500 à 3.000 €, la consommation de gaz pourrait être réduite à quasiment zéro (maximum de 1.000 kWh).

Le bâtiment verrait ainsi son ratio d’énergie primaire baisser à 10 kWhep/m²/an (soit un classement en A).

2 tonnes de CO2 seraient économisées : le ratio d’émission tomberait à 4 kgéq.CO2/m²/an, donc quasiment à zéro, ce qui classerait le logement en A.

La chaudière au gaz pourrait ne servir que d’appoint et de secours, à condition que le poêle à pellets diffuse suffisamment bien sa chaleur dans toutes les pièces.

L’abonnement de gaz pourrait même être abandonné en dotant le ballon d’eau chaude sanitaire d’une résistance électrique branchée seulement l’hiver (sur cette opération relativement marginale, le gain en énergie primaire serait nul et seul serait enregistrée une amélioration sur le ratio de CO2 réduit à 2 kgéq.CO2/m²/an).

Question finances, il faudrait 2 tonnes de granulés de bois par an, soit une dépense de l’ordre de 500 €, égale à celle de la consommation de gaz naturel (au-delà des presque 200 € annuels d’abonnement).

Conclusion

Moyennant quelques investissements judicieux, la sobriété énergétique résidentielle est possible.

Les schistes bitumineux, les gaz de schiste et autres gaz de houille, dont la consommation agit directement sur le réchauffement climatique, ne pourront jamais se substituer efficacement aux énergies renouvelables dont notre région est richement dotée : vent (en industriel et dans les lieux isolés), bois et solaire (en résidentiel).

Les ménages doivent anticiper et prendre petit à petit leur avenir en main sur le plan énergétique.

Un logement individuel pourrait très bien devenir indépendant énergétiquement dans les 10 années à venir : ce mythe, à portée de la main, est toutefois une coquetterie en zone agglomérée.

05/05/2012

Energies renouvelables électriques en France

L’électricité est devenue indispensable dans notre quotidien : machines soulageant le travail pénible (électro-ménager ou bricolage), éclairage, électronique, audiovisuel.

Nous nous permettons même d’en consacrer l’essentiel à des usages thermiques auxquels peuvent pourtant se substituer de nombreuses autres sources d’énergie.

C’est en réduisant le chauffage à l’électricité et les cumulus électriques chauffant l’eau chaude sanitaire que l’on pourra se passer de nombreuses centrales nucléaires.

En allant vers la suppression de cet usage, il serait possible d’économiser plus de 80 % de la consommation électrique dans les secteurs résidentiels et tertiaires.

En revanche, pour les usages nobles, cités en tête, l’électricité est irremplaçable : elle proviendra à l’avenir soit des centrales nucléaires, soit des énergies renouvelables électriques qui vont être passées en revue dans la présente note.

A ce jour, environ 15 % de l’énergie électrique consommée en France est d’origine renouvelable, essentiellement du fait des usines hydro-électriques dont la production n’est pas extensible et fluctue en fonction de la pluviométrie en zone de montagne.

Le Grenelle de l’environnement prévoit d’atteindre 22 % en 2020, pour respecter les engagements européens de lutte contre l’émission des gaz à effet de serre.

L’éolien, le photovoltaïque, la biomasse solide, le biogaz, la géothermie, l’hydrolien et l’hydraulique terrestre, déjà à maturité, sont l’avenir de l’électricité.

Le France est un des pays européens le plus ensoleillé, le plus venté, le plus agricole (biomasse) et le plus forestier (bois), ce qui donne à notre pays un avantage concurrentiel décisif dans la course aux énergies propres.

Qu’en est-il du bilan du développement des énergies électriques renouvelables en France ?

Observ’ER vient d’éditer un excellent rapport (« Le baromètre 2011 des énergies renouvelables électriques en France ») traitant du sujet, avec des statistiques datant de mi-juin 2011.

L’hydro-électricité

La « houille blanche » représentait plus de 50 % de la production de l’électricité en France dans les années 60 !

C’est bien la politique du tout électrique dans le résidentiel qui a fait baissé cette proportion aujourd’hui aux alentours, bon an mal an, de 12 %.

La puissance hydro-électrique reliée au réseau était égale à 25.717 MW fin 2010.

La production a atteint 67.542 GWH en 2010.

D’ici fin 2020, l’objectif est de faire croître la puissance installée de 3.000 MW.

Cela signifie que 90 % des objectifs sont déjà atteints et les équipements largement existants. 3/4 de la production d’électricité hydraulique vient des massifs montagneux : elle dépend donc largement de la pluviométrie et des chutes de neige sur ces derniers.

Pour 1/3, la production vient de barrages (stockage long intra, voire inter annuel), ensuite du turbinage au fil de l’eau (pas de stockage), d’éclusées (stockage court) et enfin de stations de transfert par pompage (transvasement de l’eau entre deux retenues à des altitudes différentes) qui permettent de stocker de l’eau en altitude en consommant de l’électricité en heures creuses et de la restituer par turbinage en heures de pointe.

D’une manière générale, l’intérêt de l’hydro-électricité est d’être mobilisable en quelques minutes : cette flexibilité est de nature à permettre de couvrir les pics de consommation.

Le Languedoc-Roussillon est équipé d’une puissance hydro-électrique de 730 MW (3 % du national) et a produit 2.349 GWh (9 % du national) en 2010.

Les 3.000 MW de nouvelle puissance d’ici 2020 sont à rechercher dans la rénovation des sites existants, notamment en renouvelant des turbines ou en en ajoutant.

Concernant les nouveaux sites, souvent très impactant en terme d’occupation de l’espace, une étude a démontré qu’ils se trouvaient essentiellement en Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Languedoc-Roussillon (7.278 MW de potentiel recensé).

Les tarifs de rachat de cette électricité hydraulique sont bas : 6,07 cts d’€/kWh plus une prime de 0,5 ou 2,5 pour les petites installations et une prime pour la régularité de la production.

L’éolien

Avec une puissance installée de 6.253 MW fin juin 2011, l’éolien a produit en France 9.988 GWh en 2010 (les éoliennes tournent donc à plein régime l’équivalent de 1.600 heures par an ou encore 4,4 heures par jour).

L’éolien couvrait déjà sur les années 2010-2011 des besoins électriques compris entre 4 et 11 millions de logements, en fonction des saisons (consommation électrique de référence, hors chauffage, d’un ménage français moyen, prise égale à 3.000 kWh/an).

Les objectifs de puissance installée fin 2012 se montent à 11.500 MW et ceux de 2020 à 25.000 MW (dont 6.000 MW en mer) : les 3/4 des efforts restent à faire.

L’objectif de puissance est donc d’égaler ou presque celle de l’hydro-électricité ce qui permettrait d’atteindre plus de la moitié de la production de cette dernière (40.000 GWh contre 75.000 GWh annuels).

La production éolienne est restée confidentielle jusqu’en 2005 avant de prendre son envol entre 2006 et 2010, avec en moyenne 900 MW installés tous les ans.

Toutefois, l’année 2011 a connu un sévère coup de frein sur les investissements.

La France n’en demeure pas moins relativement bien placée, avec une 3ème place en Europe.

En Languedoc-Roussillon, la puissance éolienne installée a atteint 450 MW fin juin 2011 (soit 7 % de la France) et la production 1.201 GWh en 2010 (soit 12 % de la France).

Les parcs éoliens de notre région sont donc beaucoup plus productifs que la moyenne française.

En Languedoc-Roussillon, les Zones de développement de l’éolien (ZDE) prévoient + 25 % sur l’existant dans les années à venir ce qui laissera notre région à un modeste 6ème rang national, d’autant que notre côte n’a pas été retenue pour un grand projet d’implantation éoliennes en mer.

Une nouvelle génération d’éolienne flottante pourrait solution la profondeur des fonds marins, hors de vue de la côte, en Méditerranée.

Le photovoltaïque

Fin juin 2011, la puissance électrique issue du photovoltaïque raccordée au réseau atteignait 1.679 MWc, dont 768 installés en 2010, c’est dire la croissance du secteur et sa nouveauté aussi.

La production s’est montée en 2010 à 656 GWh (soit moins de 7 % de l’éolien !).

L’objectif 2020 est d’atteindre en France 5.400 MWc de puissance installée (nous sommes donc à 1/3 seulement des efforts à faire).

La France est 5ème en Europe mais, fin 2010, notre pays possède un gros retard sur l’Italie (3.478 MWc), l’Espagne (3.808 MWc) et surtout l’Allemagne (17.370 MWc !, soit 10 fois plus de puissance installée qu’en France !!!).

Le Languedoc-Roussillon, avec une puissance de 156 MWc (9,3 % de la France) et une production de 76,4 GWh (11,6 % de la France, soit un avantage concurrentiel de + 25 % sur la moyenne nationale) est la deuxième région française, derrière PACA.

Autant le photovoltaïque a pris un bel et très remarqué envol dans les années 2005-2010 grâce au Grenelle de l’environnement et à une politique volontariste, autant le revirement du Gouvernement Fillon a donné un coup d’arrêt brutal aux investissements des Français.

Le crédit d’impôt a ainsi été abaissé de 50 % à 25 % en 2010.

Pire, les tarifs ont subi 3 baisses successives, dont 12 % mi-2010 et 20 % en 2011.

Une grille complexe de tarifs est appliquée mais les baisses vont globalement de 30 % environ pour les particuliers à 36 % pour les autres installations.

Dorénavant, pour les grosses puissances, l’Etat lance des appels d’offres et les investisseurs proposant les plus bas prix de rachat par EDF sont retenus et les autres rejetés.

Le tarif le plus élevé concerne le résidentiel de petite puissance (inférieure à 9 kWc) avec intégration architecturale dans le bâti (40,63 cts d’€/kWh, après une baisse cumulée de 30 % environ) et le plus faible, les grandes toitures ou les centrales au sol (12 cts d’€/kWh seulement, après une baisse cumulée de 60 % environ).

Du fait de la systématisation des appels d’offres et des tarifs révisables tous les trimestres, les professionnels du photovoltaïque ont perdu toute visibilité à moyen terme.

L’allongement de l’aboutissement des projets – il faut entre 39 et 220 semaines entre le début d’un projet et la vente des premiers kWh – résultent de contraintes administratives croissantes ces derniers temps.

Avec la baisse des tarifs, tout a contribué à refroidir le marché du photovoltaïque en 2011 : ce dernier a ainsi vécu un atterrissage sévère, avec des entreprises fortement malmenées dont certaines ont dû déposer le bilan.

Biomasse solide

Elle est issue des ressources forestières, des déchets de papeterie et de bois en général, de la paille, etc.

Elle nécessite une grosse logistique pour l’approvisionnement.

Elle se valorise dans des unités de cogénération produisant certes de la chaleur mais aussi de l’électricité.

A Mende, une centrale de 75 MW de bois énergie a été créée, concentrant une partie de la ressource en pins noirs de la Lozère, département extrêmement forestier.

La puissance installée a atteint 191 MW en France et la production 1.360 GWh, en 2010.

En réalité, le potentiel français est énorme et quasiment pas exploité à ce jour !!!

En Languedoc-Roussillon, comme dans d’autres régions, se met en place petit à petit une filière bois-énergie, pleine d’avenir.

Une étude a démontré que le bois exploitable facilement en Languedoc-Roussillon (et en évitant le bois valorisable en bois d’œuvre ou en pâte à papier) suffirait à chauffer toutes les habitations de la région, si ces dernières étaient isolées au standard Bâtiment Basse Consommation !

Une partie pourrait donc servir à produire de l’électricité si l’on continuait à utiliser encore du gaz naturel pour le chauffage.

Les tarifs de rachat de l’électricité issue de la biomasse solide sont de l’ordre de 12 à 15 cts d’€/KWh.

Comme pour le photovoltaïque, l’Etat n’encourage pas le développement de la filière biomasse solide, avec des appels d’offres successifs aux règles instables et avec des candidatures instruites sur des durées trop longues.

L’importance stratégique de la filière biomasse solide réside dans sa capacité à créer de l’emploi localement, sans délocalisation possible.

Filière biogaz

La méthanisation des parties fermentescibles des ordures ménagères, des boues de station d’épuration, des déchets des industries agro-alimentaire, chimique ou papetière, de lisiers et d’effluents d’élevage, produit du biogaz.

Ce dernier, via des centrales de cogénération, fournit chaleur et électricité.

Le biogaz peut être aussi récupéré grâce à des drains installés dans d’anciennes déchargse, comme celle du Thôt à Montpellier.

191 MW de puissance installée en France fin juin 2011 et production de 1.005 GWh en 2010 (+ 30 % sur 2010).

Ces 1.005 GWh sont à comparer aux 2.079 GWh produits par les usines d’incinération d’ordures ménagères en France.

L’augmentation de cette production, de l’ordre de 5 % par an ces dernières années, ralentit actuellement car le tri des déchets tarit, lentement mais sûrement, l’approvisionnement des usines d’incinération.

Les collectivités territoriales ont maintenant obligation européenne de trier la part biodégradable des déchets urbains et de réduire la mise en décharge.

L’électricité issue des usines d’incinération est ainsi une filière en voie d’extinction, sans avenir.

En revanche, la méthanisation est considérée comme « la meilleure voie sur le plan environnemental de valorisation énergétique des déchets ».

Les tarifs de rachat de l’électricité issue de la filière biogaz s’élèvent entre 11,19 et 17,37 cts d’€/kWh suivant les plages de puissance et le bénéfice ou non d’une prime d’efficacité énergétique.

Electricité hydrolienne

Avec une puissance installée de 240 MW fin juin 2011 et une production 2010 de 529 GWh, les énergies marines ont pris place dans le panorama des électricités d’origines renouvelables.

Il s’agit d’extraire des courants marins de l’énergie sous forme électrique grâce à des turbines.

L’objectif 2020 est d’atteindre une puissance supplémentaire de 800 MW.

Cette technologie sera réservée à l’Atlantique (technologie très dynamique et opérationnelle des hydroliennes) car il faut des courants de marée supérieurs à 10 km/h et à la Réunion (projets houlomoteurs – technologie crédible, à fort potentiel, mais expérimentale).

Autres sources d’électricité renouvelable

D’autres sources d’électricité renouvelable sont d’ores et déjà identifiées mais elles seront marginales dans le bilan national durant plusieurs décennies.

Il s’agit de l’hydroélectricité d’origine géothermique : 16 MW de puissance actuellement installée pour une production de 15 GWh, avec 2 sites seulement d’exploitation en France.

Citons aussi l’électricité héliothermodynamique : les rayons solaires sont concentrés, au moyen de miroirs suivant la course du soleil, en un point où sont obtenues de très hautes températures.

Le Languedoc-Roussillon est concerné avec le pilote « Thémis » implanté à Targassonne dans les Pyrénées-Orientales près d’Odeillo.

Conclusion

En 2020, compte tenu des objectifs du Grenelle de l’environnement, la production d’électricité renouvelable en France devrait atteindre :

- 75.000 GWh pour l’hydaulique,

- 40.000 GWh pour l’éolien,

- 10.000 GWh approximativement pour la biomasse solide et gazeuse,

- 2.300 GWh pour l’hydrolien,

- et 2.000 GWh pour le photovoltaïque,

- soit un total de l’ordre de 130.000 GWh par an.

Ce n’est rien d’autre que l’équivalent des centrales nucléaires de Fessenheim (12.000 GWh de production pour une puissance installée de 1.800 MW), Chinon (24.000 GWh / 3.800 MW), Flamanville (18.900 GWh / 2.300 MW), Civaux (21.600 GWh / 3.000 MW), Golfech (18.000 GWh / 2.600 MW), Cruas (25.000 GWh / 3.600 MW) et Tricastin (25.000 GWh / 3.600 MW) !!!

Sans compter que l’énergie nucléaire, plus centralisée, est transportée sur de plus grandes distances et donc plus dissipée dans les pertes en ligne !

Les électricités renouvelables sont l’avenir de l’électricité en France : il est nécessaire que les Français s’en persuadent et n’attendent pas tout de l’Etat et des gros investisseurs car ils peuvent être eux-mêmes producteurs et surtout moins gaspilleurs.

20/03/2010

Hérault Energies au service de la fée électricité

La fée électricité s’invite tous les jours dans nos foyers.

 

Qu’elle éclaire, qu’elle chauffe ou qu’elle fournisse la puissance nécessaire aux pompes et moteurs (machines à laver, matériels de bricolage, etc.), comme aux circuits électroniques (téléviseurs, matériels informatiques, etc.), sa disponibilité, nuit et jour, nous semble aller de soi.

 

Pourtant, il faut des machines, des hommes et de l’intelligence pour satisfaire ces besoins.

 

Tout le monde connaît Electricité de France (EDF) qui produit, achète et vend le courant mais peu de gens connaissent la Coopérative d’électricité de Saint-Martin de Londres (CESML) qui en fait de même sur un territoire héraultais constitué des communes d’Argelliers, Aspiran, Aumelas, Bélarga, Brissac, Buzignargues, Campagnan, Campagne, Cazevieille, Cazilhac, Causse de la Selle, Combaillaux, Fontanès, Garrigues, Grabels, Guzargues, Juvignac, La Boissière, Lauret, Mas de Londres, Le Triadou, Les Matelles, Montarnaud, Montaud, une partie de Montpellier, Murles, Murviel lès Montpellier, Notre-Dame de Londres, Paulhan, Pégairolles de Buèges, Plaissan, Popian, Puéchabon, Rouet, Saint-André de Buèges, Saint-Bauzille de la Sylve, Saint-Clément de Rivière, Sainte-Croix de Quintillargues, Saint-Gély du Fesc, Saint-Georges d’Orques, Saint-Hilaire de Beauvoir, Saint-Jean de Buèges, Saint-Jean de Cornies, Saint-Martin de Londres, Saint-Pargoire, Saint-Paul et Valmalle, Saint-Vincent de Barbeyrargues, Sauteyrargues, Valflaunès, Vailhauquès, Viols le Fort et Viols en Laval.

 

En outre, le rôle des communes (propriétaires en réalité des réseaux électriques) ou du syndicat Hérault Energies sont méconnus.

 

Idem pour le rôle d’Electricité Réseau Distribution France, ou ERDF (société créée le 1er janvier 2008 / filiale à 100 % d’EDF / gestionnaire de 95 % des réseaux d’électricité en France) qui intervient sur les réseaux pour les extensions, les renforcements, l’exploitation, l’entretien, les raccordements, les mises en service, les dépannages et les changements de fournisseurs.

 

Pour exploiter leurs réseaux, la plupart des communes héraultaises ont fait appel à un concessionnaire (EDF ou la CESML) puis ont délégué le contrôle de ce dernier à Hérault Energies (dit « autorité concédante » ou encore « autorité organisatrice de la distribution d’électricité »).

 

Ce syndicat mixte, créé par le Département de l’Hérault et d’autres collectivités territoriales, propose un accompagnement technique aux collectivités locales, essentiellement dans le domaine de l’énergie et de l’éclairage public.

 

Hérault Energies mobilise une équipe de 13 agents, dont plusieurs techniciens et ingénieurs.

 

Ce syndicat va fêter le 13 juillet 2010 son 30ème anniversaire.

 

L’objectif principal est de maintenir un service public de l’électricité de qualité, d’aider à la maîtrise de l’énergie et au développement des énergies renouvelables.

 

Toutefois, Hérault Energies propose aussi des compétences à la carte dans le domaine du gaz, des réseaux de chaleur et des réseaux de télécommunication.

 

Aujourd’hui, 317 communes (sur 343 que compte l’Hérault) adhèrent à Hérault Energies.

 

Autour de Montpellier, Campagne, Garrigues, Grabels, Juvignac, La Grande Motte, Lattes, Lavérune, Le Rouet, Pignan, Saint-Jean de Védas, Saint-Paul et Valmalle, Saint-Georges d’Orques, Vailhauquès, Vendargues et Viols en Laval ont fait partie des dernières communes à rejoindre le Syndicat, lors de l’année 2008.

 

Suite aux élections municipales des 9 et 16 mars 2008, plus de 300 délégués (désignés par le Département de l’Hérault, les Etablissements publics de coopération intercommunale - EPCI - et les communes de l’Hérault) ont élu les 30 membres du Conseil syndical qui est l’instance délibérative d’Hérault Energies.

 

Un Bureau composé de 11 membres a reçu du Conseil syndical une partie de ses attributions.

 

C’est Michel Bozzarelli, Conseiller général du Canton de Béziers 3 qui préside Hérault Energies.

 

Comme dans tout syndicat intercommunal chargé d’un service public, une Commission consultative des services publics locaux (CCSPL) a été constituée : elle est chargée d’écouter la voix et d’informer, d’une part, les usagers professionnels du service public de l’électricité, et d’autre part, les usagers individuels représentés par 5 associations de défense des consommateurs (en l’occurrence AFOC, ASSECO, CLCV, INDECOSA-CGT et UFC Que choisir).

 

Hérault Energies (suite au transfert de compétences des communes) a concédé, sur le long terme, la distribution publique de l’électricité à ERDF et à la CESML respectivement le 11 mars 1994 et le 5 décembre 1994.

 

ERDF dans l’Hérault, c’est environ 6.000 km de réseau basse tension (dont 50 % enterrés) et environ 5.000 km de réseau haute tension (dont 40 % enterrés).

 

La CESML, c’est environ 800 km de réseaux basse tension (dont 65 % enterrés) et environ 800 km de réseau haute tension (dont 40 % enterrés).

 

Une convention et un cahier des charges régissent les rapports entre autorité concédante et concessionnaire.

 

Hérault Energies tire ses ressources (environ 8 M€) de subventions du FACE (fonds d’Etat), des redevances de concession versés par ERDF et la CESML et de subventions du Département de l’Hérault.

 

Hérault Energies peut ainsi aider les communes et syndicats de communes, à hauteur de 8 M€, essentiellement les travaux d’électrification rurale mais aussi d’éclairage public et de réseaux de télécommunication.

 

Les réseaux électriques aériens ont bien entendu un impact paysager négatif.

 

De ce fait, la technique de l’enterrement se développe : pour les travaux neufs 2008, 90 % en agglomération, 60 % hors agglomération et 100 % en zone classée.

 

En outre, il subsiste encore des lignes à fil nu (environ 8 % du réseau ERDF) extrêmement sensibles aux aléas climatiques (surtout quand la section du fil est faible, soit sur 30 % du linéaire à fil nu ERDF dans l’Hérault) : leur résorption progressive est en cours.

 

Hérault Energies, au-delà des travaux d’extension et de branchements payés par les bénéficiaires, développe aussi un programme d’investissements, doté de 3 M€ pour renforcer le réseau, renouveler les tronçons vétustes et sécuriser les secteurs vulnérables aux aléas climatiques (givre, neige, vent).

 

Ce qui est recherché est bien entendu la qualité du service, avec 2 critères essentiels : la qualité de tension (elle doit rester dans la fourchette 207 à 243 volts) et le temps de coupure moyen annuel  par abonné (il est d’environ ¾ d’heure par an).

 

D’autre part, Hérault Energies subventionne les communes (environ 1 M€ par an) afin qu’elles améliorent leur éclairage public.

 

Ce sont surtout les petites communes qui bénéficient de ces incitations.

 

D’autres communes se font aider pour mettre en place des réducteurs de tension au cœur de la nuit qui permettent, tout en maintenant une bonne qualité d’éclairement, d’économiser 35 % d’électricité sur l’année.

 

Enfin, Hérault Energies a su anticiper le Grenelle de l’environnement en proposant depuis déjà plusieurs années des services très performants aux communes en matière de politique d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables.

 

Ainsi, en collaboration avec l’ADEME et le Conseil Général de l’Hérault qui participent financièrement, Hérault Energies conseille les élus locaux sur l’utilisation de l’énergie dans l’éclairage public et les bâtiments.

 

Tous les communes du département de l’Hérault peuvent bénéficier du « Conseil en orientation énergétique » (COE) : collecte de toutes les factures énergétiques et audit thermique des bâtiments.

 

Le « Conseil en énergie partagé » (CEP), service aux communes adhérentes au Syndicat, fournit des préconisations sur les travaux d’isolation nécessaires, sur les équipements de régulation thermique, sur le renouvellement des machines thermiques et sur les sources d’énergie renouvelables à développer.

 

Maîtriser l’énergie, c’est en effet pour les communes offrir plus de confort aux habitants et réduire les dépenses de fonctionnement.

 

En 2008, 15 COE, pour près de 30.000 m² de bâtiments et 30.000 habitants ainsi que 20 CEP, pour près de 65.000 m² de bâtiments et 30.000 habitants, avaient déjà été réalisé, preuve de la prise de la nouvelle conscience des élus locaux en matière de maîtrise de la consommation publique d’énergie.

09/11/2009

L’imposture de la taxe carbone (suite)

La « taxe carbone » devrait en fait concerner :

-         les carburants fossiles (c’est le cas avec un renchérissement de 4,11 cts d’€ sur le litre d’essence, de 4,52 cts d’€ sur celui du gazole ou du fioul domestique et de 0,31 cts d’€ sur le kWh de gaz naturel qui subit la plus forte augmentation avec + 7 % sur son prix antérieur),

-         l’électricité qui est produite en partie à partir de centrales thermiques brûlant du fioul ou du charbon (en tenant compte bien entendu que globalement, un kWh électrique correspond à une émission moindre d’un facteur 3,6 pour le fioul et 2,8 pour le gaz naturel),

-         les matières plastiques et synthétiques issues de la carbochimie ou de la pétrochimie (si une partie est recyclée, l’autre est détruite dans des incinérateurs d’ordures ménagères qui relarguent le CO2 dans l’atmosphère).

 

Que peut-on attendre d’une taxe qui, d’avance, est annoncée comme « compensée » ?

 

Où est l’effet incitateur, suite à cette maladresse de communication ?

 

Pour les ménages (un coût moyen de 74 € par foyer fiscal est annoncé pour 2010, soit 35 € par Français), la compensation prend la forme d’un « chèque vert » de 46 € par adulte, en ville, et de 61 € ailleurs (pour les zones rurales plutôt dépourvues de transport en commun), plus 10 € par enfant et autre personne à charge.

 

Quant aux agriculteurs, ils savent déjà que 75 % de la taxe leur sera compensée et les routiers ont aussi reçu une promesse de compensation !

 

Il n’y a que les collectivités territoriales qui paieront sans contrepartie, avec une incidence équivalente potentielle entre 1/4 et 1/2 point d’impôt local supplémentaire.

 

En récapitulant, sur 45.000 kWh que consomme en moyenne tous les ans un Français :

-         directement, soit 20.000 kWh environ, répartis à 50% pour son logement et 50 % pour son transport individuel,

-         ou indirectement, soit 25.000 kWh, pour le transport en commun, les services des administrations ou privés, les biens produits par l’industrie et l’agriculture

seulement 45 % seront assujettis à la taxe carbone !

 

La nouvelle taxe carbone et donc partielle et partiale.

 

D’autre part, le poids de la taxe pèse sur toutes les entreprises, sauf celles peu nombreuses qui exploitent des unités énergétiques de puissance installée supérieure à 20 MW.

 

Notamment, toutes les PME et PMI exportatrices voient leurs charges augmenter tandis que les produits importés échappent au contraire à la taxation.

 

En produisant à l’étranger, une entreprise française peut en revanche y échapper.

 

Cette nouvelle taxe carbone est donc anti-économique et anti-emploi puisqu’elle favorise les importations et les délocalisations.

 

Alors que fallait-il instituer à la place de la taxe carbone ?

 

S’il s’agissait seulement d’instaurer une taxe sur les consommations des produits énergétiques d’origine fossile (l’assiette de la taxe carbone), alors la mise en place d’une TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) complémentaire était idéale (environ 1/5 de majoration) du moment qu’elle était « flottante ».

 

En effet, il aurait été très important que la taxe soit modulable pour gommer les trop fortes fluctuations du prix du pétrole, qu’elles soient à la hausse ou à la baisse.

 

Malheureusement, la TIPP « flottante » étant d’une ancienne revendication du Parti Socialiste et les gouvernements de Droite successifs en ayant refusé le principe, le Président Sarkozy n’a pas voulu écorner son amour propre.

 

Toutefois, pour que l’assise de la taxe carbone soit idéale, il faudrait taxer la matière, les biens et services proportionnellement au CO2 qu’ils engendrent à l’occasion de leur production.

 

Une majoration de TVA, différente en fonction des types de produits, conviendrait parfaitement.

 

La TVA a le grand avantage de s’appliquer aux importations et pas aux exportations.

 

Quant à la compensation, elle aurait dû être exclusivement orientée vers un fonds d’aide aux initiatives des entreprises, des particuliers ou des collectivités territoriales investissant dans des dispositifs d’économies d’énergie (isolation, régulations thermiques, chaudières plus performantes, etc.) ou d’énergies renouvelables (éolien, chauffe-eau solaire, photovoltaïque, bois-énergie, etc.).

 

Pour éviter les redistributions de l’impôt vers les plus aisés, les subventions pourraient être allouées aux ménages sous condition de ressources ou aux bailleurs sociaux.

 

En conclusion, l’analyse fine des conséquences de la taxe carbone permet de conclure à un dispositif dangereux et inefficace, à une occasion gâchée : on comprend mieux, dans ces conditions, la réaction prémonitoire de Ségolène Royal qui a su s’opposer à temps à « ce nouvel impôt écologiquement inefficace et socialement injuste ».

07/11/2009

L’imposture de la taxe carbone

La taxe carbone décidée par la Majorité gouvernementale (approbation par le Parlement français les 23 et 24 octobre 2009) est une imposture car :

-         elle est partielle et partiale (certains gaz à effet de serre, l’électricité et les gros émetteurs de CO2 consommant du charbon, du fioul lourd ou du kérosène, sont exonérés),

-         elle est anti-économique et anti-emploi puisqu’elle favorise les importations et les délocalisations,

-         elle prend la place de dispositifs fiscaux beaucoup plus efficaces comme la TIPP flottante ou encore la TVA modulable en fonction des émissions de gaz à effet de serre nécessaires à la production du bien ou du service.

 

Le principe de la taxe carbone consiste à mettre en place une taxe environnementale sur l’émission de carbone sous forme de gaz dans l’atmosphère terrestre (d’un montant de 4,8 milliards d’€ pour l’année 2010, sachant que la taxe carbone est assujettie à la TVA).

 

Cantonner la taxe aux émissions de CO2 (dioxyde de carbone ou gaz carbonique) est déjà en soit une imposture car d’autres gaz contenant du carbone sont aussi des gaz à effet de serre (GES) ayant pour conséquence le piégeage de l’énergie d’une partie du rayonnement solaire dans notre atmosphère.

 

Notamment, le méthane, CH4, a un impact en terme d’effet de serre 25 fois supérieur au CO2. De ce fait, une vache contribue annuellement au réchauffement climatique comme une voiture qui effectuerait 200.000 kilomètres par an (à 120 grammes d’émission de CO2 au kilomètre).

 

Rappelons que la France s’est donnée comme objectifs de réduire ses émissions de GES de 20 % en 2020 et de les diviser d’un facteur 4 en 2050.

 

Une taxe environnementale donne un signal-prix : elle pousse à économiser l’énergie. C’est une incitation à compenser la hausse des prix unitaires par la baisse des volumes consommés.

 

Pour être efficace, une taxe environnementale doit être augmentée progressivement tous les ans d’un taux supérieur à celui de la croissance du pouvoir d’achat. En effet, c’est le prix global de l’énergie, y compris les taxes, qui compte.

 

Pour inciter à investir dans les économies d’énergie et dans les énergies renouvelables, le montant de cette taxe environnementale doit être planifié sur plusieurs années : c’est la condition nécessaire pour permettre l’adaptation des acteurs économiques.

 

La taxe carbone créée par la Gouvernement Fillon et fixée dans son montant par le Président de la République lui-même répond aux conditions précédemment décrites : d’un montant de 17 € la tonne dine CO2 émise à partir du 1er 2010 (le rapport Rocard mettait la barre d’emblée à 32 € et les Verts à l’Assemblé nationale ont plaidé pour ce même montant dès 2010), elle augmentera jusqu’à 100 € la tonne en 2030.

 

Mais alors, en quoi est-ce une imposture ?

 

Tout d’abord, la « taxe carbone » ne touche pas les gros émetteurs de CO2 (centrales électriques au fioul ou au charbon, aciéries, grosses industries, transport aérien) puisque les « installations fixes de plus de 20 MW » sont exclues du dispositif.

 

En effet, les grosses industries se sont vues allouer par l’Union Européenne des quotas d’émission de CO2. L’entreprise qui réduit ses émissions peut vendre ses quotas inutilisés à une entreprise qui au contraire les augmente. La tonne de CO2 est donc cotée « en bourse ». De 2005 à 2007, le dispositif a été en période de test (pénalité pour émission illégale fixée à 40 € avec obligation d’acheter des permis d’émettre pour être en règle) puis, sur 2008-2012, nouveau plan d’allocation de quotas approuvé par l’Union européenne avec une pénalité augmentée à 100 €/tonne.

 

Malheureusement, parti à 25 € début 2006, le prix de la tonne de CO2 s’est effondré mi-mai 2006 du fait d’une émission excédentaire de quotas. Certains estiment ce surplus de 400 millions de tonnes de crédits CO2 soit un bénéfice prévisionnel de 5 milliards d’€ en Europe) pour les vendeurs.

 

En France, le surplus serait de 20 millions de tonnes de CO2, sur 2008-2012, soit une plus-value potentielle de 280 millions d’€.

 

Pour Damien Demailly du WWF-France : « L’Europe doit rectifier le tir sans plus attendre et passer à un objectif de réduction de ses émissions beaucoup plus ambitieux. Elle s’est engagée l’année dernière à réduire ses émissions de 20 %, voire de 30 % en cas d’accord international ».

 

Suite de la note le 9 novembre 2009