Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

03/08/2010

Les grandes manœuvres

L’eau brute fait l’objet de beaucoup de réflexions en ce moment.

 

Venue du Rhône, cette ressource en eau abondante permet de faire face aux besoins d’irrigation et de potabilisation des alentours de Montpellier pour les prochaines décennies.

 

L’eau du Rhône contribue aussi à soutenir les débits d’étiage du Lez et du Salaison.

 

Sans eau, l’agriculture languedocienne ne peut pas se diversifier.

 

Or, l’arrachage des vignes libère beaucoup de terres.

 

Les nouvelles pistes de productions (pois chiches, chanvre, plante sucrante comme la Stevia rebaudiana, plantes aromatiques et médicinales) comme d’autres cultures plus traditionnelles (raisin de table, maraîchage, blé dur) ne sont pas envisageables sans apport d’eau.

 

IMG_6216.JPG

Expérimentations de grandes cultures irriguées 

 

De même, sans irrigation, il n’est pas possible de mettre en œuvre des filières de production fourragère et protéagineuse biologiques (foin de fauche, luzerne et autres légumineuses, colza, tournesol, etc.) permettant d’alimenter les éleveurs des montagnes sèches environnantes (fabrication de pélardons, veaux sous la mère, etc.).

 

mar38.jpg

Exemple d'irrigation économique par pivot développable en zone de plaine

 

Notre climat méditerranéen est en effet chiche en précipitations (600 à 800 mm sur les zones littorales et de plaines) et surtout prodigue en sécheresse estivale.

 

La viticulture de qualité, confrontée à la féroce concurrence des « Pays du Nouveau Monde », doit aussi maîtriser les apports hydriques.

 

50 ans après la construction du Canal Philippe Lamour et le semi-échec de la diversification (seule la plaine de Mauguio s’est véritablement mise à l’arboriculture, l’horticulture et la floriculture), les décideurs anticipent les besoins en eau de demain, notamment en terme de potabilisation.

 

Une agriculture à haute valeur ajoutée, une ceinture verte de la capitale régionale, générant des flux vertueux sur le plan environnemental dans le cadre de circuits courts de commercialisation, passe par la maîtrise de l’eau.

 

IMG_4779.JPG

 

Melons sous tunnel irrigués en goutte à goutte

(l'Hérault est le premier producteur français de melons charentais au mois de juin)

 

Concernant l’eau potable et donc la présence humaine et son confort, le département de l’Hérault peut compter aujourd’hui sur des sources karstiques à l’intérieur des terres, la nappe astienne en bord de mer et les champs drainants du fleuve Hérault.

 

L’exploitation de ces ressources naturelles étant déjà largement optimisée, il ne reste plus pour des développements futurs que l’eau brute et un jour – mais à quel coût et avec quelle débauche d’énergie ? – l’eau de la Méditerranée à désaliniser.

 

La bataille pour la disponibilité de l’eau a donc commencé.

 

Elle se mènera dans un premier temps sans l’Etat qui s’est désengagé fortement en terme d’appui aux aménagements hydrauliques.

 

Pourtant, les fameux crédits du chapitre 61, article 40, ont permis pendant des décennies de subventionner généreusement les projets à hauteur de 80 %, en misant sur une rentabilité à long terme.

 

L’Europe peut en revanche être intéressée par un projet ambitieux comme celui d’Aqua Domitia.

 

Toutefois, le poids essentiel des investissements nécessaires reposera sur les collectivités territoriales et sur les usagers d’eau d’irrigation ou d’eau potable.

 

Premier verrou à faire sauter, auquel s’emploie la Président de la Région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, toujours aussi visionnaire : faire baisser le prix facturé par Bas-Rhône Languedoc (BRL) pour la livraison d’eau brute, trop coûteux en l’état.

 

La Communauté d’Agglomération de Montpellier (CAM) que préside aussi Georges Frêche s’emploie à négocier de nouveaux tarifs : une baisse des prix stimulerait la demande et l’augmentation de cette dernière permettrait un meilleur équilibre des comptes de BRL, comptes fortement impactés par des charges fixes conséquentes.

 

La CAM est cliente de BRL depuis l’année 1992 qu’elle restitue dans le Lez un débit de 800 l/s en saison sèche (soutien d’étiage visant à compenser l’impact sur les écoulements naturels des prélèvements d’eau potable à la Source du Lez).

 

restin 075.jpg

Soutien d'étiage du Lez le plus à l'amont

au droit du Domaine de La Valette sur la commune de Clapiers

 

De même, la CAM a repris le contrat liant la Commune du Crès à BRL pour le soutien, dans le cadre de la Charte du Salaison, du débit d’étiage de ce petit fleuve se jetant dans l’étang de l’Or, à hauteur de 10 l/s (tout de même l’équivalent de 100.000 m3 par été).

 

En outre, la Communauté d’Agglomération de Montpellier est doublement intéressée par l’eau brute, ayant récemment pris la compétence « Eau brute » (le 1er janvier 2009) et « Eau potable » (depuis le 1er janvier 2010).

 

Il en est de même pour la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup qui a pris la compétence « Eau potable » le 1er janvier 2010 et s’intéresse maintenant avec insistance à la compétence « Eau brute ».

 

En effet, la maîtrise de l’eau est nécessaire dans le cadre des grandes décisions d’aménagement du territoire auxquelles président les communautés urbaines, d’agglomération ou de communes.

 

Autour de Montpellier, quatre grands sites de potabilisation de l’eau brute se dessinent :

-         Portaly, aux portes du Zénith, entre Mauguio et Montpellier à l’extrémité du Canal Philippe Lamour, qui traite l’eau du Rhône pour un compléter l’été l’alimentation de la Ville de Montpellier,

-         Arago, au dessous de bois de Montmaur, dans le quartier Hôpitaux-Facultés de Montpellier, qui peut recevoir en secours de l’eau du Rhône via le pompage de Portaly, le château d’eau BRL du Crès et les canalisations traversant le Lez au Domaine de La Valette à cheval sur Clapiers et Montpellier,

-         Fabrègues pour le renfort du Syndicat du Bas-Languedoc (24 communes de l’Ouest de Montpellier alimentées),

-         Bois du Peillou, sur la commune de Saint-Hilaire de Beauvoir, en vue de compléter les ressources du Syndicat Intercommunal de Garrigues-Campagne (24 communes du Nord-Est de Montpellier adhérentes).

 

Sur le plan institutionnel, les prochaines années vont vivre la disparition des syndicats d’eau existants, les communautés de communes et les communautés d’agglomération prenant les commandes.

 

D’ores et déjà, ces instances ont élu des représentants (précédemment désignés par les conseils municipaux des communes membres) dans les assemblées délibérantes de ces syndicats.

 

Le Syndicat intercommunal des travaux d’irrigation dans la vallée du Salaison (SITIVS) devrait être notamment dissout le 31 décembre 2010.

 

Regroupant 6 communes (Assas, Clapiers, Guzargues, Jacou, Teyran, Vendargues), ce syndicat a développé de façon originale, à l’image du Syndicat du Nord-Sommiérois, voisin du Gard, la distribution d’eau brute auprès des agriculteurs et des particuliers, évitant à ces derniers d’arroser leur jardin avec de l’eau potable.

 

Le SITIVS couvre une zone non concédée par l’Etat à BRL.

 

Le cas du Syndicat intercommunal de Garrigues-Campagne (SIGC) est encore plus emblématique de la nouvelle donne institutionnelle.

 

Ce syndicat d’eau potable est dirigé par 48 délégués dont 18 issus de la Communauté d’agglomération de Montpellier (Baillargues, Beaulieu, Castelnau le Lez, Castries, Clapiers, Montaud, Restinclières, Saint-Drézéry, Saint-Geniès des Mourgues), et 14 de la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup (Assas, Fontanès, Guzargues, Teyran, Saint-Bauzille de Montmel, Sainte-Croix de Quintillargues, Saint-Vincent de Barbeyrargues) que 12 autres délégués provenant de la Communauté de communes Ceps et Sylves (Buzignargues, Campagne, Galargues, Garrigues, Saint-Hilaire de Beauvoir, Saint-Jean de Cornies) pourraient rejoindre, au cas où cette dernière intercommunalité fusionnerait avec la Grand Pic Saint-Loup.

 

Les quatre derniers délégués sont issus des communes de Boisseron et de Saussines, toutes les deux membres de la Communauté de communes du Pays de Lunel qui, tôt ou tard, se dotera de la compétence « Eau potable ».

 

D’autre part, le SIGC a pris très récemment, à contre courant du mouvement observé, la compétence « Eau brute » pour quelques communes, dont certaines du Grand Pic Saint-Loup qui se prévaut maintenant de cette compétence !

 

A terme, c’est le Grand Pic Saint-Loup qui aura le dernier mot et gérera en direct l’eau brute.

 

Que ce soit pour l’eau potable ou l’eau brute, le mouvement de simplification administrative actuel fait perdre au SIGC sa légitimité historique, ce syndicat devenant une sorte d’écran entre les usagers et les collectivités qui détiennent vraiment les compétences.

 

Il se peut fort dans ces conditions que le Préfet de l’Hérault souhaite, comme pour le SITIVS, la disparition du SIGC dans les années à venir.

 

Plus globalement, l’exercice de la compétence « Eau brute » va nécessiter la mise en œuvre de fonds colossaux (le coût d’un double réseau qui va s’étendre très progressivement dans la plaine agricole et dans les nouveaux quartiers à urbaniser) dont la mobilisation n’est envisageable qu’au niveau des communautés de communes et d’agglomération.

 

Pour mémoire, les réseaux d’eau et d’assainissement en France ont nécessité une capitalisation de l’ordre de 200 milliards d’€ ce qui représente un patrimoine collectif d’environ 7.000 € par ménage français.

 

Ces sommes donnent un ordre de grandeur de l’effort gigantesque qu’il faudra fournir, au moins en Languedoc-Roussillon, pour sécuriser notre approvisionnement en eau en développant la desserte en eau brute.

 

 

Le « Pôle Eau » de Montpellier, dernièrement labellisé par l’Etat comme pôle de compétitivité à vocation mondiale, est un atout dans la grande bataille de l’eau à mener.

23/11/2009

La crise agricole frappe aussi durement le Montpelliérais

La Fédération du Parti Socialiste de l’Hérault a organisé à Capestang, le lundi 16 novembre 2009, un débat sur la viticulture et l’agriculture en général.

 

Claude Nayral, Secrétaire de la section de Capestang a accueilli les 200 participants, sur une commune traversée par l’emblématique Canal du Midi et restée fortement viticole.

 

Robert Navarro, Premier secrétaire fédéral de la Fédération de l’Hérault, a précisé le cadre de la soirée : alimenter le débat national pour parvenir d’ici juin 2010 à une profonde rénovation du Parti Socialiste.

 

Michel Chastaing, Secrétaire fédéral à l’agriculture et à la ruralité de la Fédération de l’Hérault, a présenté les apports majeurs du Parti socialiste au secteur agricole avec comme résultats remarquables :

-         une forte revalorisation des retraites des exploitations agricoles,

-         le vote de la loi d’orientation agricole de 2000,

-         la mise en place des contrats territoriaux d’exploitation, ensuite supprimés par le Gouvernement Raffarin, pour éviter un prélèvement sur les primes des grands céréaliers.

 

PSCapestang2.jpg 

La rénovation du Parti Socialiste passe aussi par une victoire aux élections régionales de mars 2010

 

 

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy a une vision de la France strictement urbaine, contrairement à celle de Jacques Chirac, ancien ministre de l’agriculture, défenseur de la Corrèze, et au-delà, de l’agriculture de montagne.

 

Un symbole fort pour le Midi : c’est la première fois qu’un candidat ne buvant jamais de vin est élu Président de la République française.

 

Au-delà de ce constat sur un désamour croissant entre gouvernement actuel et paysans, Michel Chastaing a souligné l’intensité de la crise agricole, conséquence directe de la crise financière.


Après octroi de 200 M€ d’aides publiques, notamment européennes, en 2007 et 2008, le revenu net d’exploitation agricole (dit RNEA) en Languedoc-Roussillon est passé de 300 M€ en 2007 à 150 M€ en 2008 !

 

La baisse du revenu agricole a été de 60 % entre 2007 et 2008 en Languedoc-Roussillon !

 

Sans les primes, les agriculteurs de notre région auraient dû débourser 50 M€ de leur poche tout en devant vivre 12 mois sans aucun revenu : on comprend que la révolte gronde !

 

90 % des agriculteurs du Midi sont dans l’incapacité de payer le solde annuel de leurs cotisations sociales qui intervient en novembre 2009.

 

Qu’en est-il de l’agriculture autour de Montpellier ?

 

A l’évidence, le mouvement de disparition des exploitations s’y observe comme dans le reste du département et de la région.

 

L’urbanisation consomme de l’espace tout en générant des rentrées financières non négligeables pour les propriétaires terriens, dont certains sont agriculteurs.

 

La mise en place de Schéma de cohérence territoriale (SCOT) de la Communauté d’agglomération de Montpellier a le double intérêt :

-         de réserver des secteurs à l’agriculture,

-         d’envoyer un signal fort aux propriétaires sur le risque qu’ils prennent pariant sur une urbanisation future de terres, pour l’instant en zone naturelle.

 

Il est tout de même évident que certains propriétaires anticipent une plus-value sur leur foncier d’où le refus de location aux paysans et l’apparition de nombreuses friches qui viennent miter un paysage dont la qualité est souvent liée à la présence de cultures.

 

Globalement, l’agriculture autour de Montpellier est plutôt moins en difficulté.

 

Les explications sont les suivantes :

-         il s’agit d’une agriculture plus diversifiée avec du maraîchage, des fruits (objet de crises cycliques), des grandes cultures irriguées,

-         la proximité de consommateurs avisés et à fort pouvoir d’achat offre des opportunités de vente en circuit court, avec des prix plus équitables pour les paysans,

-         de grands propriétaires fonciers, fraîchement installés, tiennent leur fortune d’une autre activité économique et ne recherchent pas forcément la rentabilité de leur exploitation, ayant en fait une approche patrimoniale,

-         l’agriculture familiale, la plus exposée à la crise, est moins nombreuse que dans le reste du département et de la région et, point positif, bien organisée en coopératives.

 

Toutefois, l’agriculture entre Sète et Montpellier d’une part, Montpellier et Nîmes d’autre part, régresse en surface et encore plus en nombre d’agriculteurs.

 

L’agriculture autour de Montpellier est donc menacée d’une disparition lente : elle doit donc faire l’objet d’une grande attention à la fois des consommateurs, des citoyens et des pouvoirs publics.

 

PSCapestang1.jpg
Beaucoup de militants socialistes mais aussi beaucoup de viticulteurs et d'agriculteurs présents

 

Lors de la soirée de Capestang, Thierry Garriguenc, Président de la Cave coopérative de Roquebrun, a notamment parlé de la très faible récolte régionale en 2009 (12 Mhl), du négoce affaibli, de la demande européenne qui baisse, de la nécessité de réorganiser l’outil de production, de réguler les marchés via l’Union européenne et de gérer l’après monoculture de la vigne en maintenant une activité agricole.

 

Serge Azaïs, le second intervenant professionnel, ancien porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, a regretté le quasi tarissement de l’installation des jeunes, l’absence d’une interprofession viticole unique sur la région et le retard pris en matière de production Bio.

 

Georges Frêche, Président de la Région Languedoc-Roussillon, venu écouter les échanges, a décrit les grands domaines d’intervention de la Région Languedoc-Roussillon : notamment les actions pour exporter (Sud de France), pour favoriser la diversification (projet Aqua Domitia d’amenée de l’eau du Rhône jusque dans les Pyrénées-Orientales pour permettre la diversification des cultures) et pour développer la consommation du Bio dans les restaurants scolaires des lycées.

 

Le Montpelliérais est aussi touché par la crise, la plus grave depuis 1907 et l’historique « Révolte des Vignerons » qui avait engendré un engagement solennel des maires à soutenir la viticulture : le « Serment d’Assas », intervenu en réalité au Pavillon populaire à Montpellier, sur l’Esplanade.

 

Les aides de la Région Languedoc-Roussillon seront fort utiles aux nombreux viticulteurs, arboriculteurs, céréaliculteurs, maraîchers qui veulent continuer à vivre de leur travail autour de Montpellier.