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28/02/2013

Clapiers se chauffe au bois

Une chaufferie-bois vient d’être mise en service sur la commune de Clapiers.

Alimentée en granulés, elle est destinée à chauffer le site du Calvaire de l’Ecole élémentaire Victor Hugo.

Ce bâtiment scolaire accueille environ 250 enfants et une dizaine d'adultes constituant l'équipe pédagogique.

Quel a été le cheminement intellectuel conduisant à la mise en place de cet équipement ?

Tout d’abord, la disponibilité énergétique est un enjeu national d’avenir, en termes de maintien de notre niveau d’activité, de productivité, de liberté de déplacement, de niveau de vie et de confort.

La dépendance énergétique française vis-à-vis de l’étranger et la flambée inexorable des prix du fait de la raréfaction des énergies fossiles conduisent tout droit à des tensions géopolitiques, à des risques de pénuries et à la précarité énergétique (par définition, pour un ménage, plus de 15 % du revenu consacré à l’énergie).

La lutte contre le réchauffement climatique relève en outre de la responsabilité et de la mobilisation de tout un chacun.

Les élus, comme leaders d’opinion, et les collectivités territoriales, comme promoteurs d’exemples, ont un rôle de précurseurs à jouer.

En matière de transition énergétique, l’équation à résoudre est la suivante :

  • plus de sobriété = baisse des consommations et des gaspillages (choix du transport en commun, isolation du bâti, meilleure gestion des bâtiments, etc.),

  • plus d’efficacité = amélioration du rendement des machines thermiques (moteurs « à explosion », machines frigorifiques, chaudières, etc.),

  • production d’énergies renouvelables.

Quand on est humaniste, il est difficile en effet d’imaginer nos contemporains épuisant des ressources indispensables aux générations futures.

Nous avons donc plusieurs impératifs :

  • gagner notre indépendance vis-à-vis du charbon, du pétrole, du gaz naturel, forts émetteurs de gaz à effet de serre (décarbonisation nécessaire de l’économie) et générateurs de déficit commercial,

  • nous désengager progressivement du nucléaire, compte tenu des risques liés aux émissions accidentelles de radioactivité et de gestion sur le très long terme des déchets radioactifs,

  • réserver l’électricité à ses usages spécifiques (éclairage, ventilation, fonctionnement des moteurs, communication, informatique et audiovisuel) en évitant de la transformer en chaleur (énergie dégradée facile à produire ou à capter localement),

  • produire de façon décentralisée des énergies renouvelables pour stimuler l’innovation, les emplois non délocalisables et exploiter nos propres avantages concurrentiels (biomasse agricole en zone de grandes cultures, hydrolien en Bretagne, vent et soleil sur la côte méditerranéenne, etc.),

  • réduire la facture énergétique pour plus de compétitivité.

Source d'énergie

Prix du kWh en centimes d'euros

Electricité

12,5

Propane

12

Fioul

9,5

Gaz naturel

6,5

Granulé bois en vrac

5

Bois bûche

3

Plaquettes forestières

3

Broyat de bois propre usager

1

Source : Association des communes forestières de l’Hérault

Concernant le chauffage des logements comme des équipements tertiaires (commerces, bureaux, établissements scolaires, …), le bois offre une opportunité moderne et séduisante.

Car, pour une collectivité territoriale souhaitant respecter les engagements du Grenelle de l’environnement, le choix du bois-énergie apporte la solution la plus complète et la plus cohérente.

En effet, le bois est un combustible renouvelable.

Il provient d’arbres d’un certain âge (nettoyage après coupe de bois d’industrie ou éclaircie de résineux essentiellement) qui cèdent la place à de jeunes pousses vigoureuses captant davantage de gaz carbonique (principal gaz à effet de serre) que leurs prédécesseurs.

Le gaz carbonique libéré par combustion est ainsi rapidement capté par la végétation (« cycle court du carbone ») et non stocké définitivement dans l’atmosphère comme avec les énergies fossiles.

En outre, le prix d’approvisionnement du bois-énergie est faible, peu spéculatif et stable.

Enfin, sa production stimule l’emploi et les métiers locaux (ingénierie et production pour les chaudières, bûcheronnage, débardage, transformation, livraison).

Les massifs forestiers du Somail et de l’Espinouse dans l’Hérault, des Cévennes dans le Gard, les pins sylvestres de Lozère et même les pins d’Alep du Nord de Montpellier, exploités dans le cadre de sylvicultures respectueuses de l’environnement sont particulièrement bien adaptés, en Languedoc-Roussillon, à fournir les chaufferies-bois tertiaires et résidentielles.

Il y a lieu de privilégier la ressource issue de forêts faisant l'objet d'une gestion durable ce qui est le cas des forêts domaniales et communales gérées par l'Office National des Forêts, pour la plupart déjà labellisées PEFC (la création du Programme Européen des Forêts Certifiées date de juillet 1998).

Une étude commanditée par le Conseil Régional Languedoc-Roussillon a démontré que le bois local facilement mobilisable, sans nouveaux travaux d'infrastructures routières, sans concurrencer les filières d'approvisionnement des industries papetières, suffiraient à chauffer tous les logements du Languedoc-Roussillon, une fois ces derniers mis aux normes de la réglementation thermique 2012.

Une étude commanditée par l'ADEME (rapport national intitulé « Evaluation des emplois dans la filière biocombustible » finalisé en avril 2007) précise que si la filière des bio combustibles représentait 60.000 emplois en 2006 (dont 40 % informels), il peut être projeté pour 2015, 85.000 emplois (dont 34 % informels).

Bien entendu, le bois-énergie n'est vertueux que si la ressource mobilisée est à proximité et n'entraîne pas des déforestations dans des pays pauvres ou des transports inconsidérés.

A Clapiers, le site du Calvaire de l'Ecole Victor Hugo (1.200 m² de surface et 3.000 m3 de volume) était chauffé jusqu'à présent grâce à des convecteurs électriques.

Un choix politique a permis de s'inscrire dans la modernité en choisissant délibérément comme combustible le bois.

Dans un premier temps, les études préalables mettaient en avant à Clapiers l'utilisation des plaquettes forestières (3,8 kWh/kg d'apport énergétique à 25 % d'humidité / densité de 0,25).

Le rapport de l'ADEME chiffrait à 150.000 tonnes leur utilisation en 2006 et prédisait une explosion de leur usage à 6.000.000 tonnes en 2015 (soit 1.300.000 tep ou tonnes équivalent pétrole).

Le recours au bois-bûche (3,5 kWh/kg d'apport énergétique avec des bûches sèches / densité de 0,75) était à écarter localement d'office car l'approvisionnement des chaudières ne peut pas être automatisé, ce qui est rédhibitoire en collectivité.

C'est en fait un approvisionnement local de granulés de bois qui a été choisi (5,0 kWh/kg d'apport énergétique à 8 % d'humidité / densité de 0,7 en vrac, sachant qu'un granulé seul coule dans l'eau puisque sa densité vaut approximativement 1,2).

Le granulé (ou pellet) est fabriqué à partir de résidus de scierie (sciure et copeaux) et même de petits bois ronds issus d'essences résineuses.

Sa fabrication (compression sans additif) nécessite entre 1,3 et 2,7 % de l'énergie qu'il contient (« énergie grise »).

L'étude de l'ADEME évoquée plus haut chiffrait à 150.000 tonnes sa production en France en 2006 (pour une consommation nationale de 200.000 tonnes soit un ratio d'autosuffisance de l'ordre de 75 %) et prédisait le triplement de cette dernière d'ici 2015 à 450.000 tonnes (soit 240.000 tep), avec un équilibre entre l'offre et la demande, c'est-à-dire corrélativement l'arrêt des importations.

Globalement, la filière bio combustible représentait 60.000 emplois (dont 40 % d'emplois informels) et devrait atteindre 85.000 emplois en 2015 (dont plus que 34 % informels).

Pourquoi cet arbitrage à Clapiers au profit du granulé bois et au détriment de la plaquette forestière ?

Parce que la deuxième solution génère un volume de stockage plus volumineux et donc la construction d'ouvrages de génie civil plus importants, avec une emprise au sol plus forte.

L'investissement est aussi globalement plus lourd avec la plaquette forestière.

En outre, les chaudières les brûlant sont plus sophistiquées et plutôt réservées à de forts besoins de chauffe : elles doivent tourner à puissance nominale (souplesse de charge faible) ce qui oblige à doubler avec une chaudière au gaz naturel (ou au fioul en milieu rural) pour fournir l'énergie en début comme en fin de période de chauffe, en substitution, ou encore au moment de la pointe de froid hivernale, en complément.

Les chaudières à granulés existent en petite puissance (exemple des équipements de particuliers qui s'approvisionnent souvent en sacs de 15 kg) ce qui permet de s'équiper de 2 chaudières au lieu d'une pour avoir, en cas de panne, un secours dans l'attente de la réparation.

Le point fort de la plaquette forestière est cependant l'emploi puisque 6,4 ETP (équivalents temps plein) sont générés pour une énergie de 1 ktep (contre seulement 1 ETP pour le granulé bois).

Si le granulé bois est plus coûteux à l'achat (0,05 €/kWh au lieu de 0,03 €/kWh pour la plaquette forestière), la mise aux normes thermiques préalable du bâtiment chauffé abaisse tellement la consommation (de – 60 % à – 90 % suivant les cas) que les enjeux financiers s'en trouvent fortement relativisés, au regard du renchérissement de l'amortissement de l'investissement.

Parce que c'est un combustible plus dense (700 kg la tonne contre 250 pour la plaquette forestière), moins humide (8 % d'eau contre 25 %), donc plus énergétique (moins d'énergie à consacrer à l'évaporation de la vapeur d'eau) – 5,0 kWh au kg contre 3,8 – le granulé bois est d'utilisation avantageuse.

En fait, on dit souvent que le granulé bois est un « concentré d'énergie » puisqu'il apporte, pour une même masse, 30 % de plus d'énergie que la plaquette forestière (même si bien sûr le fioul domestique en apporterait 2,3 fois plus, à masse égale, mais à quel prix social, économique et écologique ?).

A Clapiers, l'approvisionnement des deux chaudières d'une puissance nominale unitaire de 50 kW se fait par aspiration (soufflerie), système plus silencieux qu'un transport du combustible par vis sans fin.

Le granulé est stocké dans un bâtiment à part de celui abritant les chaudières afin d'éviter toute propagation de flamme.

Le silo, en textile synthétique, est suspendu à un cadre, sans contact avec le sol, pour isoler au maximum de l'humidité.

Les deux édifices sont bardés de bois, en l'occurrence du Douglas (Red Cedar).

L'eau chaude alimente un réseau de chauffage central dont le site du Calvaire de l'école élémentaire Victor Hugo a dû être préalablement doté.

Comme le taux de cendres des granulés est très faible (strictement inférieur à 0,5 %), une seule visite mensuelle est nécessaire pour vider le cendrier, à l'occasion de laquelle est contrôlée la bonne marche de l'installation, au demeurant totalement automatisée.

La production d’énergie renouvelable doit être précédée par une réduction des consommations : c’est ce qui a guidé la rénovation au standard Bâtiment Basse Consommation du site du Calvaire de l'Ecole élémentaire Victor Hugo.

110.000 kWh peuvent ainsi être économisés tous les ans.

De ce fait, 40.000 kWh, soit 8 tonnes de granulés bois, devraient suffire annuellement.

Le coût de l’approvisionnement énergétique devrait être réduit de 13.000 € (dont 3.000 € liés au passage de l’électricité aux granulés de bois).

Globalement, la lutte contre le gaspillage énergétique constitue, pour les collectivités territoriales, un investissement productif qui :

  • maintient ou crée de l'emploi local,

  • les protège du risque spéculatif lié aux fluctuations – en général à la hausse – des énergies fossiles et même de l'électricité,

  • préserve leur capacité d'autofinancement et donc leur aptitude à investir dans d'autres domaines,

  • réduit ou modère leurs dépenses de fonctionnement.

D’autre part, vis-à-vis de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il est préférable d’éviter de chauffer à l’électricité et de choisir le bois.

Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance du « contenu CO2 du kWh consommé par usage d’après les indications simplifiées de l’ADEME et d’EDF » datant de 2003 et s’établissant à 180 g CO2 équivalent/kWh pour le chauffage électrique - alors qu’il n’est que de 90 tous usages de l’électricité confondus - et de seulement 13 pour le combustible bois.

En outre, le prix de l’électricité, longtemps constant, augmente maintenant sur un rythme annuel de 2 à 3 % alors que le prix du bois – sauf accident climatique – est remarquablement stable.

Le bois énergie permet aussi de tendre vers les 23 % d’énergies renouvelables à produire.

Or, les collectivités territoriales, à part pour les piscines et certains vestiaires (douches), ont peu de besoins en terme d’eau chaude, d’où l’intérêt limité du chauffe-eau solaire.

Quant au photovoltaïque, il faut non seulement avoir des toits bien orientés et cumulant une grande surface mais aussi être capable de mobiliser beaucoup de capitaux (autofinancement ou emprunt).

Il en est de même pour l’éolien, sans compter bien entendu l’épineux problème de l’implantation.

Tandis que le bois, énergie renouvelable largement sous-exploitée, est facilement mobilisable, offre un bilan carbone extrêmement favorable et constitue un gisement d’économies financières très attrayant.

 

Chaufferie-bois du site du Calvaire

de l'école élémentaire Victor Hugo

(commune de Clapiers / Hérault)

 

Descriptif technique

Maître d'ouvrage : Commune de Clapiers

Type de bâtiment chauffé : Ecole élémentaire

Surface chauffée : 1.200 m²

Puissance des chaudières : 2 x 50 kW

Chaudières d'appoint ou de secours : Néant

 

Approvisionnement

Type de combustible : granulés de bois

Besoin annuel en bois : 8 tonnes

Pouvoir calorifique inférieur du combustible bois : 5.000 kWh/tonne

Volume du silo de stockage : 10 m3

 

Données économiques

Coût d'investissement global :

120.000 € TTC pour la chaufferie (étude de sol, architecte, contrôle technique, génie civil, chaudières, régulation, silo, raccordements)

Pour mémoire : 120.000 € TTC pour la création du chauffage central

Montant des aides financières pour la chaufferie :

78.000 € (10 % ADEME, 10 % Région Languedoc-Roussillon, 30 % Etat, 50 % Département de l'Hérault)

Récupération de TVA pour la chaufferie : 18.000 €

Economies de fonctionnement annuelles estimées (combustible bois en substitution à l'électricité, après réduction de 80 % de la consommation énergétique à imputer sur la rénovation Bâtiment Basse Consommation de l'école, préalable à l'installation de la chaudière générant une économie supplémentaire de 13.000 € par an) : 3.000 €

Temps de retour de l'investissement : 8 ans

 

Données environnementales

Tonnes équivalent pétrole d'énergie économisées (1.000 kWh = 0,086 tep) grâce à la rénovation BBC du bâtiment : 9,5 tep

Quantité d'émission de dioxyde de carbone (CO2) évitée par an grâce à la rénovation BBC du bâtiment : 20 tonnes équivalents CO2

Dont quantité d'émission de dioxyde de carbone (CO2) évitée par an grâce à la substitution du combustible bois à l’électricité : 6,5 tonnes équivalents CO2

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Vue au loin du site du Calvaire de l'Ecole Victor Hugo

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Tableau de visualisation de la production photovoltaïque

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Gros-oeuvre de la chaufferie bois devant un des blocs de l'école élémentaireIMG_9096.JPG

Gros-oeuvre (dalle et murs) du silo à granulés

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Pose de l'ossature bois sur la chaufferie

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Silo revêtu de son bardage en Red Cedar

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Bâtiments hors d'eau et hors d'air

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 Les deux chaudières à granulés bois de 50 kW chacune de puissance

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Raccordements et régulation en cours de pose

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Les deux chaudières sont raccordées au réseau

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Foyer d'une des deux chaudières

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Silo dans l'attente de la livraison de 9 tonnes de granulés 

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Amenée du granulé par soufflage 

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 Dernière visite de chantier : entreprise et Mairie de Clapiers

Crédit photographique : Michel Chastaing

03/12/2011

Economie d’énergie : les Collectivités territoriales en pointe

Certaines collectivités territoriales mettent actuellement à l’étude un Plan climat-énergie territorial (PECT), éventuellement dans le cadre de leur Agenda 21, en cohérence avec leurs documents d’urbanisme.

Le réchauffement climatique oblige en effet tous les peuples de la Terre à prendre des mesures correctives : nous partageons la même atmosphère !

 

Les économies des pays riches sont largement responsables de la libération des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère.

 

L’Europe s’est ainsi engagée, le 23 janvier 2008, sur des objectifs minima avant 2020, dits des 3 x 20 :

-          réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre,

-          réduction de 20 % des consommations d’énergie,

-          augmentation de 20 % de la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique (pour mémoire 8,5 % en 2008).

 

En 2010, l’Union Européenne a lancé la réflexion sur l’élaboration d’un objectif plus restrictif concernant les émissions de gaz à effet de serre de 30 % (« qui pour l’instant n’est pas possible » du fait de la prégnance de la crise).

 

Côté français, les engagements concernant les rejets de GES sont :

-          une division par 4 entre 1990 et 2050

-          une réduction de 3 % par an en moyenne (à titre indicatif, l’atteinte de la division par 4 passe par une réduction annuelle constante de 2,7 %).

 

La France s’est aussi engagée à réduire de 20 %, d’ici 2020, sa consommation d’énergie finale.

 

Enfin, la part des énergies renouvelables doit atteindre en 2020 au moins 23 % de la consommation d’énergie finale (soit un doublement du taux par rapport à 2005).

 

Plus localement, dans le cadre de son Agenda 21, la Communauté d’Agglomération de Montpellier met en place un Schéma directeur des énergies renouvelables.

 

Le périmètre d’une Agglomération est déjà d’une taille suffisamment vaste pour accueillir tous les équipements nécessaires à la production d’énergies renouvelables : éolien, photovoltaïque et biomasse (en partie seulement).

 

C’est aussi le lieu où la ville se densifie et se construit avec : 

-          une stratégie d’urbanisation maîtrisée mêlant transports en commun, habitat, commerce, emploi et loisirs pour limiter les déplacements,

-          un choix de technologies contribuant à la réduction de l’effet de serre : méthanisation, valorisation du biogaz issu des déchets, installation de panneaux photovoltaïques et de capteurs solaires sur les bâtiments communautaires,

-          une incitation des habitants à éviter les gaspillages, à isoler leurs appartements, à utiliser les modes de transports doux et à s’équiper en unités privées de production d’énergie renouvelable.

 

C’est la sensibilisation des citoyens et leur passage à l’acte qui est, de loin, la plus difficile à obtenir.

 

En effet, il est nécessaire de changer ses habitudes et d’investir, alors même que les aides publiques ne bénéficient en général qu’aux pionniers, durant le seul laps de temps indispensable à mettre en place la filière technique et à former les professionnels.

 

Pour illustrer les sacrifices que vont engendrer dans les années à venir les efforts de sobriété énergétique, d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables, nous allons prendre l’exemple de Clapiers, village de 5.400 habitants, juste séparé de Montpellier par le Zoo de Lunaret, le Lez et le Domaine de La Valette.

 

Les Services municipaux, tout confondus, consomment bon an mal an, environ 1.500.000 kWh d’énergie finale.

 

Type d’énergie

Consommation annuelle en kWh

Electricité bâtiment

500.000

Electricité éclairage public

500.000

Gaz naturel

500.000

Carburants

100.000

Totaux

1.600.000

 

La dépense énergétique annuelle de la Commune de Clapiers se chiffre aux alentours de 125.000 €, soit l’équivalent de 6 points d’impôts communaux.

 

Ramenée à l’habitant, la consommation est de 320 kWh/an et le coût s’élève à 25 €/an.

 

Le Grenelle de l’environnement fixe des règles pour les bâtiments publics plus strictes que pour le secteur privé, l’idée étant que les Collectivités territoriales doivent donner l’exemple.

 

Avant de revenir sur les autres postes énergétiques, il faut remarquer que contrairement aux ménages, une Commune génère peu de déplacements : 100.000 kilomètres par an seulement pour tous les services municipaux, soit de l’ordre de 125.000 kilomètres parcourus tous véhicules confondus et soit une consommation en gazole comme en essence de 10.000 litres au total par an, y compris le carburant des engins de chantier et des outils d’entretien des espaces verts consommant du fioul domestique.

 

La Commune de Clapiers ne génère en outre que très très peu de déplacements en train ou en avion.

 

En revanche, une Commune a une charge que les particuliers n’ont pas : l’éclairage public.

 

Concernant ce dernier, une réduction de 30 % de la consommation est possible à terme moyennant la pose de réducteurs de tension nocturne qui abaissent légèrement l’éclairement aux heures tardives de la nuit.

 

Avec des investissements plus conséquents (qui se font déjà pour les éclairages de Noël), un passage des lampes à sodium, actuellement les plus performantes, à des éclairages publics à LED, devrait libérer progressivement plus d’économies même si la demande des habitants est de résorber toutes les zones d’ombre ce qui génère une augmentation du parc de candélabres.

 

Pour ce qui est des énergies renouvelables, les Collectivités territoriales devront acheter de l’énergie verte ou en produire elle-même.

 

Si les objectifs du Grenelle de l’environnement seront relativement faciles à atteindre pour l’éclairage public, il n’en est pas de même pour l’énergie consommée dans les bâtiments (mairie, écoles, centres culturels, centres de loisirs, gymnases, salles polyvalentes, services techniques, poste de police, etc.).

 

Concernant le neuf, dès 2010 ou 2013 suivant les cas, pour tout bâtiment public ou tertiaire, un seuil de 50 kWep/m²/an est à respecter (pour mémoire, le parc d’habitations françaises consomme  actuellement en moyenne 250 kWep/m²/an).

 

« ep » signifie énergie primaire : il faut rappeler que 1 kWh consommé en électricité équivaut à 2,58 kWhep d’énergie primaire, ce ratio étant de 1,00 pour le fioul ou le gaz et de 0,00 pour les énergies renouvelables, comme par exemple le bois-énergie.

 

Dès 2020, la consommation d’énergie primaire devra être inférieure aux quantités d’énergies renouvelables produites dans les constructions neuves – publiques ou privées d’ailleurs - et notamment grâce au bois-énergie ou à la biomasse.

 

Il s’agit bien là de la mise en application du concept de bâtiment à énergie positive.

 

Concernant les bâtiments existants, la loi oblige à réduire les consommations énergétiques de 40 % en moyenne et les émissions de gaz à effet de serre de 50 %, dans un délai de 8 ans seulement !

 

A Clapiers, où le chauffage représente environ 80 % des consommations dans les bâtiments communaux, comme ailleurs, les investissements vont être très lourds et se chiffrer en millions d’euros.

 

Ces investissements dans les bâtiments concernent : 

-          la régulation de température (généralisée à Clapiers),

-          la systématisation de l’éclairage basse consommation dans les bâtiments y compris sur les spots de mise en valeur du clocher de l’église ou les éclairages de Noël,

-          l’isolation des plafonds, murs et planchers (avancée sur les bâtiments à fréquentation annuelle),

-          la pose de double-vitrage (idem),

-          le passage progressif des centres éducatifs et culturels au standard « basse consommation » (BBC).

A Clapiers, c’est l’école du Calvaire qui fait d’ores et déjà l’objet d’une mise aux normes au Label Effinergie avec une réduction prévisionnelle de la consommation primaire de 350 à 100 kWh par m² et par an (près de 10.000 € de gains énergétiques attendus tous les ans).

Les travaux sont lourds (isolation intérieure venant renforcer la petite épaisseur d’isolation extérieure vieille de 30 ans, reprise de la totalité de l’éclairage, pose de faux-plafonds et du double-vitrage, installation du chauffage central).

Les investissements se chiffrent à 750.000 €, soit 600 € du m².

La pose de panneaux photovoltaïques et l’installation d’une chaufferie-bois sur ce site permettent à la Commune de Clapiers de lancer sa première production et sa première consommation d’énergie renouvelable.

L’objectif du Grenelle de l’environnement sera difficile à atteindre et passera obligatoirement par l’occupation de tous les toits communaux possibles par du photovoltaïque (en l’absence de contraintes d’esthétique ou de toiture inadaptée).

En réalité, c’est la généralisation des chaudières bois (à plaquettes forestières ou à granulés) qui permettra aux communes d’atteindre les objectifs de 23 % en terme d’énergie renouvelable.

En effet, à Clapiers, comme dans d’autres communes, faute de vent ou de site acceptable, l’éolien ne pourra pas venir en relais.

Il faut souligner que les communes, contrairement aux ménages, ont très peu de besoin en eau chaude (un peu pour accomplir les tâches de ménage et un peu plus dans les restaurants scolaires comme dans les installations sportives, comme les gymnases et les vestiaires, mais utilisés, somme toute, sporadiquement).

La Commune de Clapiers a donc commencé à équiper en chauffe-eau solaire un de ces deux restaurants scolaires tout en attendant pour l’eau chaude du vestiaire du foot et du gymnase, non utilisés l’été au moment où les capteurs solaires produisent pourtant le plus.

Globalement, le coût du Grenelle de l’environnement pour une commune comme Clapiers est de l’ordre de 3 millions d’euros, soit l’équivalent de 3 années pleines d’investissement.

Certes, ces investissements sont productifs, au sens où ils permettent des économies qui iront croissants avec la montée du prix du pétrole et de l’énergie en général.

Il n’en demeure pas moins que le chantier est énorme et que seule les collectivités qui s’y sont lancées tôt, comme Clapiers, seront en mesure d’assurer dans les délais impartis par la réglementation.

L’argent dépensé, de façon en fait très utile, s’incorpore au patrimoine communal et augmente la richesse collective tout en générant des emplois non délocalisables.

Il offre surtout aux usagers des bâtiments communaux, notamment les enfants dans les écoles et les centres de loisirs, un confort inégalé, avec une réduction des sensations de chaud l’été, de parois froides, d’humidité, de chocs thermiques, l’hiver, sans compter le silence retrouvé, du fait de l’isolation thermique dont l’étanchéité contribue aussi à l’isolation phonique.

Enfin, la réflexion de la Commune de Clapiers sur l’énergie pousse à imaginer les extensions urbaines différemment.

L’éco-quartier de 14 hectares en gestation, dit du Castellet, intègrera dès le départ :

-          l’orientation optimale des bâtiments,

-          l’obligation du chauffe-solaire collectif ou individuel,

-          la prescription de performances énergétiques supérieures à la réglementation,

-          la plantation d’arbres et de végétaux pérennes positionnés de manière à générer des  gains d’énergie (ombres, obstacles au vent) et permettant le stockage de carbone,

-          l’installation d’un réseau de chaleur collectif alimenté par une chaudière-bois.

La Commune de Clapiers mène donc déjà des actions volontaires qui lui permettront de remplir les objectifs du Grenelle de l’environnement, pour l’instant seulement opposables réglementairement aux communes de plus de 20.000 habitants.

La Commune de Clapiers, consécutivement à ses importants efforts, a d’ores et déjà réduit : 

-          sa consommation d’énergie primaire 350.000 kWh à 300.000 kWh,

-          ses émissions de dioxyde de carbone de 275 à 225 tonnes.

Enfin, en terme de stockage du carbone, la Commune de Clapiers, propriétaire de près de 110 hectares de forêts communales, patrimoine qu’elle agrandit tous les ans par de nouvelles acquisitions, atteint plus de 400 tonnes de gaz carbonique.

Globalement, la Commune de Clapiers stocke donc du CO2 !!!

 

Il est important que les communes et leurs élus donnent l’exemple en matière de sobriété énergétique, d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables : c’est le préalable à la généralisation des efforts que vont nécessairement devoir fournir nos concitoyens, à titre privé.

 

Ce sera l’objet de la prochaine note du Blog Montpellier Village : « Quels sacrifices sur l’énergie ».

 

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Le village de Clapiers

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L'Espace Bonnier - Mairie annexe

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La Mairie de Clapiers