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23/01/2013

Quels rythmes scolaires pour nos enfants ?

Quels sont les rythmes scolaires favorables à l’apprentissage des enfants de l’école primaire ?

Le diagnostic est posé depuis longtemps et le consensus existe sur la question.

Cela n’a pas empêché Xavier Darcos, sur l’injonction de Nicolas Sarkozy, de supprimer en juin 2008, dans la précipitation et sans concertation, l’école le samedi matin.

Or, les enseignants, les spécialistes de chronobiologie et les parents s’accordent sur le fait que :

-         les interruptions dans la semaine sont néfastes,

-         les journées sont trop longues,

-         un étalement sur davantage de jours de travail est bénéfique.

Quel est l’état des lieux chez nos voisins européens ?

 

Pays

Nombre de jours de classe par an

Durée de la semaine en jours

Durée des vacances d’été en semaines

Pays-Bas

110

5

7

France

144

4

8 à 9

Espagne

175

5

11

Allemagne

188

5

6

Royaume-Uni

190

5

6

Italie

200

5

12 à 13

On constate donc que :

- la semaine de 5 jours est systématisée,

 

- les vacances d’été sont longues dans les pays latins par tradition et à cause de la difficulté du travail par temps trop chaud,

 

- les pays plus septentrionaux bénéficient de « petites vacances » plus longues,

 

- avec une semaine à 4 jours et demi, le nombre de jours travaillés s’élèvera à 180 en France.

Concernant l'organisation de la semaine, le week-end permet de plus en plus aux familles de se réunir et donc peu d’iconoclastes proposent des semaines d’école de 6 ou 7 jours !

Fini donc le temps du travail le samedi matin, voire le samedi toute la journée.

Quant au dimanche, même s’il est passé chez les Français du rang du premier jour de la semaine (selon la tradition chrétienne) au rang du dernier jour de la semaine, celui où l’on se repose, il demeure plus que jamais « sacré ».

La proposition du Ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon, d’une semaine de 4 jours et demi, avec un mercredi matin travaillé (3 heures) et des lundis, mardis, jeudis et vendredis, à horaire réduit à 5 h 15 au lieu de 6 heures, adapte positivement à la fois l’enseignement maternel (3 à 5 ans) et l’enseignement élémentaire (6 à 10 ans).

En effet, les lundis et samedis étaient réputés pour le mauvais rendement des apprentissages, en revanche optimaux les autres jours de la semaine, avec un bémol pour les jeudis qui peuvent pâtir d’un mercredi trop riche en animations périscolaires et des vendredis plus favorables aux grands enfants, certains petits commençant à fatiguer à la fin de la semaine.

Bien sûr, certains auraient misé volontiers sur une journée scolaire encore plus courte qui aurait libéré quasiment tout l’après-midi pour des activités périscolaires.

Toutefois, c’est justement l’organisation et le coût de ces dernières qui pouvaient faire achopper la réforme.

Car le surcoût est estimé à 600 millions d’euros, soit approximativement 100 € par enfant et par an (6,5 millions d’enfants scolarisés au Primaire), à la charge des collectivités territoriales, essentiellement des communes.

Le Président de la République, François Hollande, a donc souhaité que le passage à la semaine de 4 jours et demi se fasse librement, à la rentrée 2013 ou 2014.

Cependant, une enveloppe financière de 250 millions d’euros viendra encourager les collectivités les plus avisées et les plus promptes, s’engageant dès la rentrée scolaire 2013/2014, avec une subvention exceptionnelle de 50 € par enfant, somme majorée de 40 € dans les zones difficiles.

En outre, le Gouvernement a pris la décision d’abaisser les normes d’encadrement des jeunes ce qui permettra de minorer un minimum la dépense (un encadrant pour 14 enfants au lieu de 10 en Maternelle et un encadrant pour 18 enfants au lieu de 14 en élémentaire).

A Clapiers, la Majorité municipale désire s’engager dès septembre 2013 dans le nouveau système, pour l’Elémentaire mais aussi pour la Maternelle.

Les nouveaux horaires ne seront arrêtés qu'après concertation des parents d'élèves et du corps enseignant, comme avant chaque modification de ce type (les horaires avancés au conditionnel dans une précédente version de cette note ne pouvaient donc être qu'indicatifs).

Rien n’empêche aussi les communes de mettre à contribution les parents, même si ce n’est pas forcément populaire et dépendant, en terme d’acceptabilité financière, de la sociologie des ménages.

Globalement, le coût supplémentaire attendu vient de l’extension dans le temps des activités périscolaires et d’une journée supplémentaire de transport scolaire.

Concernant la restauration scolaire le mercredi midi et l’animation qui va avec, il est pour le moins douteux que les Communes s’y risquent, même si cela peut représenter un souhait pour certains parents, compte tenu de la charge financière pour la collectivité : entre 5 € et 10 € par repas !

Suite à la réforme, les communes les plus en retard en matière de périscolaire vont devoir recruter et former des agents qualifiés ; les autres auront moins de mal, d’autant qu’elles économiseront sur le service périscolaire, en général financièrement déficitaire, du mercredi matin.

Il n’en reste pas moins que les communes auront aussi intérêt à s’appuyer sur les initiatives privées associatives : club de sport, organisation culturelle, mouvement d’éducation populaire.

C’est l’occasion de remettre à plat des services anciens, nécessitant une adaptation aux nouvelles demandes sociales.

Il paraît tout à fait crucial de développer localement la concertation et la coopération avec toute la communauté éducative et l’ensemble des acteurs locaux : enseignants, parents, personnel communal, associations, …

C’est la relance des projets éducatifs locaux avec un champ élargi et, si possible, dans une dynamique innovante.

Sinon le risque est de tomber dans la reproduction de l’existant avec une approche technocratique peu soucieuse de qualité.

La semaine de quatre jours et demi est-elle la panacée ?

Certes, cette mesure sera bénéfique à l’enfant.

Cependant, concernant la gestion des temps, le monde de l’entreprise doit aussi se remettre en question, ne serait-ce que parce que cela participe de l’amélioration de la productivité.

Différer ou avancer le début de l’embauche peut permettre de libérer le travailleur-parent, l’aider à concilier vies professionnelle et familiale, lui éviter aussi de perdre du temps dans les bouchons, notamment avec des déplacements pendulaires entre midi et deux écologiquement néfastes.

La Communauté d’Agglomération de Montpellier s’est lancée dans une réflexion globale sur la gestion des temps, elle qui maîtrise le transport public, les grands équipements sportifs et culturels.

D’autre part, en libérant les enfants en milieu d’après-midi, l’école perd une partie du créneau horaire 15 h – 16 h 30 où l’efficience intellectuelle est forte (cf. les conclusions des travaux du Professeur Hubert Montagnier).

Il est vrai que cette plage horaire souffrait, dans le cadre de la semaine de quatre jours, de la fatigue de fin de journée et du dépassement des 4,5 heures d’attention possible pour un enfant chaque jour.

Restera donc à valoriser fortement, au sein de l’école, la plage horaire « reine » de 9 h 30 à 11 h 30 où peuvent se pratiquer, avec efficacité, activités scolaires, apprentissages et évaluations (les plages horaires de 8 h 30 à 9 h 30 et de 13 h 30 à 14 h 30 étant réputées, elles, à faible vigilance et donc à mauvaise performance).

En outre, pour apprécier le potentiel d’apprentissage, il ne faut pas confondre la journée de l’enfant et la journée de l’élève.

En France, en moyenne 60 % des jeunes écoliers fréquentent le restaurant scolaire (plus des 2/3 dans le périurbain comme à Clapiers et moins dans les grandes villes), en général sur une plage de 2 heures.

Le soir, si 65 % des enfants en moyenne rentrent chez eux directement, 20 % rejoignent la garderie ou l’étude, 5 % vont en centre de loisirs ou pratiquent une activité sportive, 5 % sont gardés par une personne rémunérée et enfin 5 % sont confiés à une tierce personne bénévole (entraide entre proches ou parents).

Cette entraide a un potentiel de développement non négligeable dans un contexte de remaniement de la semaine.

Le mercredi, 15 % des enfants en Elémentaire ont actuellement une activité le matin et 30 % l’après-midi.

De ce fait, avec le mercredi matin travaillé, il est à prévoir un glissement de fréquentation du matin vers l’après-midi :

-         soit vers les mêmes animations déplacées par leurs responsables,

-         soit vers d’autres plus attractives (à condition qu’elles sachent adapter leur capacité d’accueil à la hausse) dans l’arbitrage rendu par les parents et les enfants à l’occasion de cette nouvelle situation d’offres concurrentes.

Du fait des cours le lendemain, le jeudi, ne va-t-on pas aussi assister à un renoncement d’activité pour certains enfants le mercredi après-midi ?

De plus, une nouvelle demande d’animation ne va-t-elle pas naître les après-midi du mardi et jeudi, principalement, en vue de se substituer à certaines pertes du mercredi matin ?

Si les acteurs s’accordent sur les bienfaits de la semaine de 4 jours et demi, certains craignent qu’elle génère des inégalités sociales et des effets indésirables.

Une vigilance particulière devra être exercée concernant les élèves arrivant déjà tôt le matin dans les accueils de loisirs annexés aux écoles (ALAE) et les quittant déjà tard, puisqu’ils vont y rester dorénavant 45 minutes de plus.

Les enfants de familles monoparentales qui fréquentent en moyenne davantage les structures périscolaires (restaurant scolaire, garderies et études, centres aérés le mercredi), qui rentrent et restent davantage seuls chez eux le soir, font partie de cette population fragile.

Concernant toujours les limites de l’amélioration des rythmes scolaires, beaucoup d’enfants se couchent trop tard, qui plus est après une période d’excitation, ce qui propice à la perturbation du sommeil.

La fatigue est souvent renforcée ensuite par le stress du mal-être en classe.

On ne peut donc pas échapper à une bonne hygiène de vie.

Le projet périscolaire a tout intérêt à se focaliser sur ce point.

Il est notamment primordial de mettre l’accent sur le sport et les activités physiques qui vont permettre le développement corporel de l’enfant et l’accumulation d’un capital-santé pour la vie entière de l’adulte : masse osseuse à densité minérale élevée, capacité respiratoire augmentée, régulation du sommeil et de la circulation sanguine, optimisation de la fonction cardiaque, etc.

Les rythmes scolaires améliorés ne suppléent pas non plus à l’obligation d’une régularité dans le travail fourni et dans l’effort intellectuel.

L’intrusion des problèmes sociétaux dans l’école constitue de même un obstacle fort à la réussite : intérêt moindre pour les savoirs enseignés, préoccupations autres (jeux, consommation, divertissements, médicalisation de la société, etc.), avenir incertain, difficultés familiales, manque de confiance dans les formations et les diplômes, individualisme, défaut de capacité à se projeter personnellement sur le moyen terme, etc.

Il faudra aussi un jour se poser la question du respect du rythme naturel des adolescents au Collège et au Lycée, puisque quasiment tous les jeunes y sont maintenant scolarisés (85 % d’une tranche d’âge fréquente une classe de Terminale actuellement, répartie en filière générale à 48 %, technologique à 24 % et professionnelle à 28 %).

L’adaptation des rythmes scolaires est en soi une excellente décision : elle devrait permettre d’optimiser l’attention et la concentration des élèves en cours, avec la mise en place du cercle vertueux suivant : moins d’échec scolaire, plus d’intérêt pour l’enseignement, moins de perturbations en cours, moins de fatigue et de stress, plus d’écoute et de participation, plus de réussite.

En résumé, un étalement des heures de présence, pour plus de connaissances in fine.

La France a besoin de cette amélioration de la performance de son système éducatif pour assurer à tous nos enfants un bon apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, dont la maîtrise constitue un viatique indispensable dans nos sociétés modernes post-industrielles.

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Travail artistique de décoration à l'école maternelle de Clapiers

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L'école maternelle Olympe de Gouges équipée pour le périscolaire

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Ecole Victor Hugo - site du Bosc - lieu d'ALAE et d'ALSH maternels

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Les enfants passent mais leurs écrits - ici leurs prénoms - restent

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Ecole - restauration / scolaire - périscolaire : une unité de lieu, pas de temps

Crédit photographique : Michel Chastaing