Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

23/07/2011

Résurrection d’Ambrussum

Le Site d’Ambrussum est resté des années un lieu de promenade dominicale.

Des précurseurs avaient toutefois fouillé ou aidé à fouiller le lieu (le Docteur Marignan au début du XXème siècle, Jean-Luc Fiches ou encore Jacques Bénédicte dans les années soixante)

Il s’agit bien sûr d’une ville étape entre Arles et Béziers, sur la Voie Domitienne, mais les vestiges laissés à la vue du visiteur étaient peu spectaculaires et, dans tous les cas, peu parlants pour le commun des mortels.

Ce site avait donc besoin d’une mise en valeur paysagère et en terme de mise en perspective historique.

Il était nécessaire de donner du sens aux vieilles pierres.

Ambrussum était en fait comme un trésor enterré dont il fallait révéler les multiples richesses.

Le lieu situé sur un promontoire dominant la Vallée du Vidourle anciennement marécageuse a été en effet occupé de longue date.

La beauté du site et sa résonance historique font que les Languedociens ont toujours été fortement attachés à ce lieu symbolique.

Il est donc heureux que la Communauté de Communes du Pays de Lunel ait apporté de magnifiques aménagements dont son Président, François Berna, Maire de Saint-Sériès, peut être fier.

La topographie a été mise à profit pour intégrer parfaitement des cheminements piétons bien canalisés et bien intégrés dans la garrigue omniprésente.

Des arbres ont été coupés pour ouvrir des points de vue, par exemple dans la ripisylve du Vidourle afin de mettre en valeur le Pont romain dont il ne reste maintenant plus qu’une arche

L’intervention d’une ethnobotaniste a été nécessaire et le résultat est tangible.

En outre, les aménagements sont très légers et ont fait appel au génie végétal : ils s’intègrent parfaitement à l’environnement naturel.

Une signalétique concise et pertinente a été implantée aux points principaux du parcours.

Des siècles d’histoire surgissent au gré du pas du promeneur.

Peu visibles, les traces de l’occupation préhistorique du Néolithique final, avec la civilisation dite de Ferrières, à partir de 3.300 ans avant Jésus-Christ.

Plus évidente, l’enceinte de l’oppidum datant de la fin du 4ème siècle avant Jésus-Christ.

Puis celles de l’occupation par les Volques Arécomiques et enfin celles de la colonisation romaine : fragment pavé de Voie Domitienne, pont romain, agglomération gallo-romaine, rempart, portes, portiques, « domus » et relais routier du pont romain qui servait de halte aux voyageurs.

Le Musée conçu par l’architecte lunellois Michel Goroneskoul a été terminé en 2009 mais les derniers aménagements extérieurs ont été inaugurés le 25 juin 2011.

Dans un minimum d’espace – l’équivalent d’une petite villa gallo-romaine – l’espace muséographique est utilisé au mieux pour mettre en valeur l’histoire du lieu.

Près de 2.300 visiteurs ont honoré de leur présence les festivités proposées durant le week-end des 25 et 26 juin 2011.

Défilé d’une troupe de légionnaires, démonstration de métiers de l’époque (artisan potier, tisserand, bijoutier, forgeron, etc.), démonstrations de danses sacrées et profanes, des contes, etc.

Ambrussum revit !

Le secteur est toujours sillonné par de grandes infrastructures de transport : l’autoroute A9 au Nord et la ligne TGV au Sud.

La mer méditerranée en point de vue au Sud et le Pic-Saint Loup / les Cévennes au Nord.

A Ambrussum, les notions de « grand paysage » et de « grande histoire » fusionnent !

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

pont romain,oppidum,relais routier,romanité,via domitia,vidourle,communauté de communes du pays de lunel,ccpl,villetelle

Crédit photographique : Michel Chastaing

17/03/2010

Une énigme solutionnée : celle du nom de la ville antique de Murviel-lès-Montpellier

Si Montpellier domine par son rayonnement tout le Grand Est de l’Hérault, Lattara (maintenant Lattes), le site du Castellas (sur la commune de Murviel-lès-Montpellier) Sextantio (aujourd’hui Castelnau le Lez) ou encore Maguelone (commune actuelle de Villeneuve les Maguelone) ont connu leur heure, et bien souvent leurs siècles, de gloire.

 

Ces villes se sont construites autour du pouvoir économique, du pouvoir religieux et du pouvoir administratif.

 

Concernant le site du Castellas, Patrick Thollard, Maître de conférences à l’Université Montpellier 3, le développement de cette ville antique s’explique par son rôle de chef-lieu administratif d’un territoire, durant une longue période à la charnière du début de l’ère chrétienne.

 

IMG_2296.JPG

 Le site du Castellas occupé en partie aujourd'hui

par les vignes et les chênes-verts

 

 

La concentration des pouvoirs crée et attire les notables, stimule l’urbanisation et pousse à la monumentalisation.

 

Si les notables partent alors la ville périclite.

 

C’est ce qu’il advient si l’autorité supérieure retire au chef-lieu ses prérogatives administratives.

 

IMG_2312.JPG

 Mur de soutènement construit en grand appareil

 

 

Or, le pouvoir central de Rome n’a cessé de réorganiser, de César à Auguste, la carte administrative de la Provincia Narbonnæ.

 

Dans le droit latin, subsistaient des territoires autonomes, aux frontières des colonies de Narbonne, Béziers et Nîmes.

 

Le site du Castellas était l’un de ces territoires autonomes.

 

IMG_2313.JPG

 Entrée du forum par un escalier de marbre blanc

 

 

Sa situation, en limite de la plaine et de la garrigue, comme Sextantio, permettait les échanges avec l’arrière-pays et le Massif Central.

 

Contrairement aux villes gallo-romaines investies dans l’agriculture, cette ville antique regroupait uniquement des activités artisanales, notamment de potiers (stockage des vins et de l’huile dans les dolia).

 

Au-delà du manque d’eau courante (des citernes d’eau de pluie nécessaires), de l’éloignement de la Via Domitia, c’est une restructuration administrative qui a scellé très vraisemblablement la disparition de la cité du Castellas.

 

Cette certitude acquise, les scientifiques, fouillant la ville antique, se posaient encore récemment la question de la date de l’événement déclencheur de cette décadence.

 

Cette question était importante car elle pouvait donner des indices en vue de découvrir le nom de cette ville.

 

En effet, Pline a relaté cette réforme territoriale datée des années 20 à 15 avant Jésus-Christ : 19 territoires ont été à cette occasion rattachés à d’autres, 43 sur 70 ont perdu leur autonomie tandis que 24 ont été rattachés à Nîmes.

 

Pline en bon historien, cite les territoires touchés par la restructuration ainsi que les autres conservant leur autonomie.

 

Le site de Murviel lès Montpellier appartenait forcément à la deuxième catégorie du fait de la découverte d’une table de mesures mentionnant le nom d’un édile (signe d’autonomie), soit C. Masclius Secundus édile (du patronyme gaulois de Masculus fraîchement romanisé).

 

IMG_2303.JPG

 

Vestiges mis à jour d'un forum et de ses colonnades

 

Il restait à trouver des écritures donnant un indice sur le nom de la ville antique.

 

Or, en 2009, des fragments d’une grande inscription furent découverts.

 

Le comparatif des quelques lettres identifiables rapprochées de la liste des cités de Pline permit à Patrick Thollard de conclure que les anciens habitants du Castellas s’appelaient « Samnagenses » et la ville soit Samnagum, soit Samnaga.

 

Pour le scientifique : « Il y a certes une grande satisfaction à découvrir un buste en bronze dans un grand fleuve mais aussi à résoudre une énigme historique ».

 

Les habitants de Samnaga(um), appelés Samnagenses, symbolisent ce vivre en paix, ce mélange des cultures, ce brassage des populations que nous continuons d’affectionner dans ce Midi languedocien, terre de passage et terre d’accueil.

13/03/2010

Grandeur et décadence du site du Castellas

La réforme judiciaire, récemment validée par le Conseil constitutionnel, et la réforme territoriale qu’essaie d’imposer le Gouvernement Fillon, malgré l’opposition de la majorité des élus locaux, démontre, s’il en était besoin, qu’une décision administrative peut faire ou défaire une ville, un département, une région.

 

La ville qui occupait le site du Castellas sur la commune de Murviel-lès-Montpellier a été elle-même la victime d’une réforme venue du pouvoir central alors qu’elle était au centre de son territoire, approximativement de la fin du 2ème siècle avant Jésus-Christ jusqu’au milieu du 2ème siècle après Jésus-Christ.

 

C’est bien une décision administrative qui est en effet la raison la plus probable de l’abandon de ce site florissant.

 

Le Castellas gouvernait un territoire autonome de la Colonie de Nîmes.

 

Cette ville antique possédait ainsi un sénat local et des décurions.

 

Pour découvrir aujourd’hui son histoire, l’avantage du site de Murviel-lès-Montpellier réside dans le fait qu’il est toujours resté, sans discontinuité, visible.

 

Il a donc toujours été connu et n’ayant pas été réoccupé par les nouveaux Murviellois, installés au XIème siècle, il est demeuré préservé.

 

Les premières fouilles ont été menées par la Société archéologique languedocienne et les objets découverts ont été collectés par le Musée languedocien à Montpellier.

IMG_2317.JPG

Les nouveaux Murviéllois, installés au XIème siècle,

ont élu domicile sur un autre site perché mais plus bas en altitude

 

 

Jean-Claude Richard, Chercheur au CNRS, dans les années 70, et Patrick Thollard, Maître de conférences à l’Université Montepplier3, dans les années 90 et jusqu’à aujourd’hui, ont approfondi les premières investigations.

 

Cette quête de connaissance a été accompagnée, sous l’égide scientifique, par des habitants passionnés et de jeunes bénévoles l’été.

 

IMG_2298.JPG

Vue d'une partie du site et pierres de construction extraites lors des fouilles

 

 

La colline du Castellas est à l’écart de la Voie Hérakléenne, devenue Voie Domitienne.

 

Des fortifications protégeaient 22 hectares d’agglomération, enserrant une ville qui connut même un développement extra muros.

 

Le perchement est caractéristique d’un oppidum, habitat traditionnel gaulois (occupation primitive, a priori, par les Volques Arécomiques, peuple gaulois de la Gaule narbonnaise).

 

Toutefois, suivant la formule de Patrick Thollard : « Chaque fois qu’on fouillait, plus on cherchait du Gaulois, plus on trouvait du Romain ».

 

Notamment, les collecteurs pluviaux, soigneusement répartis, trahissent un plan d’ensemble.

 

Un secteur des ruines, dit monumental, dont les fondations étaient visibles (les élévations ayant été détruites), a d’abord été interprété comme un temple : un édifice religieux de l’époque augustéenne dans le style de la Maison Carrée de Nîmes.

 

En fait, les dernières fouilles ont révélé qu’il s’agit d’un forum entouré de colonnes, desservi par un escalier monumental, en calcaire fin, extrêmement bien conservé.

IMG_2314.JPG

 Fouilles du secteur monumental, bien orienté au Sud, à l'abri de la colline

 

 

IMG_2311.JPG

Un escalier de marbre parfaitement conservé 20 siècles plus tard

 

Plus précisément, il y aurait eu au départ, fin du 2ème siècle avant Jésus-Christ, un monument tardo-héllénistique en grand appareil, agrémenté ensuite de colonnades dans les années 50 à 40 avant Jésus-Christ, complété et embelli enfin à l’époque augustéenne, d’un grand escalier, de pavements en mosaïque, de marbre sur les murs.

 

Ces éléments architecturaux symbolisent la période la plus faste du Castellas, mais en réalité, la durée de l’occupation humaine rend difficilement classable cette ville.

 

Elle possède aussi une enceinte gauloise entourant la ville haute.

 

Elle ne possède pas en revanche de tour, ni d’ouvrage défensif comme en sont équipés les oppida romains.

 

C’est le signe d’une continuité historique aboutissant à une culture gallo-romaine.

 

Ce qui certain toutefois, c’est que cette ville n’a pas péri par le fer (aucune trace d’invasion) mais par une décision administrative qui a déchu le site du Castellas de son autorité de capitale territoriale.

 

Aujourd’hui, à l’identique, les services publics fermés dans les petites villes privent ces dernières d’une partie de leur attractivité et les vouent à une lente mais inéluctable asphyxie.