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11/10/2013

Qualité de l'air à Montpellier

La région Languedoc-Roussillon est touchée par des dépassements répétés des normes pour plusieurs polluants atmosphériques.

L'aire urbaine de Montpellier est plus précisément affectée par un excès de dioxyde d'azote dans l'air.

L'Europe de son côté exerce une pression réglementaire sur la France pour qu'elle limite ses émissions de polluants atmosphériques.

Le Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA) de Montpellier, en application depuis novembre 2006, est actuellement en cours de révision.

Le projet de nouveau PPA prévoit des mesures concernant les secteurs de l'industrie, du transport, du tertiaire et du résidentiel.

La Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement Languedoc-Roussillon (DREAL-LR), en charge du dossier, propose d'étendre le périmètre précédent au delà des 48 communes actuelles pour le faire correspondre avec l'aire urbaine de Montpellier, couvrant 115 communes.

Les polluants primaires visés sont :

- le dioxyde de soufre (SO2),

- le dioxyde d'azote (NO2),

- les particules fines en suspension (PM10),

- le Plomb (Pb),

- le benzène C6H6,

- le monoxyde de carbone (CO),

- les composés organiques volatils (COV),

- les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP),

- le Nickel (Ni),

- l'Arsenic (As),

- le Cadmium (Cd),

- les pollens et les pesticides pour tenir compte du contexte local (climat méditerranéen caractérisé par la sècheresse estivale et viticulture en agriculture conventionnelle).

L'ozone O3, polluant secondaire conséquence de l'émission des polluants primaires, est aussi surveillé en tant qu'indicateur de la pollution photochimique.

Concernant l'ozone, ses précurseurs (NO et NO2, COV) sont produits ou émis en zone urbaine, surtout au niveau des axes de circulation automobile (responsable localement de l'émission de 85 % des NOx).

Ces polluants primaires, émis sur terre, migrent les matins d'été au dessus de la mer où ils génèrent de l'ozone sous l'effet des rayons de soleil (moyenne de 2.700 heures d'ensoleillement à Montpellier avec 147 jours d'ensoleillement quasi-continu et seulement 69 jours quasi-couverts).

La brise thermique marine ramène ensuite tout au long de l'après-midi, ce polluant secondaire à l'intérieur des terres.

Le monoxyde d'azote (NO) émis par le trafic détruisant l'ozone, ce sont paradoxalement les secteurs périphériques de la métropole qui sont impactés, parfois à longue distance, par l'ozone amenée par le vent du Sud et plus encore par la tramontane et le mistral, vents dominants (touchant alors spécifiquement les communes de Villeneuve lès Maguelone, Lattes, Pérols, Palavas les Flots, Mauguio-Carnon).

L'inventaire massique des polluants atmosphériques donne sur l'aire du PPA, pour l'année civile 2000, la répartition en pourcentages suivante :

- Secteur Résidentiel : 9 %

- Secteur Tertiaire : 3 %

- Secteur Industriel : 8 %

- Secteur Transport : 51 %

- Secteur Agricole : 7 %

- Secteur Stockage des déchets ménagers : 22 %

Depuis 2000,  plusieurs décharges ont été fermées, les biogaz de la décharge du Thôt à Lattes valorisés.

L'industrie et l'agriculture n'ont pas connu d'évolutions très significatives.

Le tertiaire et le résidentiel se sont étendus en surface mais maîtrisent mieux leur émissions.

Il en est de même pour le transport (avènement du tramway, bus roulant au Gaz Naturel de Véhicule après avoir fonctionné à l'aquazole, pot catalytique sur les véhicules individuels introduit en 1993, moteurs plus performants, etc.) mais ces progrès sont malheureusement contrebalancés par l'augmentation incessante du trafic routier.

A ce jour, ce dernier pèse vraisemblablement dans le périmètre du PPA toujours plus de la moitié de la pollution atmosphérique, si ce n'est les deux tiers, compte tenu du reflux du secteur Stockage des déchets ménagers.

L'autoroute et les grands axes expliquent ce phénomène mais aussi les nombreux déplacements en zone agglomérée, où les vitesses faibles engendrent davantage d'émissions.

Globalement, si l'on s'intéresse aux ratios de pollution par habitant, l'aire de Montpellier a essentiellement des efforts à faire en matière de NOx où elle atteint les 2/3 de la moyenne nationale.

Des actions sur le secteur des transports sont donc légitimes, d'autant qu'elles amélioreraient simultanément les émissions de COV et de CO, les deux autres polluants primaires les plus présents sur l’aire montpelliéraine, avec respectivement des niveaux égaux à 40 % et 30 % de l'intensité par habitant nationale.

Si l’on compare maintenant les ratios d’émissions de polluants atmosphériques de Montpellier à la moyenne nationale, en les ramenant cette fois-ci à la surface concernée, les résultats sont bien moins flatteurs du fait de la forte densité de population de la métropole montpelliéraine et de ses alentours : environ 2 fois plus de CH4, de CO, de COV, de PB et 3 fois plus de NOx.

Si l’air de Montpellier est donc globalement de bonne qualité, il n’en reste pas moins qu’il existe un potentiel de pollution qui pourrait être éliminé localement ce qui renforcerait encore l’attractivité environnementale de notre agglomération mais aussi soulagerait d’autres zones en France où les velléités de réduction de la pollution sont plus difficiles à mettre en œuvre (forte présence industrielle, sources de pollution très diffuses comme en milieu rural ou dans le secteur agricole).

L'Association Air-LR est chargée de mesurer la concentration en polluants atmosphériques.

Cette structure peut mener des études ponctuelles dans le temps (suivi d'un épisode de pollution) comme dans l'espace (impact d'une infrastructure, relevés dans un secteur déterminé).

Elle dispose de 6 stations fixes de mesures automatiques dont 4 à Montpellier dans les quartiers Chaptal, Cévennes, Près d'Arènes, Saint-Denis et périurbaines pour la quantification du taux d'ozone (sur les communes de Lattes et de Saint-Gély du Fesc).

Concernant les pollens, Montpellier a la chance de posséder le seul laboratoire français d'aéropalynologie, basé sur le campus de l'école Sup-Agro où un capteur est opérationnel ainsi qu'à proximité de la station Météo-France de l'aéroport de Montpellier-Méditerranée.

Certains pollens ont l’inconvénient d’être allergisants.

Leurs grains, de l’ordre de 25 μm de diamètre, peuvent entraîner rhinite, conjonctivite, voire crise d’asthme, d’urticaire, d’eczéma.

Les maladies allergiques ou pollinoses trouvent un terrain favorable chez les personnes aux voies respiratoires fragilisées du fait de la pollution atmosphérique.

Certaines plantes particulièrement allergisantes gênent au-delà du public prédisposé sur le plan héréditaire.

C’est le cas des thuyas et des cyprès utilisés à mauvais escient dans les haies monospécifiques ou encore de l’ambroisie, plante invasive, qui se propage dans notre région à partir du Nord du Gard.

Le calendrier des principaux pollens susceptibles de déclencher une maladie allergique à Montpellier est étendu du fait du climat méditerranéen :

 - cupressacées (thuyas, cyprès, genévriers) : janvier, février et mars,

 - platanes : avril,

 - graminées : mai à juillet,

 - orties et plantains : mai à août,

 - oléacées : juin,

 - ambroisie : août à octobre.

En 20 ans, il a été constaté à Montpellier une augmentation de 67 % de la concentration annuelle moyenne en grains de pollen.

En outre, une précocité dans l'apparition des variétés polliniques de 18 jours a été chiffrée : ce phénomène est à mettre sur le compte du réchauffement climatique.

Pour revenir au principal polluant à Montpellier, le NO2, il est en France à 60 % issu du trafic automobile : dans et autour la capitale régionale cette proportion atteint 85 % !

Ce gaz toxique et irritant pour les voies respiratoires contribue aux pluies acides et à la formation de l'ozone.

L’objectif de qualité est fixé réglementairement à 40 μg par m3 d’air en moyenne annuelle.

Pour la protection de la végétation, à 30 μg/m3 seulement.

Les textes fixent :

- le seuil d'information et de recommandation à 200 μg/m3, en moyenne horaire,

- le seuil d'alerte à 200 μg/m3, lui aussi en moyenne horaire.

Enfin, la valeur limite pour la protection de la santé humaine vaut 200 μg/m3 (c’est une valeur à ne pas dépasser plus de 18 heures par an).

Sur l'aire montpelliéraine, il est observé :

- un dépassement de la valeur limite de protection de la santé humaine pour la moitié des sites de mesures,

- un respect de l'objectif de qualité pour l'autre moitié.

En revanche, le seuil d'alerte n'a jamais été dépassé depuis 2000.

Concernant le benzène, les concentrations augmentent régulièrement depuis le début des mesures en 2001.

En 2003, les objectifs de qualité ont été franchis sur les sites de mesures urbains et largement dépassés sur les sites de mesures de trafic.

L’année 2003, à l’été caniculaire, a connu aussi un record d’heures de dépassement de la valeur horaire de 180 μg/m3 (seuil d’information et de recommandation) : une soixantaine d’heures que ce soit au Sud ou au Nord de Montpellier.

L’ozone est donc un polluant photochimique largement préoccupant sur l’aire montpelliéraine.

Le nombre de jours de dépassement du seuil de 110 μg/m3 sur 8 heures concernant l’objectif de qualité pour la protection de la santé humaine varie tout de même entre 30 et 110 par an suivant les années et les sites.

Heureusement pour les autres polluants aériens, la chance de notre région est que les inversions thermiques (stagnation d'air froid au sol surmonté d'une couche d'air chaud bloquant toute évasion de fumées et de polluants) sont rares (seulement 10 % d'occurrence).

En effet, la Mer Méditerranée est peu sensible au refroidissement nocturne contrairement à la terre, responsable à l'automne et en hiver, par temps clair, du refroidissement de la basse atmosphère.

Quant aux premiers reliefs, s'ils créent des ascendances favorables à la dispersion des polluants, ils favorisent aussi leur dépôt sur leur versant (orientés Sud pour notre région).

En outre, en ville, un effet canyon peut être aussi observé avec un piégeage de la pollution au sol dans les rues bordées d'immeubles lorsqu’elles sont parcourues perpendiculairement par le vent.

En conclusion, si l'aire urbaine montpelliéraine est plutôt privilégiée en matière de pollution atmosphérique, il n'en demeure pas moins que les taux de NOx et plus encore d’ozone O3 sont trop élevés et que le Plan de Protection de l'Atmosphère de Montpellier veut s'atteler légitimement à leur réduction (à suivre dans la prochaine note de « Montpellier Villages), conformément à la demande sociale d’un air sain.