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26/09/2010

Le pire est devant nous

La réforme des retraites approuvée le 15 septembre 2010 par l'Assemblée nationale, après un débat tronqué, est le résultat d’un choix de société.

 

Il s’agit d’un coup d’arrêt donné aux conquêtes sociales de XXe siècle, une sorte de dévaluation de notre standard social.

 

Dans les prochaines années, un nombre croissant de travailleurs, notamment beaucoup de femmes, toucheront des retraites de misère.

 

Tout d’abord, le Gouvernement Fillon a fait le deuil de la société du plein emploi : il préfère en effet des travailleurs âgés plutôt que des jeunes occupés.

 

Les comptes présentés anticipent le maintien durable d’un chômage élevé.

 

Le Président Sarkozy considère que le travail en France est trop cher.

 

De ce fait, les salaires sont mis sous pression en entretenant une masse de sans emplois forcément prêts à embaucher coûte que coûte.

 

Les augmentations de retraite et de salaire sont sous l’éteignoir : le pouvoir d’achat régresse pour les retraités et stagne pour les salariés.

 

L’économie de la connaissance est abandonnée.

 

Elle était basée sur la formation, sur la recherche et sur l’innovation.

 

Elle faisait le pari que nous pouvions – à l’image des Allemands – exceller dans la compétition économique internationale en produisant des biens et des services à haute valeur ajoutée.

 

Le Président Sarkozy n’y croit manifestement plus puisque l’Etat désinvestit massivement dans les domaines pourtant vitaux que sont l’enseignement supérieur et la recherche publique.

 

Le projet économique actuel est d’abaisser les coûts de la main d’œuvre pour concurrencer les pays riches et les pays émergents sur les produits de masse notamment manufacturiers.

 

Au lieu de tirer vers le haut, nos dirigeants acceptent un alignement par le bas sur des modèles sociaux moins évolués.

 

Si l’ambition est d’être moins chers que les autres sur les mêmes créneaux commerciaux, à l’évidence, ce nouveau type de tissu économique ne permettra plus d’offrir le niveau de retraite antérieur.

 

Avec la réforme, de plus en plus de retraités vont dépendre de compléments versés par l’Etat afin d’atteindre minimum vieillesse.

 

Pour les foyers détenant du capital, notamment certains artisans, commerçants, agriculteurs ou femmes seules issues des classes moyennes, ces versements au titre des minima sociaux sont remboursables aux caisses de retraite lors d’une vente d’un bien ou à la liquidation de la succession.

 

Beaucoup de bénéficiaires de retraites, ayant acquis des droits à pension de plus en plus faibles, laisseront donc à leurs héritiers des dettes, un passif qui amènera certains de ces derniers à renoncer à l’héritage.

 

La paupérisation des retraités entraînera donc progressivement celle des générations plus jeunes.

 

Cet appauvrissement aura aussi des conséquences sur l’accès aux soins et donc influera sur l’espérance de vie en bonne santé.

 

Avec moins de moyens, les retraités seront en outre plus isolés, ayant moins accès aux loisirs et aux déplacements.

 

Certains ne pourront pas accéder aux maisons de retraite et beaucoup vont se retrouver en position d’insécurité sociale.

 

Le Gouvernement fait de plus le choix d’une société inégalitaire.

 

A entendre les ministres et à analyser leurs décisions, les riches feraient plus tourner l’économie que les pauvres et les inégalités sociales stimuleraient le dynamisme des individus.

 

Autre choix de société : pousser à l’abandon de la garantie collective pour pousser à la couverture individuelle.

 

Jusqu’à présent, les partenaires sociaux (patronat et syndicats de salariés) décidaient dans le cadre du paritarisme la répartition de la richesse née du travail des entrepreneurs et des employés.

 

Le dogme libéral est passé par là et les patrons, surtout les grands, ne souhaitent plus le même niveau de couverture sociale.

 

Il y a une convergence d’idées, une connivence d’actions très fortes actuellement entre grands patrons et dirigeants du pays.

 

La protection sociale collective a fait les preuves de son efficacité après Guerre : elle reposait sur la solidarité nationale.

 

Or, la couverture individuelle passe par un régime de retraite par capitalisation abondé par l’entreprise et le salarié, à condition que ce dernier puisse dégager un excédent financier (ce qui exclut la plupart des ouvriers et employés).

 

Aucun système de capitalisation ne résout, quoiqu’il en soit, le différé dans le temps, puisque la richesse du pays sera prélevée non pas au moment de l’épargne mais au moment du versement de la pension, c’est-à-dire au même instant que dans un système par répartition.

 

En revanche, l’individu se retrouve esseulé : personne ne lui viendra en aide si ses placements financiers s’avèrent peu productifs.

 

Substituer de la capitalisation à de la répartition, c’est pour un individu, dépendre du puissant monopole des banques et perdre l’appui collectif des millions de salariés unis par les régimes de retraites.

 

C’est aussi un autre choix de société de préférer une privatisation (gestion des pensions par le système bancaire) qu’une conservation d’un service public des retraites où les choix sont autant sociaux et politiques que financiers.

 

Chômage des jeunes, modération salariale, réduction des pensions, inégalité croissante des revenus et des patrimoines, individualisation des cotisations, privatisation de la gestion des retraites, tel est le tableau d’un nouveau projet de société qui, d’après le Gouvernement, stimulerait l’énergie individuelle et la croissance : ce résultat reste, c’est le moins que l’on puisse dire, à démontrer !

 

Si la crise économique donne une explication pratique et facile au marasme actuel, je suis toutefois de ceux qui pensent que la dépression que nous traversons est en grande partie due à l’orientation sociétale impulsée par le Président Sarkozy et non par la conjoncture.

 

Un système inégalitaire ne sera jamais de nature à stimuler la créativité et la productivité des travailleurs Français.

07/03/2010

Retraites par répartition : un système efficace

Avant guerre, le bénéfice des retraites en France a d’abord être circonscrit au périmètre des grandes entreprises.

 

En 1945, dans un grand élan social, le système des retraites par répartition a été généralisé à l’ensemble de la population.

 

François Mitterrand et son Gouvernement d’Union de la Gauche ont ensuite marché sur les pas des Libérateurs de la France en abaissant l’âge légal de la retraite à 60 ans à condition de disposer de 37,5 annuités (ordonnance du 26 mars 1982).

 

Alors que beaucoup de personnes âgées dépendaient de la charité privée ou de la solidarité de leur descendance, les retraités ont pu jouir progressivement d’une indépendance financière.

 

Aujourd’hui, le système des retraites par répartition participe pour beaucoup à la parité de pouvoir d’achat entre les retraités et les actifs.

 

Ainsi, le pouvoir d’achat moyen des retraités se situait en 2006 à environ 21.000 € par unité de consommation (revenu net disponible constitué des pensions, retraites, salaires éventuels, prestations sociales et revenus du patrimoine).

 

Grâce au principe de solidarité entre les générations (les actifs paient sur leur travail la retraite de leurs aînés contemporains), le taux de pauvreté des retraités (en prenant un seuil de 50 % du revenu médian) a chuté de 28 % en 1970 à 11 % en 1980 et à 4 % en 2000.

 

A partir de 1990, le taux de pauvreté des retraités est passé pour la première fois de l’Histoire au dessous de celui de l’ensemble de la population (où le taux de pauvreté de 5 % en 1970 commet en 1980 a crû à 6 % en 2000).

 

Le minimum vieillesse (maintenant appelé ASPA pour Allocation de solidarité aux personnes âgées) concernait 2,5 millions aînés en 1960 contre seulement 1,7 millions en 1980 et 0,6 million en 2000.

 

En outre, si 10 % des plus de 90 ans bénéficient de l’ASPA, ils ne sont que 2 % dans la tranche d’âge des 60-64 ans, ce qui démontre l’amélioration des droits à la retraite des nouveaux pensionnés (jusqu’en 2003 puisque depuis on constate au contraire une régression).

 

La retraite par répartition a tout simplement assuré la sécurité, l’autonomie et la dignité à des millions de Français.

 

L’alternative à la répartition est la capitalisation si chère aux derniers gouvernements de Droite et aux fonds de pensions anglo-saxons.

 

Or, l’épargne retraite ne représente, à ce jour en France, que 5 % des cotisations pour se constituer une pension et que 2 % des prestations de retraites versées.

 

Le système de retraite par capitalisation est donc marginal dans notre pays.

 

Qui plus est, le taux de détention de contrat d’épargne retraite, en 2004, est de 45 % chez les professions libérales, de 25 % chez les cadres mais seulement de 15 % chez les employés et de 5 % chez les ouvriers.

 

C’est ainsi un dispositif élitiste qui nécessite une capacité d’épargne totalement disproportionnée par rapport aux petits salaires.

 

D’ailleurs, plus le patrimoine d’une personne en activité est important et plus cette dernière effectue des placements en épargne salariale.

 

En outre, la capitalisation ne consiste pas à accumuler des sommes que l’on retrouverait (à supposer qu’une crise financière ne les ait totalement dilapidées), grossies d’intérêts, à sa retraite.

 

En réalité, les sommes perçues au moment de la retraite sont ponctionnées sur la richesse nationale du moment et pèse indirectement sur les actifs contemporains du versement des pensions.

 

Un régime de retraite par capitalisation n’amène rien si ce n’est une individualisation (c’est-à-dire une absence de solidarité entre individus) et une gestion des fonds par le système bancaire échappant donc à celle paritaire des syndicats et du patronat sous l’œil du Gouvernement.

 

La retraite par capitalisation échappe en fait à tout contrôle démocratique et à la supervision des corps intermédiaires.

 

Le financement du régime des retraites par répartition a nécessité, en 2007, 247 milliards d’€, soit 44,9 % des prestations de protection sociale (à titre de comparaison : 36,5 % pour la santé).

 

Cette somme représentait, toujours en 2007, 13,2 % du PIB français (Produit Intérieur Brut) contre 5,4 % en 1959.

 

Cette augmentation des prélèvements a fait l’objet d’une excellente acceptation de la part des Français (il faut dire tout de même qu’entre 1959 et 2007, la masse salariale, multipliée par 5,4 a permis un partage du « gâteau » entre salariés et retraités).

 

En revanche, les gouvernements de Droite et le MEDEF ne semblent plus disposer à équilibrer le système de retraite par répartition.

 

C’est ce qui rend inquiet, à juste titre, les Français.

 

Pourtant, suite aux réformes restrictives de ces dernières années (Balladur-Veil en 1993 et Fillon en 2003), le prélèvement sur le PIB est estimé à 14,7 % en 2050.

 

Le supplément de financement à trouver est donc relativement minime et parfaitement à la portée d’une société avancée.

 

Le Comité d’orientation des retraites (COR), dans rapport 2007, a défini un « scénario de base » qui semblait le plus plausible et qui donnait les éléments chiffrés suivants :

 

Année

2006

2015

2020

2030

2040

2050

Rapport démographique

(nombre actifs/ nombre retraités)

1,82

1,65

1,52

1,34

1,25

1,21

Masse des cotisations

en % du PIB

12,9

13,0

13,0

13,0

13,0

13,0

Dépenses de retraite en % du PIB

13,1

13,7

14,1

14,7

14,9

14,7

Besoin de financement en point de PIB

0,2

0,7

1,0

1,6

1,8

1,7

Besoin de financement

(en milliards d’€)

4,2

15,1

24,8

47,1

63,4

68,8

Ratio entre la pension nette moyenne et le salaire net moyen (base 100 en 2006)

100

96

91

85

81

77

 

Ce scénario se fait à taux de prélèvement constant en ce qui concerne les cotisations, au prix toutefois d’une dégradation du ratio pension nette / salaire net moyen (c’était d’ailleurs le sens de l’indexation des retraites sur les prix et non plus sur le les salaires, plus dynamiques en terme de progression, décidée lors de la réforme Balladur-Veil de 1993).

 

Globalement, l’avenir de la retraite par répartition n’est donc pas aussi sombre que ce que certains voudraient nous faire croire.

 

Notre système de retraites par répartition est-il cependant perfectible ?

 

Bien sûr : et pas forcément dans le sens d’une restriction des droits des retraités (ce qui a été le cas en 2003 de ce que beaucoup ont qualifié de « contre-réforme » Fillon).

 

En effet, la disparité entre les niveaux de retraites (coefficient de 3,5 entre les 10 % les plus élevés et les 10 % les plus faibles) est plus forte que la disparité entre les niveaux de salaires (coefficient de 3,1 entre les 10 % les plus élevés et les 10 % les plus faibles).

 

De plus, alors que les cotisations sont proportionnelles aux salaires, les personnes ayant une situation sociale plus élevée vivent plus âgées et donc obtiennent un meilleur rendement sur leur contribution : les ouvriers financent en quelque sorte un partie de la retraite des cadres.

 

En outre, les femmes (dont l’espérance de vie active en 2006 n’est que de 31,5 ans contre 36,5 ans pour les hommes) bénéficient d’une retraite inférieure de 40 % à celle des hommes (et qui serait même seulement égale à la moitié de celle des hommes sans les compensations que représentent la réversion, la majoration pour enfants ou encore le minimum vieillesse).

 

Cela signifie que des choix plus généreux sont encore possibles, pour améliorer et non saper notre système de retraites par répartition, comme par exemple celui de maintenir à l’avenir les ratios actuels entre montant des retraites et salaires moyens (« taux de remplacement »).

 

Il faudrait alors certes un financement supplémentaire, qu’un pays riche comme la France peut mobiliser sans conteste, mais les futurs retraités auraient alors moins tendance à augmenter leur épargne, ce qui refroidit fortement l’économie, du fait de l’incertitude quant à un niveau suffisant de pension.

 

Ce type de décision visant à améliorer le niveau des retraites n’appartient pas forcément à un gouvernement mais devrait relever, de façon incomparablement plus démocratique, d’un référendum populaire.

04/03/2010

Retraites : le défi démographique

Notre pays connaît une formidable progression de l’espérance de vie (majorée de presque 3 mois par an lors de la dernière décennie).

 

La rançon de cette avancée est le vieillissement de la population qui devrait se poursuivre dans les années à venir.

 

Le standard de 2 générations par famille, au début du XXème siècle, cède maintenant le pas à un standard de 4 générations, dont quelquefois 2 sont à la retraite.

 

En outre, l’espérance de vie en bonne santé (9,5 ans pour les femmes à 65 ans et 8,5 ans pour les hommes au même âge) augmente plus vite que l’espérance de vie à la naissance.

 

L’état de santé des aînés progresse donc positivement.

 

Qui plus est, les anciens ont moins l’impression de vieillir.

 

De la sorte, l’âge psychologique accuse de nos jours un retard qui est estimé à environ 15 ans, à l’âge de 70 ans, sur l’âge biologique !

 

Des aînés plus nombreux, moins malades et moins dépendants, se sentant plus jeunes que leur âge : pas étonnant dans ces conditions que l’espérance de vie puisse virtuellement atteindre 90 ans pour les femmes en 2050 (contre 84,3 ans en 2008) et 85 ans pour les hommes (contre 77,5 ans en 2008).

 

Le nombre d’années passées à la retraite est ainsi potentiellement croissant.

 

Actuellement, la durée moyenne de la retraite (23 ans) s’avère plus longue que la durée moyenne de la scolarité (19 ans).

La durée de la retraite a plus que doublé depuis les années 1950.

 

La France compte maintenant environ 15 millions de retraités, sous l’effet de l’arrivée des classes du baby-boom, nées après 1946.

 

L’effet de cette arrivée à l’âge de la retraite de classes démographiquement fortes a été renforcé par la diminution de l’âge moyen de départ en retraite : 64,5 ans en 1970 (avec un âge légal de départ fixé à lépoque à 65 ans), 61,0 ans en 1980 et 59,0 ans en 2007 (un des plus faibles du Monde).

 

Toutefois, depuis cette date, l’âge moyen de départ à la retraite a subi une inflexion historique en commençant à augmenter.

 

L’ordre de grandeur du nombre de retraités est estimé à 21 millions pour 2040.

 

Les Français anticipent donc un déséquilibre démographique entre actifs et retraités.

 

Cette perception est exacerbée par la négation du flux migratoire qui alimente pourtant la France en adultes actifs et participe, sans en être le moteur essentiel, au maintien à un niveau inespéré du taux de fécondité (2,0 enfants par femme en âge de procréer).

 

La natalité française est en fait une exception en Europe.

 

Les taux sont bas, voire très bas, dans la plupart des autres pays européens (moyenne de 1,4 seulement) : 1,3 en Pologne et en Allemagne, 1,4 en Italie, 1,5 en Espagne !

 

En outre, dans une Union européenne qui est la région la plus âgée du Monde (17 % de la population a plus de 65 ans), la France fait partie des pays plutôt jeunes.

 

L’Allemagne et l’Italie comptent 20 % de plus de 65 ans, l’Espagne et la Belgique sont à la moyenne européenne de 17 %, la France et le Royaume-Uni ne sont qu’à 16 % tandis que la Pologne et les Pays-Bas, avec 14,5 %, tout comme l’Irlande, avec 11 %, font figure de pays les plus jeunes.

 

Globalement, il y a donc lieu d’être moins pessimiste en France, avec plus d’enfants et moins d’aînés, que dans beaucoup d’autres pays européens quant à la pérennité de notre système de retraites par répartition.

 

Bien sûr, la dégradation du rapport entre nombre de cotisants et nombre de retraités ne lasse pas d’interroger : 4,30 en 1965, 1,65 en 2002 et 1,45 en 2008.

 

L’étau se resserre donc malgré des conditions démographiques plutôt favorables par rapport à nos voisins européens.

 

Grosso modo, il se pourrait qu’il n’y ait plus qu’un seul cotisant pour un retraité en 2040, au paroxysme de l’ajustement démographique que nous vivons.

 

Plus sûrement, ce ratio devrait toucher un plus bas à 1,2 actif pour 1 retraité.

 

Alors, le système français de retraites par répartition, qui achoppe ces dernières années sur des déficits croissants, est-il dépassé et moribond ?

 

Rien de si sûr en réalité.

 

Bien entendu, les Cassandre sont nombreux en la matière qui verraient bien un système par capitalisation s’y substituer.

 

Alors qu’en fait, cette grande avancée sociale issue d’un consensus salariat-patronnat d’après Guerre, à la Libération, représente une grande et irremplaçable chance pour la France, à condition que l’on sache l’adapter aux nouvelles réalités de notre société post-industrielle.