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22/02/2013

Faut-il recruter davantage d’enseignants ?

Faut-il recruter davantage d’enseignants ?

La réponse est clairement non s’il s’agit de maintenir des professeurs dans des filières à faible débouché professionnel ou sur des territoires où le nombre d’élèves est trop faible.

De même, les établissements accueillant un public sans problèmes particuliers ne mérite pas forcément un encadrement aussi important que dans les quartiers difficiles.

Force est de constater qu’un gaspillage significatif de fonds publics est intervenu sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avec une approche purement comptable de l’affectation du personnel (réduction proportionnelle et égale partout en France).

Surtout, les recteurs, seulement responsabilisés sur un objectif d’économie, ont traité l’allocation de ressources de façon démagogique, notamment en milieu rural, afin d’éviter d’avoir des maires et des grands élus sur le dos.

Les yeux rivés sur la réduction, coûte que coûte, des effectifs, l’objectif de réallocation vertueuse des moyens a été oubliée.

Or, la montée en puissance des baccalauréats professionnels, l’émergence de nouveaux métiers, les difficultés en lecture et en compréhension de texte d’un nombre alarmant d’enfants, méritaient une prise en compte.

En supprimant 80.000 postes d’enseignants en 5 ans, c’est la création de nouvelles formations nécessaires à la compétitivité de nos entreprises qui a été oublié, le suivi des enfants en situation d’handicap ou en difficultés majeures abandonné (RASED) et le vivier de maîtres remplaçants supprimé.

Cela signifie, concernant ce dernier point, qu’au hasard de la vie, que dans les classes où les professeurs étaient absents durablement, les élèves se trouvaient sacrifiés dans leurs apprentissages.

En outre, les trous dans l’emploi du temps désorganisaient et dépréciaient le reste de la formation, en démobilisant les élèves.

Considérer l’enseignement comme une dépense est forcément péjoratif : il s’agit d’un investissement, certes immatériel, mais hautement productif.

C’est d’ailleurs, de très très loin, l’investissement principal de l’Etat.

Celui qu’il doit à la société pour préparer la richesse de demain.

Quel est le nouveau dispositif mis maintenant en place par le Ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon ?

Il créé 6.770 postes d’enseignants dans le public, pour la rentrée 2013/2014 :

-         3.006 dans le premier degré,

-         3.764 dans le second degré.

Cette mesure d’un coût en année pleine de l’ordre de 200 millions d’euros est largement couverte par les économies escomptées à l’occasion du retrait de nos troupes en Afghanistan (522 millions d’euros de dépenses en 2011, hors aide civile).

Cette rupture dans l’évolution du nombre d’enseignants (une hausse au lieu de baisses systématiques depuis 2008) est surtout accompagnée d’une rupture dans l’affectation.

Vincent Peillon a demandé aux recteurs de répartir les postes sans saupoudrage et « sans donner plus à ceux qui ont déjà beaucoup ».

Ces créations doivent notamment permettre de faire face à l’afflux de 30.328 enfants supplémentaires dans les écoles maternelles et primaires publiques (besoin de 1.000 postes environ).

Mais si François Hollande a promis dans son programme présidentiel la création de 60.000 postes d’enseignants sur le quinquennat, il faut que cette action volontariste soit vertueuse et efficace.

Premièrement, le rééquilibrage entre académies débute :

-         la Martinique (- 1.000 élèves en maternelle-primaire et - 771 élèves en collèges-lycées), Nancy-Metz (- 986 et - 366) et la Guadeloupe (- 665 et - 504) perdent des maîtres, les effectifs ayant une tendance lourde à la baisse,

-         Versailles (+ 439 enseignants en maternelle-primaire et + 400 enseignants en collèges-lycées), Créteil (+ 405 et + 430) et Toulouse (+ 109 et + 369) constituent le tiercé de tête, en terme d’augmentation des moyens humains,

-         Montpellier (+ 117 et + 235) connaît des ouvertures de postes supérieures (de l’ordre de 20 %) à la moyenne nationale.

Un mal de l’Administration d’Etat est bien cette lourdeur à redéployer les moyens sur le territoire, le conservatisme étant le penchant naturel de beaucoup de Français et de certains de leurs représentants.

Seules les académies d’Aix-Marseille, Grenoble et Lyon nécessitent plus de créations en premier degré qu’en second, signe de leur dynamisme de leur nombre de naissances.
Pour les autres académies, les besoins d’enseignants supplémentaires, du fait de la croissance des effectifs, sont tendanciellement de plus en plus faibles, ce qui permettra donc un approfondissement qualitatif sur les 4 dernières années du quinquennat.

Quels sont les objectifs qualitatifs du Gouvernement ?

Tout d’abord, recréer des viviers de remplaçants pour éviter à certains jeunes des années de formation chaotiques, surtout quand ce sont les enseignants de matières principales qui sont longuement absents.

Ensuite, scolariser les enfants de 3 ans dans les zones difficiles.

On sait depuis longtemps que la réussite scolaire est d’autant plus élevée que l’entrée en maternelle est précoce.

Si les familles les moins intégrées ont de la réticence à confier leurs enfants à l’institution, ce sont pourtant bien eux qui auraient besoin d’une sociabilisation précoce.

Or, l’école offre souvent peu de capacité d’accueil dans les quartiers populaires (d’où la prudence de laisser du temps aux municipalités pour construire les salles de classe nécessaires).

Vincent Peillon a fixé comme objectif initial l’accueil de 15.000 jeunes enfants à la rentrée 2013/2014 et d’ici 2017 de 30 % d’une tranche d’âge.

15 académies ont été ciblées comme prioritaires.

En outre, il est prévu d’affecter 7.000 enseignants, en sus des effectifs classiques, dans les écoles accueillant des enfants de milieux défavorisés afin d’endiguer la difficulté scolaire des première années et réduire plus tard l’échec scolaire, très coûteux pour une économie du savoir et de la connaissance comme la nôtre.

La dotation en enseignants surnuméraires sera conditionnée à la production d’un projet pédagogique, toujours dans un souci de performance.

Une évaluation du dispositif sera nécessaire pour éviter que l’argent dépensé ne produise pas tous les effets escomptés.

Enfin, le Ministre de l’Education Nationale donne priorité à l’enseignement professionnel.

Si globalement, dans les collèges et les lycées, environ 2.500 postes nouveaux iront à l’accueil de 29.825 élèves supplémentaires, les 1.300 restants renforceront l’enseignement professionnel.

Les formations de ce dernier seront progressivement adaptées à la demande du marché de l’emploi et à la demande des élèves.

La Cour des Comptes a en effet pointé du doigt, dans un rapport paru le 12 décembre 2012, l’inégalité d’offre de formation aux élèves en fonction du lieu ou des spécialités.

Plus globalement, c’est le souci d’une orientation optimale et équitable qui reçoit un début de réponse.

Avoir un système éducatif doté des moyens financiers et humains idoines, performant, juste socialement, est la condition majeure pour que notre pays tienne son rang de nation avancée (le 5ème au Monde).

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26/12/2010

Pour l’égalité réelle

Depuis les échecs répétés aux élections présidentielles de 2002 (Lionel Jospin absent du second tour) et de 2007 (les Français plébiscitent Nicolas Sarkozy), les Socialistes doutent.

 

Le dogme libéral a séduit les Français en 2002.

 

Le néolibéralisme a triomphé jusqu’à la récente crise économique et financière.

 

Les critères de Maastricht ont été assouplis de fait depuis une dizaine d’années (déficits publics et dettes publiques largement au-delà de respectivement 3 % du PIB et 60 % du PIB), sans que cela soit la panacée, pourtant invoquée inlassablement, par la « Gauche de la Gauche ».

 

Aucun parti en France ne prône plus la Révolution.

 

Les Socialistes sont donc sûrs d’une chose : seule la réforme, certes profonde, mais progressive de notre société, permettra de sortir de la crise sociale et de la crise écologique dans laquelle la mondialisation libérale et la financiarisation du capitalisme nous ont jetées.

 

Aujourd’hui, le Socialisme démocratique est le seul système de gouvernement à même de mener de pair progrès social et progrès économique.

 

Encore faut-il que le Socialisme français s’adapte à la modernité, à un Monde qui a changé ?

 

C’est à cette difficile tâche que se sont attelés les militants socialistes au cours de l’année 2010, avec la refonte des textes définissant la ligne politique du Parti Socialiste.

 

Ce dernier vient ainsi de clore récemment sa « Convention égalité réelle » (cf. Texte intégral).

 

Un vote des militants le 2 décembre 2010, a permis d’approuver ce texte qui fait des propositions pour lutter contre les inégalités d’éducation, de revenus, de conditions de vie, entre les territoires, femmes-hommes, en terme d’accès aux services publics, au logement et à la santé.

 

Ce sera la doctrine du Parti socialiste pour la prochaine élection présidentielle afin que l’égalité, obtenu par la Révolution de 1789, ne soit pas un vain mot.

 

En effet, la politique menée par Nicolas Sarkozy aggrave chaque jour les inégalités.

 

Les Français sont ainsi exposés au déclassement social.

 

Le Parti Socialiste, au contraire, fait le choix d’une société du progrès social où la mobilité et la promotion sociale sont un objectif.

 

Le Parti Socialiste donne la priorité à l’amélioration des conditions de vie des Français quelle que soit leur place dans la hiérarchie sociale.

 

A n’en pas douter, les inégalités sociales sont le moteur de l’appauvrissement économique, humain et intellectuel de la France.

 

Une société n’allant pas vers l’égalité devient de plus en plus violente, de plus en plus refermée sur elle-même, de plus en plus inefficace.

 

Parce qu’il est réformiste, le Parti Socialiste ambitionne de lutter contre toutes les inégalités dans la durée, en s’appuyant sur :

-         un Etat régulateur,

-         des services publics universels et personnalisés,

-         les collectivités territoriales (nouvelle étape de la décentralisation, péréquation des moyens entre collectivités, approfondissement de la démocratie locale),

-         la démocratie sociale (compromis social basé sur la négociation, rôle accru pour les partenaires sociaux)

-         et le milieu associatif (services de proximité, perception des nouveaux besoins et innovation sociale).

 

Les Socialistes veulent :

-         garantir des droits à tous les citoyens en luttant contre toutes les discriminations,

-         agir pour l’égalité des conditions d’existence : salaires, fiscalité, lutte contre la pauvreté, contre les ghettos, la marginalisation des banlieues et du monde rural,

-         traiter les inégalités à la racine en agissant pour l’éducation, la formation et la qualification de tous.

 

Développons, dans les prochaines lignes, ce volet du programme du Parti Socialiste, essentiel pour donner ou redonner une chance à chacun.

 

Les Socialistes font l’analyse que notre système éducatif est en crise, n’évite pas la reproduction sociale, est très inégalitaire et génère trop d’échec scolaire.

 

Les Socialistes pensent que la nécessaire démocratisation et la massification du système éducatif français ne sont pas incompatibles avec la transmission d’un savoir de haut niveau.

 

Partout dans le Monde, plus les systèmes éducatifs sont égalitaires, plus ils sont efficaces en terme d’élévation du niveau des connaissances et plus ils conduisent à la réussite scolaire ou universitaire.

 

L’égalité des chances commence à la prime enfance : le PS souhaite réorienter les aides publiques vers les modes de garde collectifs (triplement du nombre d’enfants accueillis en 10 ans), rendre la scolarité obligatoire à 3 ans et augmenter les moyens consacrés à la protection de l’enfance, à la protection maternelle et infantile ainsi qu’à l’action sanitaire et médico-sociale.

 

Pour les parents, le PS souhaite partager à égalité le congé parental entre les deux parents et intégrer dans le droit français la directive européenne portant le congé de maternité à 20 semaines, ce à quoi la Droite se refuse.

 

Le Parti Socialiste veut en outre redonner de grandes ambitions à l’école en assignant des objectifs de 80 % d’une classe d’âge au Bac (contre 63 % aujourd’hui), de 50 % au niveau licence et de 100 % de jeunes sortant du système éducatif avec au moins un diplôme.

 

Concernant les rythmes scolaires, le PS prévoit de revenir à une semaine de 5 jours éducatifs, en lien avec les collectivités locales et les associations périscolaires, pour éviter les fatigues de la semaine des 4 jours.

 

Pour lutter contre l’échec scolaire, la modulation des horaires en fonction du niveau des élèves et l’appel à des associations de soutien scolaire sont prévues.

 

Le collège s’inscrira dans une plus grande continuité avec l’école primaire et les enseignements seront plus ouverts sur les activités artistiques, culturelles et sportives.

 

La priorité sera toutefois donnée à l’école primaire avec des effectifs restreints dans certaines classes ou établissements afin de personnaliser l’enseignement.

 

Le nombre d’élèves par classe ne devra pas dépasser la vingtaine sur tout le territoire.

 

Les moyens financiers seront dirigés partout où les besoins sont les plus importants (notamment dans les Zones d’Education Prioritaire) en rompant avec la politique actuelle du soupoudrage des crédits (« Internats d’excellence », plan « Espoir banlieue ») qui consiste à focaliser quelques maigres finances sur quelques élèves pour faire croire à une généralisation des mesures.

 

Une nouvelle carte scolaire sera mise en place avec une sectorisation respectant la logique territoriale et tenant compte d’un équilibre vis-à-vis des critères sociaux et scolaires.

 

Le PS souhaite aussi ouvrir le chantier de la scolarité jusqu’à 18 ans ce qui nécessite à l’évidence une profonde réorganisation du contenu de l’enseignement.

 

Notamment, la voie professionnelle, au travers les « lycées des métiers », regroupant des formations de tout niveau autour de spécialités, doit devenir une voie de réussite privilégiée.

 

Partant du constat que 10 % des jeunes de 16 à 17 ans sont déscolarisés, avec toutes les conséquences que cela engendre, il est nécessaire qu’ils soient pris en charge à l’intérieur même du système éducatif avant qu’il ne soit trop tard.

 

Pour l’enseignement supérieur, des moyens sont à apporter afin de permettre la massification : il faut non seulement pouvoir admettre plus de lycéens mais surtout contrer l’échec en premier cycle universitaire.

 

En vue d’améliorer la démocratisation de l’enseignement supérieur, des allocations d’études seront mises en place.

 

Concernant l’orientation, c’est un point faible en France avec une grande difficulté pour les enfants issus des milieux défavorisés à valoriser leurs compétences au travers du juste choix d’une filière ou d’une formation.

 

Que ce soit en Seconde ou dans l’enseignement supérieur, il faut instituer de vraies passerelles avec des possibilités de réorientation.

 

D’autre part, la formation des enseignants sera refondue avec une entrée progressive dans la carrière.

 

Le métier d’enseignant sera revalorisé et la précarisation des emplois sera réduite.

 

Le Parti Socialiste souhaite favoriser la co-éducation permettant à tous les intervenants (enseignants, parents, personnels de surveillance, agents techniques, etc.) de dialoguer et d’œuvrer collectivement dans une même direction.

 

C’est déjà ce qu’essaie de coordonner les collectivités locales dans les contrats éducatifs locaux où une synergie est recherchée entre activités périscolaires, bibliothèques, soutien scolaire, centres de loisirs, interventions d’associations, éducation populaire, etc.

 

Enfin, tout au long de la formation, les apprenants devront se voir offrir une ouverture sur la société et le monde de l’entreprise au travers de stages, visites, conférences, rencontres, forum des métiers, etc.

 

Certains penseront qu’en cette période de Noël et de bons sentiments, le programme du Parti Socialiste pour l’éducation relève de l’utopie.

 

Il s’agit, en tous cas, d’un chantier majeur pour la France et les Français si nous voulons garder notre rang dans les 10 plus puissants pays du Monde.

 

Il nous faut être collectivement ambitieux, éviter le renoncement.

 

Cette feuille de route servira au candidat socialiste lors de la Présidentielle de 2012 : elle a le mérite d’informer les électeurs sur la société que veut le Parti Socialiste, une société qui aille véritablement vers l’égalité réelle.

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13/08/2010

Les effets de l’assouplissement de la carte scolaire

La carte scolaire a été créée en 1963 lors de la réforme Fouchet qui a unifié en un seul système éducatif l’enseignement primaire, l’enseignement secondaire, l’enseignement technique et les centres d’apprentissage.

 

En imposant la scolarisation dans l’établissement de proximité, la carte scolaire permettait de répartir entre tous les collèges la petite minorité d’élèves qui avait accès aux premiers cycles des lycées.

 

L’objectif était la mixité sociale et un élargissement du vivier de recrutement des élites.

 

Au fil du temps, les classes moyennes ont embrayé le pas des classes supérieures en demandant de plus en plus de dérogations visant à détourner la sectorisation.

 

Les décisions d’octroi des dérogations étaient opaques et elles étaient plus facilement obtenues par les initiés du système éducatif.

 

Les parents invoquaient un motif lié par exemple, aux difficultés de transport, ou tiraient parti d’options rares non disponibles dans leur établissement de rattachement pour en viser un autre.

 

Après avoir envisagé la suppression de la carte scolaire, souhaitant « donner le libre choix de l’établissement aux familles », Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos ont décidé « un assouplissement de la carte scolaire », en juin 2007.

 

Précédemment, Jacques Chirac et François Bayrou avaient considéré que la carte scolaire était « le garant de la mixité sociale » tandis que Ségolène Royal jugeait que cette « carte fige et cristallise les inégalités » tout en promettant « plus de moyens aux établissements délaissés ».

 

La sectorisation, découpage du territoire en zone de recrutement de chaque établissement scolaire, est décidée pour les collèges par le Conseil général et pour les lycées par l’Etat.

 

Dans tous les cas, c’est l’Inspection d’Académie qui procède aux affectations des élèves et décide d’éventuelles dérogations aux secteurs géographiques.

 

Depuis 2007, une priorité est donnée, dans l’ordre décroissant, aux enfants handicapés, aux boursiers, aux malades et aux fratries dispersées.

 

L’école élémentaire (maternelle et primaire), sauf exception, ne peut déroger à la carte scolaire.

 

La carte scolaire est, avant tout, un droit donné aux parents de scolariser leurs enfants dans l’établissement du secteur géographique où ils résident.

 

En effet, la carte scolaire régule certes la demande des familles mais aussi l’offre scolaire (en quantité c’est-à-dire en capacité d’accueil dans un établissement).

 

L’Inspection d’Académie doit ouvrir (ou devrait ouvrir) un nombre de classes suffisantes pour accueillir les élèves du secteur.

 

Par extension sémantique, une ouverture ou une fermeture de classe est une mesure dite « de carte scolaire ».

 

Les postes d’enseignants sont donc répartis suite à une analyse des effectifs d’élèves.

 

Les deux objectifs affichés de l’assouplissement de la carte scolaire étaient la liberté du choix des familles et l’accroissement du brassage social.

 

Ont-ils été atteints ?

 

Concernant la liberté du choix des familles, sur 95.246 demandes de dérogations en 2007, 74,7 % ont été accordées et pour 115.003 demandes en 2008, 75,4 % l’ont été.

 

La réforme de la carte scolaire a donc entraîné une recrudescence modérée (+ 20,7 %) du nombre de demandes de dérogation et environ 16.000 élèves supplémentaires ont pu bénéficier d’un accord, représentant 0,7 % du nombre de collégiens et de lycéens.

 

Globalement, respectivement pour un collège standard à 600 élèves et un lycée standard à 1.200 élèves, cela représente 4 et 6 élèves qui obtenaient auparavant leur ticket de sortie, et maintenant, 1 à 2 de plus suite à la mesure d’assouplissement de la carte scolaire.

 

On est véritablement dans l’exception et dans l’effet d’annonce au niveau de la communication gouvernementale.

 

D’ailleurs, l’objectif du Ministère de l’Education Nationale de multiplier par 2 le nombre d’élèves bénéficiant d’une dérogation entre les rentrées 2007 et 2008 est, à l’évidence, loin d’être atteint.

 

Alors, pourquoi cette « mesurette » agite t’elle tant les parents d’élèves, les enseignants et les élus.

 

Tout d’abord, parce qu’elle met en concurrence les établissements.

 

Or, cette dernière favorise l’homogénéisation plutôt que la diversification des origines sociales.

 

Ainsi, les établissements les plus défavorisés, aux résultats les plus faibles, sont fuit et concentrent les élèves en difficulté (diminution de la mixité scolaire) tandis que les établissements favorisés voient leur mixité sociale légèrement augmenter mais au détriment de la mixité scolaire (concentration des meilleurs élèves).

 

Quant aux établissements « moyens », l’assouplissement de la carte scolaire radicalise leur profil et les fait basculer soit vers le haut, soit vers le bas.

 

La ghettoïsation d’un établissement peut être accélérée par le fait que si les parents souhaitent avoir le choix, il en est de même des enseignants qui veulent prioritairement rejoindre les « bons établissements » (les professeurs avec de l’ancienneté et conséquemment de l’expérience s’y concentrent donc).

 

L’assouplissement de la carte scolaire est-elle efficace sur le plan de la réussite scolaire ?

 

La réponse est vraisemblablement non en France car, dans aucun des pays de l’OCDE, le libre choix des parents s’est traduit par un accroissement de la performance du système éducatif.

 

Les critères de sélection des bénéficiaires des dérogations sont-elles améliorées ?

 

Les élèves boursiers, prioritaires, sont 33 % de plus à avoir obtenu le blanc-seing au collège avec un taux de satisfaction en hausse à 92 % mais le taux de 89 % ne s’est pas amélioré au lycée.

 

Auparavant, la sélection se faisait au niveau des établissements sur des critères de niveau scolaire : la méritocratie recule donc devant l’équité (le niveau social ne met pas sur un pied d’égalité quant au niveau scolaire).

 

Dernière question, l’assouplissement de la carte scolaire est-elle une mesure républicaine et durable ?

 

D’une part, le libre choix s’avère quasiment impossible en milieu rural du fait de l’éloignement ce qui porte atteinte au principe d’égalité républicaine : seul un fort développement des internats pourrait pallier à cette faiblesse, dans un souci d’aménagement de ces territoires.

 

D’autre part, la règle de non remplacement d’un fonctionnaire d’Etat sur 2 partant à la retraite met à mal l’assouplissement de la carte scolaire.

 

En effet, de nombreux établissements, insuffisamment dotés en enseignants et donc dans l’incapacité d’ouvrir le nombre de classes nécessaire, ne sont pas en mesure d’accueillir en dehors de leur secteur de recrutement.

 

D’autres collèges ou lycées, victimes de leurs succès, n’ont plus de locaux disponibles pour suivre la croissance des effectifs.

 

En réduisant le nombre des professeurs de 11.200 en 2008 (sur 22.700 agents au total dans la Fonction publique d’Etat), puis de 13.500 en 2009 (sur un total de 30.000) et enfin de 21.000 en 2010 (sur un total de 34.000), le Ministère de l’Education Nationale est dans l’obligation de remplir au maximum les classes et corrélativement d’en supprimer là où elle ne sont pas totalement remplies.

 

Cette démarche comptable contrarie forcément les velléités de certains parents puisque l’offre d’enseignement disparaît çà et là.

Or, fin 2008, Xavier Darcos, devant le Sénat, à l’occasion du budgétaire 2009, s’est engagé à ce que « les établissements qui perdront des élèves en raison de la suppression de la carte scolaire conserveront leurs moyens et les mobiliseront pour améliorer la réussite de leurs élèves, par exemple au travers de projets personnalisés de réussite éducative ».

 

C’est le cas de la moitié des établissements en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) touchés par une hémorragie de départs.

 

Avec des postes en moins au niveau national et des transferts d’enseignants décemment non possibles entre établissements défavorisés et établissements favorisés, l’offre d’enseignement recule en nombre.

 

Elle régresse aussi en diversité car pour assurer des options variées, souvent devant des classes à petit effectif, il faut des moyens en professeurs.

 

La possibilité d’obtenir une affectation dérogatoire sera donc de plus en plus difficile à obtenir.

 

D’ailleurs, dès la rentrée 2000/2011, les parents sont invités à faire le choix d’un établissement où l’élève, en cas d’admission, ne sera pas forcément en mesure de choisir l’option qu’il souhaitait, les places pour les options les plus prisées étant limitées.

 

Le libre choix d’un établissement risque donc de s’accompagner d’options non choisies, la sélection vis-à-vis de ces dernières relevant a priori du niveau scolaire qui ne figure pas dans les critères d’obtention d’une dérogation.

 

Si grâce à l’assouplissement de la carte scolaire, certains élèves rejoindront l’établissement souhaité, ils n’y suivront pas forcément la scolarité désirée.

 

En conclusion, l’assouplissement de la carte scolaire concerne peu d’élèves aujourd’hui (et en concernera encore moins demain), peut s’avérer pénalisante pour le bénéficiaire, ambitionne d’élargir la base sociale de l’élite scolaire au détriment des effets induits de ségrégation sociale.

 

Rien ne sert en effet de « déshabiller Paul pour habiller Jacques ».

 

Au contraire, l’objectif devrait être, partout, l’excellence, c’est-à-dire la capacité des établissements scolaires à sublimer, au niveau des résultats des élèves sortants, le potentiel de réussite des élèves entrants.

 

Il faudrait aussi que soit mise en place, sur un bassin de recrutement des élèves (arrondissement, agglomération, etc.), une offre pédagogique, différentiée mais cohérente, de l’ensemble des établissements scolaires en terme de lutte contre l’échec scolaire ou encore d’ouverture sur le Monde et la citoyenneté.

 

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