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27/03/2011

Les enjeux financiers de la dépendance

La prise en compte de la dépendance en France est un des grands enjeux de la fin de vie : un pays dit avancé doit savoir consacrer suffisamment de sa richesse pour accueillir, le plus humainement possible, ses anciens ne pouvant plus se prendre en charge eux-mêmes.

Le rapport d'une mission de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), publié en août 2009, apporte des éclairages et des éléments chiffrés précieux.

La note qui suit est en quelque sorte un résumé du rapport, ponctué d'analyses complémentaires,

Le coût de la dépendance est inflationniste du fait du vieillissement de la population française, de l'exigence d'une amélioration du service dans les Etablissements d'hébergement des personnes âgées (EHPAD) et d'une nécessaire revalorisation des métiers, notamment des aides soignantes.

L'augmentation de l'espérance de vie en bonne santé, les efforts de maintien à domicile, les gains de productivité dans les maisons de retraite, notamment grâce à l'acquisition de matériels, les économies sur les consommables (médicaments, énergie, etc.) sont autant de pistes ou d'espoirs de modérer la croissance du coût de la prise en charge de la dépendance,

Un clivage Gauche/Droite existe sur la mobilisation de financements supplémentaires.

Au delà de la rigueur budgétaire liée au surendettement de l'Etat, contrainte pesant sur tout Gouvernement de Gauche comme de Droite, le clivage porte sur qui sera reporté le fardeau financier :

- pour la Droite, la souscription d'une assurance privée personnelle obligatoire ou la capitalisation financière individuelle est la solution,

- la Gauche, quant à elle, prône une couverture collective (le 5ème risque) avec un financement du type CSG (contribution sociale généralisée) touchant tous les revenus mais épargnant les plus faibles).

La Mission a chiffré le coût mis à la charge de la personne âgée en EHPAD qui comprend :

- le tarif de l'hébergement minoré de l'APA (allocation personnalisée d'autonomie) allouée par les départements,

- les frais de mutuelle, de consommation obligatoire (produits de toilette, blanchissage), de consommation facultative (téléphone, télévision, accès Internet) et de consommation de libre choix, cette dernière étant étroitement liée au pouvoir d'achat.

En réalité, l'IGAS constate une somme à charge des résidents sensiblement supérieure aux sommes couramment annoncées.

1.500 € mensuels sont un minimum incompressible !

2.900 € sont constatés en milieu urbain, sans prestations particulièrement luxueuses.

5.000 € représente le tarif le plus élevé.

Globalement, la mission part sur une moyenne très approximative de 2.200 € mensuels.

Cette somme est à comparer avec la retraite moyenne d'un Français : 1.200 € mensuels.

Contrairement aux courts séjours, il est impossible de connaître à l’admission la durée du séjour dans un EHPAD.

En effet, la notion de moyenne n’a pas de sens.

Concernant les frais occasionnés sur la totalité de la durée du séjour et relevant du financement privé, aucune statistique n’existe de la part d’organismes publics.

Un groupe privé, gérant environ 10.000 places, estime à 1.120 jours, soit approximativement 37 mois, la durée totale d’un séjour permanent (chiffres de mai 2009).

Pour les séjours terminés, relatifs aux résidents définitivement sortis d’un EHPAD : 860 jours soit 28 mois.

Le coût supporté par les personnes âgées ou leurs familles peut donc être estimé dans une fourchette allant de 42.000 € (pour 28 mois à 1.500€) à 107.300 € (pour 37 mois à 2.900 €).

La moyenne serait – mais cela ne peut donner qu’un ordre de grandeur – de 75.000 €.

De ce coût brut, il faut déduire les aides publiques : fiscales (Etat), au logement (caisses d’allocations familiales), sociale au logement (conseils généraux).

Ces aides ne sont pas articulées entre elles : leurs dispositifs sont hétérogènes.

Le ciblage insuffisant de la plupart de ces aides leur confère un caractère largement anti redistributif, ce qui vraiment insatisfaisant.

Très souvent, les retraites ne suffisent pas à couvrir les frais : les obligés alimentaires sont sollicités et les patrimoines familiaux entamés ou absorbés.

Toutefois, pour éviter une récupération de l’aide sociale sur la succession, beaucoup de familles évitent d’y faire appel.

Concernant les tarifs pratiqués par les EHPAD, ils sont certes transparents mais on ne retrouve pas forcément un lien avec la qualité des prestations, la qualité de la prise en charge.

En outre, il n’existe pas de lien entre le montant mis à la charge du résident et le niveau de ses revenus (sauf pour les personnes admises à l’aide sociale).

La réalité malheureusement, c’est que de très nombreuses personnes aux revenus limités n’ont accès qu’à des EHPAD chers.

Le coût immobilier et les mises aux normes jouent un rôle important sur le niveau des tarifs.

L’admission en EHPAD se fait en dernier recours, lorsque plus aucune solution n’est possible.

Le consommateur n’est donc pas en situation de choix.

La concurrence est, de ce fait, très réduite, car la décision est prise dans l’urgence par la famille et que les places sont en nombre limité, notamment en milieu rural.

En fait, le financement des EHPAD provient de la répartition et de (dé)capitalisation des familles.

Cette capitalisation, de façon singulière, ne fait pas véritablement débat, contrairement au secteur des retraites.

Toujours d’après le rapport de l’IGAS : « Il s’agit d’une forme de capitalisation qui s’ignore ».

« En fait, le parallèle fait entre le niveau de retraite et les coûts laissés à la charge des résidents est non fondé puisqu’il n’y a aucun lien entre eux. »

Le patrimoine médian des Français est compris entre 100.000 et 170.000 € (avec 40.000 € de dettes à déduire)

Si on fait un rapide calcul, 100 à 130.000 € financent 4 à 5 années en EHPAD, en partant sur une base de 2.200 € par mois.

Il existe toutefois un problème réel pour réaliser l’immobilier : illiquidité et insécabilité.

Des cas d’entrées différées ou de sorties décidées pour des raisons financières, des transferts pour des raisons de coût, des limitations de dépenses par la famille ou la personne âgée elle-même ne sont pas rares.

Ces situations recouvrent de véritables cas de maltraitance.

La grande question pour les années à venir, malgré l’augmentation prévisible des dépenses, c’est comment réduire les coûts restant à charge des résidents si l’on veut démocratiser l’accès aux maisons de retraite.

Il se peut aussi qu’à terme, il y ait des évolutions dues à un nouveau rapport entre l’offre et la demande.

Concernant l’objectif de maîtrise ou de réduction des coûts, la Mission de l’IGAS liste les pistes suivantes :

- imputation de certaines dépenses, aujourd’hui incluses dans le « forfait hébergement », sur les postes « soins » ou « dépendance »,

- mutualisation entre établissements,

- conception d’un nouveau type d’EHPAD avec des prestations moins coûteuses,

- standardisation de la construction des bâtiments,

- réduction de la surface des chambres,

- abaissement du niveau des normes,

- diminution du nombre d’agents non affectés aux lits des résidents (personnel de direction, d’accueil et technique),

- « sociabilisation » du coût de l’immobilier au travers de l’accès à des terrains gratuits ou à des aides à la construction.

Toutefois, s’il s’agit de rationaliser au maximum les coûts, la clientèle n’en demeure pas moins de plus en plus exigeante.

Comme le souligne la rapport de l’IGAS, la demande est autant de « care » que de « cure ».

La demande porte sur des établissements de plus petites tailles (plus proches de 40 lits que de 100), proches des villes et de leurs centres.

Il existe aussi une plus forte exigence dans la personnalisation de la prise en charge.

Ces deux souhaits ne vont malheureusement pas dans les sens de la baisse des coûts.

Côté offre : celle du public est encore quantitativement la plus importante mais il existe de forts besoins de modernisation des bâtiments plus anciens que dans le secteur privé.

Si dans les prochaines années, le public s’aligne sur le secteur commercial, une forte hausse des tarifs est à craindre partout où il faut moderniser ou construire.

En outre, les difficultés de remplissage rencontrées pas certains établissements sont un signe de l’inadéquation de l’offre : en effet, la demande porte sur les constructions neuves apportant un grand confort mais avec des tarifs élevés à la clef.

Alors qu’il faudrait réduire les coûts, la demande sociale tend au contraire à les augmenter : cruel dilemme à résoudre lors des prochaines années.

Quoiqu’il en soit, la possibilité de vieillir relève d’un progrès social dont nos sociétés riches doivent accepter le coût.

On pourrait parler d’humanitude : cette capacité à être solidaire des autres, à voir l’intérêt de l’homme d’abord et toujours !

Il faut mettre en place une solidarité nationale pour que tous nos anciens dépendants aient une fin de vie digne.

Cela passe par une contribution collective à ce qui doit être un effort national et collectif.

En conclusion, il ne pourra y avoir de démocratisation de l’accès aux EHPAD, et donc éradication de la maltraitance des personnes âgées en relevant mais n’y ayant pas véritablement accès, que par la création du 5ème risque.

Ce dernier, à côté de la maladie, de la vieillesse, de la famille et des accidents du travail, doit permettre une prise en charge financière, juste et équitable, par la Nation, de cette nouvelle couverture - et avancée - sociale.

22/03/2011

Les enjeux majeurs de la dépendance

Contrairement au risque maladie, le risque dépendance des personnes âgées ne fait pas l’objet d’une couverture collective.

Pour la branche maladie, la Sécurité Sociale perçoit des cotisations patronales et salariales obligatoires permettant une mutualisation des moyens au profit du malade.

En revanche, le risque dépendance échappe en grande partie à la solidarité de la Collectivité et son coût repose pour beaucoup sur la famille de la personne âgée dépendante.

Une concertation nationale sur le financement de la dépendance a commencé en janvier 2011, le Gouvernement annonçant vouloir prendre ses premières mesures durant l’été 2011.

Ce dernier a ensuite souhaité étendre cette concertation à l’ensemble du financement de la protection sociale.

Quant aux Conseils généraux qui financent en grande partie la dépendance, via le versement de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), ils ont réuni dès janvier 2011, les « Assises de l’Autonomie ».

Yves Daubigny, Député Socialiste, chargé de la dépendance à l’Association des Départements de France s’est plaint de la méthode prévue pour la concertation par le Gouvernement : « d’habitude, on fixe des objectifs puis un calendrier ».

Pour les départements, la charge de l’APA est de plus en plus lourde.

Le dispositif est monté fortement en charge ces dernières années : 605.000 bénéficiaires en 2002 et 1,2 million en 2009.

Il ne semble malheureusement pas que la mise en place du « 5ème risque » (à côté des branches maladie, vieillesse, famille et accidents du travail), couvert par la solidarité nationale, soit à l’ordre du jour, en cette période d’ultra-libéralisme gouvernemental.

Un autre risque, dénoncé par la Gauche, est la privatisation croissante du système de santé.

La Fédération Hospitalière de France s’est plainte récemment de voir certains établissements publics perdre 5 % de leurs moyens de fonctionnement au nom d’une « convergence tarifaire » avec le privé voulue par le Gouvernement (l’objectif initial était d’équilibrer les ressources entre établissements les plus pauvres et les plus riches).

Toujours dans le domaine de l’accueil des personnes âgées, et depuis 2002, le secteur public a perdu 5 % de ses parts de marché au profit des établissements privés commerciaux.

Entre 2003 et 2007, 61 % des places pour personnes dépendantes ont été créées pas des promoteurs privés !

Or, la journée dans un établissement privé est plus chère de 40%.

Tout se passe donc comme si le secteur privé « écrémait » la clientèle aisée et laissait au public la clientèle moins aisée.

Un rapport de l’Inspection général de l’action sociale (IGAS) pointe un coût moyen de placement en maison de retraite de 2.200 € par mois, à rapprocher d’un montant moyen de retraite de 1.200 €.

Pour la FHF : « Même les établissements les mieux dotés ne disposent plus aujourd’hui de moyens suffisants pour faire face aux besoins de patients de plus en plus dépendants. »

« La convergence, si elle se poursuivait, aboutirait à 5.000 suppressions de postes dans les EHPAD et 7.000 dans les unités de soins longue durée. »

Il existe donc des signaux inquiétants de paupérisation des établissements publics et d’incapacité à transformer des coûts croissants pour la Collectivité et les familles en emplois stables et de qualité.

Quel bilan peut-on faire des besoins du public relevant des établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD) ?

Les statistiques les plus détaillées datent un peu (année 2004) mais elles donnent des tendances qui perdurent.

1 million de personnes de plus de 60 ans seraient dépendantes : 39 % physiquement, 26 % du fait de troubles du comportement, 35 % pour des handicaps à la fois physiques et psychiques.

Les pensionnaires des EHPAD ont en moyenne 86 ans.

70 % des entrants et 70 % des sortants viennent et vont à l’hôpital.

Les EHPAD accueillaient 644.000 résidents fin 2003 (moyenne d’âge de 83 ans et 2 mois avec 29 % de plus de 90 ans) contre 600.000 fin 1994 (moyenne d’âge de 81 ans et 10 mois avec 19 % de plus de 90 ans).

La tendance de fond, depuis, est toujours à l’augmentation du nombre de résidents en EHPAD malgré les incitations de maintien à domicile : le vieillissement de la population n’y est pas pour rien.

L’entrée en maison de retraite est de plus en plus tardif : 77 ans et 6 mois à fin 1994 contre 79 ans et 2 mois à fin 2003.

80 % des résidents en maison de retraite (excepté les foyers logements) en 2004 étaient dépendants (GIR 1 à 4, avec une majorité de GIR 1 à 2, soit fortement dépendants) contre seulement 57 % en 1998.

En résumé, les Français rentrent de plus en plus tard en EHPAD, à un stade où ils sont de plus en plus lourdement dépendants.

Or, la médicalisation n’est pas le fort de ces établissements avec en moyenne la présence 2 jours par mois d’un médecin coordinateur et l’emploi d’une infirmière dans 15 % des établissements seulement.

De ce fait, les pensionnaires des EHPAD sont dirigés, en cas de problème, vers les Urgences et seulement 21 % des personnes en provenance des EHPAD sont admises en gériatrie.

L’intervention d’un médecin coordinateur, compétent en gériatrie, date de 2005 : cette fonction a été créée avec un objectif de santé publique.

Le vieillissement de la population (8,8 % de plus de 75 ans en 2010 et une prévision de 12,0 % en 2030, soit une augmentation de l’ordre d’un tiers) augure une augmentation du coût de la dépendance.

Le coût de la dépendance est estimé, en 2009, à 22 milliards d’€.

Si le nombre de personnes dépendantes va augmenter inexorablement, il serait aussi nécessaire d’améliorer :

- les conditions d’hébergement, compte tenu de la forte élévation du niveau d’exigence qualitative de la clientèle,

- les conditions de travail et de rémunération du personnel, avec des métiers souvent pénibles et mal rémunérés.

Entre l’augmentation du nombre de personnes dépendantes et celle de la qualité de l’accueil, les besoins de financement de la dépendance vont être de plus en plus importants.

Le récent rapport de Valérie Rosso-Delord, Députée UMP préconise de s’appuyer sur l’assurance privée pour prendre en charge une partie des besoins de la personne dépendante.

Cela consisterait pour les particuliers à souscrire un contrat dépendance auprès d’un assureur ou d’une mutuelle.

Cette souscription serait obligatoire mais on comprend bien que le niveau de cotisation, et donc de prestations éventuelles ultérieures, serait forcément conditionné par la capacité financière de chacun et le problème de l’impécuniosité de certains.

Cette conception du complément par une assurance privée, couverture individuelle, s’oppose à la création d’une 5ième branche de la protection sociale, couverture collective du risque dépendance financée par des prélèvements sur le travail, les revenus et le capital.

07/12/2010

Les mutuelles lourdement taxées

Incapable de juguler le déficit de la branche maladie de la Sécurité sociale (pourtant excédentaire sous le Gouvernement de Lionel Jospin, avec un excédent cumulé, sur la période 1998-2001, de 2,3 milliards d’€), le Gouvernement Fillon a décidé de taxer les complémentaires santé et notamment les mutuelles.

 

Ce sont près de 2 milliards d’€ de nouvelles recettes fiscales qui sont ainsi envisagées pour 2011, dans le cas où les prévisions de dépenses de l’assurance maladie, fixées par la loi de financement de la Sécurité Sociale, seraient une fois de plus dépassées.

 

Sur ces 2 milliards d’€, 1,1 milliards impacteront directement les mutuelles santé.

 

Les déficits récurrents de la branche maladie du Régime général de la Sécurité Sociale (7,1 Md€ en 2008, 10,6 Md€ en 2009, 11,6 Md€ en 2010 et une prévision de 11,5 Md€ pour 2011), augurent difficilement une inversion de tendance permettant d’espérer une exemption de ce nouvel impôt.

 

On voit mal, de toute manière, le Gouvernement actuel se priver de cette manne financière dans la situation de déficit public qui est la sienne.

 

Cette nouvelle Taxe sur les conventions d’assurance (dite TCA) est injuste car elle touche les contrats dits « solidaires et responsables » qui avaient été volontairement exonérés de cette imposition lors de la réforme Douste-Blazy, en 2005, de la Sécurité Sociale.

 

En effet, dans le cadre de ces contrats individuels voire collectifs à adhésion facultative (Code Général des Impôts, art. 995, 15°) ou collectifs à adhésion obligatoire (CGI, art. 995, 16°), le bénéficiaire s’engage à respecter le parcours de soins, ce qui est synonyme d’importantes économies.

 

Ces contrats « solidaires et responsables » seront dorénavant frappés en 2011 d’une TCA à 3,5 %, soit au taux réduit par rapport aux 7 % applicables aux autres contrats.

 

Une répercussion de cette nouvelle taxation sur le coût des couvertures maladie complémentaires est inéluctable.

 

Si le Gouvernement Fillon invoque les réserves des mutuelles qui seraient à ponctionner pour éviter des augmentations de cotisations, il ne faut pas oublier que ses dernières assurent d’une part la pérennité de ces organismes et d’autre part appartiennent aux sociétaires.

 

En effet, dans les mutuelles, il n’y a ni actionnaires, ni capitaux et les éventuels excédents sont reversés aux adhérents ou à des œuvres sociales et solidaires.

 

Les mutuelles sont donc des organismes à but non lucratif contrairement aux sociétés d’assurances détenues par des actionnaires recherchant la rentabilité des capitaux qu’ils ont investis.

 

Qu’en est-il de l’impact du déremboursement des dépenses de santé, de leur augmentation constante et des nouvelles taxes de l’Etat ?

La nouvelle taxation imposée par le Gouvernement Fillon aux mutuelles entraînera des hausses de tarif ce qui contribuera à dissuader de nombreux Français, frappés par la crise économique, de souscrire une complémentaire santé.

 

Si 93 % des Français sont aujourd’hui couverts par une complémentaire santé (dont 38 millions protégés par une mutuelle), il n’en reste pas moins que nombre d’entre eux commencent à renoncer aux soins primaires (14 % des Français se considèrent trop pauvres pour se soigner).

 

Le marché des mutuelles subit ainsi concrètement la crise, avec un effet retard : après un rythme de croissance régulier du chiffre d’affaires, compris entre 5,2 % et 6,5 % dans les années 2000, 2010 a connu une inflexion nette avec une croissance réduite à 3,4 %.

 

Déjà, en 2009, les complémentaires santé avaient vu la contribution qu’elles versent pour couvrir les dépenses du Fonds finançant la Couverture Maladie Universelle (CMU) croître de 2,5 % à 5,9 % de leur Chiffre d’Affaires (soit un prélèvement total de l’ordre de 1,7 milliards d’€ dont environ 1 milliard à la charges des mutuelles).

 

En 2010, les mutuelles avaient dû ensuite augmenter leurs tarifs, en moyenne de 5 %, afin de couvrir :

-         la dérive à la hausse de 3 % des dépenses de santé,

-         la ponction de l’Etat (258 m€) pour financer une partie de la campagne de vaccination contre la grippe A,

-         la pérennisation de la taxe annuelle majorée en 2009 en vue de financer la Couverture Maladie Universelle,

-         la hausse du forfait hospitalier de 2 €,

-         le déremboursement de nouveaux médicaments.

 

Pour l’année 2011, compte tenu des nouveaux transferts de charges de la Sécurité Sociale vers les mutuelles, ces dernières anticipent une augmentation de leurs cotisations en moyenne de 8 à 10 % !

 

Les Français jugent ainsi, à 54 %, qu’il s’agit globalement d’un début de privatisation du système de santé de la France.

 

Pour un ménage, une complémentaire représente au moins 1.000 € par an.

 

Le « prix du marché » s’établit aux alentours de 650 € par an et par ayant droit mais si la tarification individuelle selon les dépenses de santé personnelles est (pour le moment) interdite en France, en revanche les cotisations croissent la plupart du temps en fonction de l’âge.

 

La « preuve » est que l’aide à la complémentaire santé (« chèque santé ») allouée par le Fonds CMU à 3,8 millions de personnes ayant des revenus très modestes (seuil d’accès fixé à celui de la CMU majoré de 20 %, soit moins de 761 € de revenus par mois pour une personne seule ou encore moins de 1.779 € de revenus pour un ménage de 4 personnes) est modulée en fonction de l’âge : 100 € pour un bénéficiaire de moins de 16 ans, 200 € entre 16 et 49 ans, 350 € entre 50 et 59 ans et enfin 500 € au-delà de 60 ans.

 

Les valeurs mutualistes, solidarités familiale et intergénérationnelle en particulier, persistent en général mais pèsent sur les cotisations, ce qui engendrent des démissions d’adhérents à l’attitude de plus en plus consumériste (turn-over annuel quasiment nul il y a une trentaine d’années mais maintenant proche de 10 %).

 

Les sociétés d’assurances et les « bancassureurs » savent jouer sur cette baisse de solidarité de certains Français pour augmenter leur part de marché (26 % en 2010 soit un doublement depuis 2001 contre encore aujourd’hui 57 % aux mutuelles).

 

Les dépenses de santé représentaient en France, en 2008, 11 % du Produit Intérieur Brut.

 

Les recettes de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (représentant 47 % du budget de la Sécurité Sociale) provenaient à 49 % des cotisations sur salaires, de 37 % de la Contribution Sociale Généralisée, de 10 % d’impôts et taxes qui lui sont affectés et enfin de 4 % provenant d’autres produits.

 

En 2010, les dépenses de santé en France ont avoisiné 210 Md€ (soit 3.200 € par habitant et par an) couverts approximativement à 75 % par des prestations de la Sécurité Sociale (160 Md€ avec à la clef un déficit équivalent à 7 % de ces dépenses), à 15 % par les complémentaires santé (30 Md€ moyennant pour les ménages une somme voisine en terme de cotisations) et à 10 % pour les ménages (20 Md€).

 

Globalement, les ménages prennent donc à leur compte 25 % du coût de la santé en France (800 € par an et par habitant de charge).

 

Cette ponction croissante d’année en année repose inégalement sur les familles puisqu’elle impacte incomparablement plus celles ayant en leur sein un malade.

 

C’est ce qui fait dire que : "de plus en plus, c’est le malade qui paye".

 

Or, la maladie peut frapper durement tout un chacun à tout instant de la vie.

 

Cette insécurité croissante face aux soins pour les ménages les moins aisés ne lasse pas d’alarmer.

C’est d’ailleurs la principale insécurité actuellement subie par les personnes d’un certain âge du fait qu’elles sont plus vulnérables aux aléas de santé.

 

Avec les déremboursements successifs des soins, avec l’imposition croissante des contrats des mutuelles santé, avec la récurrence de la conjonction de ces deux mesures pour mettre sans cesse plus à charge des ménages les dépenses de santé, avec la persistance de l’approche comptable durant les années des gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon, de plus en plus de Français seront prochainement dans l’incapacité de se faire soigner.

23/10/2010

Une récolte pour tous

L’Association « Récolte pour tous » rassemble les Pradéens à la recherche d’une nourriture saine et d’un retour à la terre.

 

Sous l’œil bienveillant de Claude Lauret, fondateur de cette association et infatigable bénévole, chacun trouve, en ces lieux, le plaisir de manger ses propres légumes et de planter ses fleurs.

 

Partant de sa connaissance des jardins et de sa volonté d’adopter une attitude éco-citoyenne, Claude Lauret développe depuis 10 ans un concept de partage et d’échange.

 

En effet, les membres de « Récolte pour tous », en plus de cultiver leur jardin, prennent le temps de cultiver une partie commune dont les récoltes sont dédiées aux autres.

 

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La sole préparée avant l'hiver pour recevoir les pommes de terre

 

 

Le mot « Solidarité » symbolise parfaitement le fondement de l’action de cette association, dont chaque adhérent, par un geste altruiste, permet aux personnes dans le besoin d’accéder à des légumes et à des fruits frais.

 

Cette initiative exemplaire vise à garantir une nourriture de qualité pour tout un chacun.

 

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Les cultures d'été résistent au commencement de l'automne

 

 

Cette association participe aussi aux festivités communales, notamment au Carnaval, reçoit des scolaires pour les sensibiliser aux thèmes agricoles et environnementaux et organise tous les ans un « repas au pré » pour faire connaître son action.

 

Dernièrement, le dimanche 3 octobre 2010, « Récolte pour Tous » a coopéré avec les associations Prades Environnement, Lez Vivant, la Proceeddure, le Lez de Corot, SOS Lez Environnement et le MUC Canoë-kayak pour un nettoyage des berges du Lez.

 

« Récolte pour Tous » bénéficie d’une grande parcelle, occupée par les riches alluvions du Lez et du Lirou, confluent de ce dernier un peu en amont.

 

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La cueillette associe bénévoles et bénéficiaires des fruits et légumes

sous l'oeil de Claude Lauret

 

 

Ce lieu convivial regroupe donc aussi 30 jardins familiaux implantés sur une parcelle communale et  gérés par l’Association « L’Aissadon », signifiant « la pioche » en vieux français et en occitan, mais aussi l’outil qui servait à gérer l’irrigation à la raie, afin d’ouvrir ou de fermer le passage à l’eau issue de canaux.

 

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Une exposition buccolique de planches de légumes

 

 

De petites parcelles, dotées d’un coffre à outils et pas d’une cabane du fait de l’inondabilité de la vallée, sont exploitées individuellement mais la vie collective prime avec des échanges de plans, le partage d’un motoculteur et des moments de convivialité à l’abri du local collectif.

 

Ces jardiniers amateurs sont issus de toutes les classes sociales, de tous les âges et les femmes sont autant représentées que les hommes.

 

François Sauveur, Président de « L’Aissadon », a eu l’honneur et le plaisir de fêter, en mai 2006, le vingtième anniversaire de ces jardins familiaux, en présence du Président national de l’Association nationale des jardins familiaux.

 

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François Sauveur (au centre) et Claude Lauret (à droite) réuni

à l'occasion du vingtième anniversaire des jardins familiaux de Prades le Lez

 

 

Coordonnées :

Association « Récolte pour tous » - 34730 Prades le Lez - 04.67.59.56.87

Association « Les Jardins familiaux de l’Aïssadon » – 76, rue du Puech Marty – 34730 Prades le Lez - 04.67.59.72.27

 

 

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La vallée du Lez, siège à Prades, d'une initiative solidaire

 

 

Crédit photographique : Fleur Dache

17/10/2010

La MJC fête ses 40 ans

La Maison des Jeunes et de la Culture de Castelnau le Lez "André Malraux" vient de fêter son 40ème anniversaire.

 

Il existe actuellement, dans l’Hérault, 17 MJC dont celles de Castelnau, Baillargues, Jacou, Poussan, Mauguio, Montbazin, Teyran, Valergues et Viols le Fort, soit la moitié autour de Montpellier.

 

La MJC de Clapiers, « L’Ostau », qui avait plus de 30 ans, a dû être, quant à elle, dissoute en juin 2010 : elle a fait notamment les beaux jours du Jazz dans les années 80, époque où elle attirait fortement les Montpelliérains, au-delà bien sûr des Clapiérois.

 

La MJC de Castelnau le Lez est la plus grande de l’Hérault, avec plus de 3.000 adhérents.

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120 animateurs et 14 associations prestataires encadrent les nombreuses activités, animations festives et les nombreux projets culturels.

 

11 salariés, dirigés par Hélène Chanteloup, mise à disposition par la Fédération Régionale des Maisons des Jeunes et de la Culture du Languedoc-Roussillon, assurent le quotidien et veillent au respect des valeurs et orientations fixées par un Conseil d’administration composé de bénévoles.

 

Les actions phare sont les « Cafés de la diversité » qui permettent le débat et la sensibilisation du public sur les faits de société, les expositions artistiques bimensuelles, la participation à la Fête de la Science, le Chariot du Père Noël en partenariat avec l’Association du Devois, les soirées Jazz ou Gospel, les soirées Grand reportage avec la « Librairie des cinq continents », ...

 

Les festivités dans le cadre du 40ième anniversaire se sont déroulées du dimanche 26 septembre au samedi 9 octobre 2010.

 

Les anciens présidents, Antoine Rioux, Henri Escrive et André Schosmann se sont retrouvés auprès de la présidente actuelle : Martine Plane.

 

Avec le recul, ils se sont bien entendu remémorés tout le chemin accompli au service de la jeunesse et des adultes castelnauviens, mais aussi des alentours.

 

Solidarité, démocratie et citoyenneté sont restés les objectifs de cet établissement socio-culturel.

 

L’actuelle présidente s’inscrit dans cette continuité.

 

De très nombreux événements ont été programmés à l’occasion de ce 40ème anniversaire.

 

La manifestation de clôture a consisté en une nouvelle pièce de théâtre intitulée « Acte femmes ».

 

Cette création théâtrale et musicale a aussi ponctué les 20 ans du Théâtre du Triangle.

 

Cette première représentation de la pièce s’est faite, à guichet fermé, le vendredi 8 octobre (une deuxième est par ailleurs prévue le vendredi 22 octobre 2010 à l’Espace Rencontres dans le cadre des « Saisons du Lez », soirée organisée par l’association « Castelnau en scène »).

 

La pièce mobilise 14 acteurs : Dany Beille, Patricia Colombel, Martine Diet, Badou Durand, Mireille Faure, Isabelle Gimbert, Betty Julien, Odette Mifsud, Sandrine Rochette, Claude Bedos, Christophe de la Croix Vaubois, Bruno Dumanois, Philippe Guy et Michel Mifsud.

 

Pourquoi le choix du sujet de la femme dans ce spectacle ?

 

Le sujet de la femme est vaste et a inspiré Michelle Lévêque, metteur en scène de la pièce, comme le développe Philippe Guy, comédien et responsable du Théâtre du Triangle.

 

Avec poésie et amusement, « Actes femmes » parle du courage dont ont fait preuve les femmes au cours de l’histoire, pour défendre leurs libertés, parfois en donnant leur vie.

 

Cette pièce parle aussi des souffrances que les femmes endurent dans l’enfantement, dans la société, dans leur condition, de la complicité qu’elles ont avec les hommes dans la séduction et l’amour, mais aussi de l’incompréhension.

 

« Actes femmes » lève les tabous sur la féminité, comme un hommage aux combats menés par nos mères qui ont rendu possible le droit pour les femmes d’exister en tant que partie intégrante du fonctionnement de la société.

 

Mais qu’en est-il des autres, ici ou ailleurs, de celles qui ne peuvent toujours pas exister par elle-même ?

 

De manière légère, cette troupe d’amateurs a osé poser la question du sort des femmes d’aujourd’hui : ces femmes encore oppressées, torturées, soumises et inconsidérées.

 

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Crédit photographique : Fleur Dache

30/07/2010

Revenu de Solidarité Active : un choix technocratique

Le Revenu minimum d’insertion (RMI) créé le 1er décembre 1988 et l’Allocation de parent isolé (API) ont été remplacés au 1er juillet 2009 par le Revenu de solidarité active (RSA).

 

Ce minimum social cible aussi le public des travailleurs pauvres.

 

L’intention du Gouvernement Fillon était d’inciter les chômeurs à trouver une activité rémunérée sans perdre leur allocation précédente.

 

Malheureusement, loin de moderniser la solidarité de la Nation vis-à-vis de ceux qui n’ont rien, ce nouveau dispositif s’avère une mesure technocratique qui expose les plus nécessiteux à des démarches administratives inutiles.

 

Or, une majoration de la Prime pour l’emploi (PPE) aurait permis, à l’identique, d’apporter le complément de revenu aux bénéficiaires de minima sociaux retrouvant un emploi comme aux travailleurs sous le seuil de pauvreté.

 

Rappelons que la PPE (après avoir été dans le collimateur du Gouvernement Fillon) est maintenue, que son coût a été pour la Collectivité de 4,2 milliards d’€ en 2008, qu’elle bénéficie à 1 foyer sur 4 et à 9 millions de personnes, qu’elle apporte un supplément de revenu moyen annuel de 480 € par personne et un peu plus de 1.000 € pour un foyer fiscal (moyennes 2007), que son montant peut atteindre 948 € pour chaque actif (valeur en 2007), que 6 % des travailleurs pauvres sont sortis de la pauvreté grâce à elle et qu’enfin 90 % des Français connaissent son mécanisme.

 

Alors que la PPE est un crédit d’impôt calculé automatiquement, sur la base des revenus du travail, par informatique, donc d’un coût d’instruction quasiment nul pour la Société, le RSA oblige au dépôt d’un dossier, à des déplacements pour le demandeur et à une instruction par un service spécialisé.

 

Le coût de la gestion du RSA est ainsi disproportionné par rapport au bénéfice tiré par les bénéficiaires (montant moyen de l’allocation en septembre 2009 de 422 €/mois et de 157 €/mois pour les foyers à nouveaux droits, c’est-à-dire précédemment non allocataires du RMI).

 

Pendant que l’on fréquente un guichet, de plus en plus éloigné de son domicile du fait de la politique de suppression des services publics de proximité, on est dans l’incapacité de passer ce temps à rechercher un emploi ou à travailler.

 

Le Gouvernement Fillon a lui-même reconnu que les procédures d’attribution du RSA étaient très complexes et souhaitent prendre des mesures de simplification dès septembre 2010.

 

Cette lourdeur technocratique est une des raisons de la lente montée en puissance du dispositif, beaucoup de bénéficiaires potentiels ayant volontairement différé leur demande d’inscription.

 

A ce sujet, le bilan financier est assez parlant.

 

Alors que Martin Hirsch, l’initiateur du RSA, souhaitait au départ mobiliser un budget de 2 à 3 milliards d’euros, l’intéressé disait ensuite se satisfaire d’une dépense de 1,5 milliards en 2009.

 

Or, le nouveau dispositif a rapporté plus d’argent que ce qu’il a coûté en 2009 !

 

En effet, les 1,1 % de taxe supplémentaire sur les revenus du capital (patrimoine et assurances vie) ont été appliqués dès le 1er janvier 2009.

 

Cet impôt a touché 12 millions de ménages (soit 1/3 des ménages français notamment de la classe moyenne), excepté bien entendu ceux protégés, fort opportunément, par le bouclier fiscal, voté en juillet 2007.

 

Ces 1,1 % ont rapporté 833 millions d’euros en 2009.

 

L’Etat a aussi annulé, exceptionnellement, en 2009, le versement de la Prime pour l’emploi aux bénéficiaires du RSA, d’où un gain complémentaire d’environ 250 millions d’euros.

 

Le coût du RSA ayant été de seulement 774 millions d’euros, le Gouvernement a bénéficié en 2009 d’un bonus financier de près de 300 millions d’euros, grâce au RSA !

 

Les 774 millions de dépenses sont à comparer aux 1.500 millions espérés par Martin Hirsch, ce qui montre le retard pris dans la montée en puissance du dispositif.

 

Fin 2009, d’après la Caisse Nationale d’Allocations Familiales et la Mutualité Sociale Agricole, services instructeurs du dispositif, le nombre d’allocataires s’est établi en France métropolitaine à :

-         1.131.354 pour le « RSA socle » seul (ex RMI et API estimée à 15 % environ du total),

-         182.566 pour le « RSA socle » + le complément « RSA Activité » (62 % du montant des rémunérations du travail jusqu’à atteindre éventuellement le seuil de pauvreté égal à approximativement 880 €),

-         416.234 pour le « RSA activité ».

 

Sur ce total de 1.730.154 bénéficiaires, 57,6 % sont des femmes et 40,4 % sont des personnes seules.

 

Dans l’Hérault, les chiffres donnent respectivement : 29.791, 4.996, 9.228 pour un total de 44.015.

 

Si l’on tente, au niveau national, une comparaison avec le nombre de Rmistes fin 2008, soit environ 1.150.000 et de bénéficiaires de l’API, au nombre approximatif de 150.000, publics aisément transférés sur le nouveau dispositif, on retrouve le même nombre que pour le « RSA socle » (environ 1.300.000).

 

La plus-value du dispositif ne saute donc pas aux yeux.

 

On est vraisemblablement loin de l’objectif de Martin Hirsch d’avoir favorisé l’emploi, 18 mois après le début du dispositif, de 100.000 allocataires du RMI.

 

On est encore plus loin de son second objectif de faire sortir 700.000 travailleurs de la précarité en dépassant le seuil de pauvreté (les 400.000 bénéficiaires du « RSA activité » ne dépassent pas tous ce seuil).

 

Sur le plan idéologique, la mise en place du RSA s’est inscrite dans l’application du slogan « Travailler plus, pour gagner plus » puisqu’auparavant un petit salaire venait en déduction des minima sociaux.

 

Le RSA participait aussi de la théorie libérale du « chômage volontaire » qui impute la responsabilité de son inactivité à celui qui la subit.

Or, le choix de ne pas travailler est essentiellement contraint par des raisons de santé.

 

En outre, les chômeurs butent dans leur recherche d’activité sur des offres d’emplois peu nombreuses et sur les effets de leur formation souvent inadaptée.

 

Enfin, les demandeurs d’emploi, dont les allocataires des minima sociaux, se plaignent de  rémunérations horaires jugées trop faibles.

 

Le RSA incite à l’évidence les employeurs à moins payer leurs salariés puisqu’il supplée en partie à ce déficit d’émolument.

 

Le Gouvernement Fillon donne à l’envi des signaux en ce sens en parlant de coût de main d’œuvre trop élevé en France, de charges – terme impropre par ailleurs puisqu’il s’agit de cotisations – sociales trop lourdes ou encore en n’augmentant le SMIC que de l’inflation sans « coup de pouce ».

 

Or, tout salarié, toute profession libérale, tout travailleur indépendant aspire à vivre décemment du fruit de son travail.

 

L’ambition des Français n’est donc pas de « Travailler plus pour gagner plus» mais de « Pouvoir vivre décemment de leur travail ».

 

Le RSA est donc l’accompagnement d’une politique salariale défavorable aux travailleurs.

 

Cette austérité salariale décourage le retour à l’emploi des chômeurs et génère une masse de travailleurs pauvres tandis que le « RSA activité » vient faire « passer la « pilule ».

12/07/2010

25.000 livres pour le Bénin

Qu’est ce qui est le plus précieux pour l’Humanité ?

 

C’est bien entendu l’éducation.

 

Si ce n’est plus la priorité du Président Sarkozy ni du Gouvernement Fillon qui désinvestit dans un secteur qui commande pourtant la richesse (ou la pauvreté) de demain, c’est toujours en revanche la priorité de nombreuses collectivités territoriales.

 

C’est le cas pour la Municipalité de Clapiers qui consacre l’essentiel de son budget de fonctionnement à l’éducation.

 

Cette priorité facilite grandement la coopération décentralisée débutée avec la Commune d’Akpro-Missérété au Bénin qui mise elle aussi sur l’économie du savoir.

 

Le Bénin compte 9 millions d’habitants sur une superficie égale à un 5ème de celle de la France.

 

Le PIB par habitant, en parité de pouvoir d’achat, s’établit à environ 1.500 € au Bénin contre environ 36.000 € en France (soit un rapport de 1 à 24).

 

L’espérance de vie atteint 53 ans contre 46 ans en moyenne en Afrique, tandis que le taux d’analphabétisme s’élève à 60 % contre seulement 37 % en moyenne en Afrique.

 

Ce retard dans la scolarisation des enfants, la Commune d’Akpro-Missérété entend le combler à marche forcée, consciente des enjeux en terme de développement économique et social.

 

Akpro-Missérété compte 80.000 habitants, dont 25.000 enfants scolarisés (le pays est jeune et la démographie galopante).

Cette collectivité jouxte la Commune de Porto-Novo, capitale du pays, située en bord de mer plus au Sud.

 

Il existe, sur cette commune, plusieurs dizaines d’écoles maternelles et surtout primaires, ainsi que plusieurs « CEG » (collèges d’enseignement général), dont certains possèdent, ou ambitionnent de proposer, un second cycle (le niveau lycée).

 

Une délégation constituée de deux élus clapiérois (Nathalie Grondin et Michel Chastaing), d’un franco-béninois initiateur du rapprochement (Eric Gbaguidi) et d’un franco-burkinabé (Irénée Domboué) s’est rendue, fin avril 2010, dans la commune d’Akpro-Missérété rendant la visite effectuée par leurs homologues en avril 2009.

 

La délégation clapiéroise a pu visiter plusieurs établissements scolaires.

 

Un constat détaillé de la situation a pu être établi.

 

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Ecole maternelle et sa salle de classe unique en semi plein-air

 

 

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 Une classe primaire dans une salle en banco

 

 

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 Collège non doté d'un second cycle

 

 

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Elève lisant le discours de bienvenue et présentant les besoins de son école

 

 

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La délégation clapiéroise visitant, en avril 2010, un nouveau collège,

comptant 300 élèves (6ème et 5ème), en pleine forêt

 

 

Les établissements scolaires sont bien répartis sur le territoire d’Akpro-Missérété (75 écoles primaires et 11 maternelles pour le public contre respectivement 18 et 3 pour le privé / 21.429 élèves dans le public pour 3.572 dans le privé / 178 enseignants payés par l’Etat, 201 agents contractuels et 10 stagiaires).

 

Toutefois, ces établissements offrent une capacité d’accueil insuffisante.

 

La lutte pour la scolarisation des filles porte en revanche ses fruits.

 

La restauration scolaire, organisée par des cuisinières libérales, n’est pas présente partout.

 

Les frais de scolarité de l’ordre de 30 € par an sont pénalisants pour les familles, dont certaines dépendent sur ce point de la solidarité publique.

 

Les bâtiments peuvent être en charpente et feuilles de palmiers, en banco non crépi donc facilement érodé par les pluies, en béton armé brut dont les fers sont saillants dans l’attente d’une éventuelle extension à l’étage avec création subséquente d’une coursive en forme de balcon, groupes scolaires modernisés, moins chauds à fréquenter, peints, avec des claustra et un toit plus haut couvert de tôles rutilantes.

 

Bref, l’état du parc peut être qualifié de « à reconstruire » dans un quart des cas, « à requalifier » dans deux tiers des cas et « rustique mais satisfaisant » pour les quelques récentes constructions.

 

La Commune est compétente en matière d’enseignement primaire et fait de gros efforts financiers dans le domaine.

 

Cependant, les nouvelles constructions, ou reconstructions, sont en partie à la charge des parents, de bienfaiteurs Béninois ou d’ONG internationales.

 

L’Etat est en partie défaillant en ne fournissant pas le nombre d’enseignants nécessaire : de ce fait, la Commune se substitue en recrutant des enseignants vacataires.

 

L’Etat est responsable des collèges d’enseignement généraux (appelés CEG) mais peine à fournir les moyens suffisants.

 

Le CEG le plus ancien a 50 ans et le plus récent a ouvert ses portes à la dernière rentrée d’octobre 2009.

 

Les fournitures scolaires, comme le matériel didactique, peuvent être réduits à leur plus simple expression.

 

Des salles de classe sont livrées mais attendent du mobilier pour être opérationnelles.

 

Des rotations d’élèves sont nécessaires dans certains établissements, faute d’enseignants et de places assises suffisantes.

 

Les besoins en bibliothèques ont été signalés partout.

 

Certaines écoles sont électrifiées (mais la plupart ne sont pas éclairées ce qui limite l’amplitude de l’apprentissage) et quelques-unes bénéficient du téléphone ou d’une couverture Wi-Max permettant l’utilisation de la messagerie électronique (si bien entendu du matériel informatique est disponible).

 

Le CEG de l’arrondissement Centre est intéressé par des échanges Sud-Nord et possède une radio, outil pédagogique très valorisant.

Le champ potentiel de coopération entre élèves en France et au Bénin semble large.

 

Notamment, tout apport en matériel ou en infrastructure (construction de bâtiments ou de latrines, creusement de puits, électrification) serait utile.

 

Partout, une forte pénurie de livres s’est faite jour.

 

C’est pourquoi, la Commune de Clapiers s’est lancée dans une grande collecte de livres.

 

L’école Victor Hugo de Clapiers, les collèges François Mitterrand de Clapiers, Pierre Mendès-France de Jacou, de la Voie Domitienne au Crès, les lycées Frédéric Bazille-Agropolis de Montpellier et Georges Pompidou de Castelnau le Lez ont fourni des livres issus de leurs centres de documentation et d’information.

 

Les habitants de Clapiers, sollicités par les média municipaux, ont apporté en mairie plusieurs milliers de romans, livres pour enfants et pour adolescents.

 

La Région-Languedoc Roussillon a, quant à elle, donné près de 20.000 manuels scolaires, après avoir fait montre d’une réactivité organisationnelle extrême.

 

Une convention a été signée par la Région avec le Président de l’Association Amitié France Bénin, René Ahivi (Association « Amitié France Bénin » - BP 34 – 34660 Cournonterral).

 

Des bénévoles ont contribué aux transferts des livres dont Peter Kroger de Clapiers et Nino Métowanou, Président de l’Association montpelliéraine ABEM-ENANGNON.

 

Ces deux associations développent des actions culturelles, caritatives et humanitaires.

 

Tous les ouvrages collectés, au nombre d’environ 25.000, ont été chargés, avec l’aide des Services techniques de la Ville de Clapiers, dans 10 bus de ville réformés achetés, après accord de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, par la Commune d’Akpro-Missérété à TAM (Transport de l’Agglomération Montpelliéraine) pour organiser un service public de transport en commun local et international.

 

C’est à Akpro-Missérété qu’ont été inventés les taxis motos, appelés « zémidjans », (il y en à ce jour 3.200 recensés sur cette commune) : ces derniers se sont depuis étendus à toute l’Afrique.

 

L’augmentation des échanges de marchandises, du nombre de motos et du parc automobile appelle le développement du transport public pour éviter la thrombose de l’axe traversant Akpro-Missérété et menant, à partir du port de Cotonou, vers le Burkina-Faso le Niger et le Tchad, pays sans façade maritime.

 

Les bus et les livres collectés en France ont été acheminés vers le Bénin via le Port de Sète, après embarquement dans un bateau en mode ro-ro (les bateaux rouliers sont des navires dédiés au transport d’engins roulants ou tractables).

 

Comme dans l'émouvant et inoubliable film, "Si tous les gars du Monde" (1956) de Christian-Jaque, les bénévoles, les élus et les institutions se sont mobilisés très rapidement et, en moins d'une semaine, l'opération de transfert des livres a été finalisée.

 

Tous les donateurs ont la satisfaction de savoir que tous ces ouvrages bénéficieront, dès la rentrée scolaire d’octobre, aux enfants d’Akpro-Missérété et aux lycéens de 8 communes (Adjarra, Adjohoun, Aguégués, Akpro-Missérété, Avrankou, Bonou, Dangbo, Sakété).

 

Tous ces élèves ont une grande soif de savoir et ces livres leurs seront précieux.

 

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Trois bus de ville en cours de chargement en juillet 2010

 

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 Palettes de manuels scolaires donnés par la Région Languedoc-Roussillon

 

 

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 Chargement à l'arrière d'un bus de cartons pleins de livres

 

 

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Chargement de la partie centrale d'un bus

 

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Livres en piles bloqués par des palettes et des cartons

 

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La pause (et la pose pour la photo) après l'effort

 

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